«Attaques» mystérieuses à Cuba: Washington expulse 15 diplomates cubains

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Les diplomates expulsés, dont les autorités américaines ont fourni mardi matin la liste nominative à l'ambassade de Cuba à Washington, ont sept jours pour quitter le pays.

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Francesco FONTEMAGGI, Alexandre GROSBOIS
Agence France-Presse
Washington et La Havane

L'affaire des mystérieuses «attaques» contre la santé des diplomates américains à La Havane a viré mardi à la crise diplomatique, avec l'expulsion de quinze employés de l'ambassade de Cuba à Washington, dénoncée par le gouvernement cubain.

«Nous maintenons nos relations diplomatiques avec La Havane», a assuré le secrétaire d'État Rex Tillerson. Mais les «expulsions» ont été décidées «en raison de l'incapacité de Cuba à prendre les mesures appropriées pour protéger nos diplomates» et aussi pour «assurer l'équité» dans la présence diplomatique des deux pays, a-t-il justifié dans un communiqué.

Les diplomates expulsés, dont les autorités américaines ont fourni la liste nominative à l'ambassade de Cuba à Washington, ont sept jours pour quitter le pays, bien qu'aucun d'entre eux ne soit déclaré persona non grata, a précisé à la presse un haut responsable du département d'État américain.

À La Havane, le ministre des Affaires étrangères Bruno Rodriguez a qualifié la décision d'«injustifiée (...), infondée et inacceptable, comme le prétexte avancé pour la justifier».

«Par ces actions politiquement motivées et irréfléchies, le gouvernement des États-Unis est responsable de la détérioration actuelle et probablement future des relations bilatérales», a-t-il prévenu lors d'une conférence de presse.

M. Rodriguez a rejeté cette mesure prise par Washington «sans qu'il y ait de résultats d'enquête concluants ni de preuves des incidents».

C'est une décision «éminemment politique», a-t-il dénoncé, appelant le gouvernement américain «à cesser de politiser ce sujet, ce qui peut provoquer une escalade non souhaitée, raréfier et faire rétrocéder encore les relations bilatérales, déjà affectées par l'annonce par le président Donald Trump d'une nouvelle politique, en juin dernier».

Depuis fin 2016 jusqu'à août dernier, 22 diplomates américains, selon un nouveau bilan annoncé mardi, ont «subi des lésions importantes en raison de ces attaques», notamment des pertes d'audition, des vertiges, des maux de tête ainsi que des problèmes cognitifs, d'équilibre ou de sommeil, selon le département d'État. Certains ont dû être rapatriés et soignés aux États-Unis.

Cinq familles canadiennes ont également été touchées.

Riposte en deux temps

L'enquête n'a pas encore permis d'identifier la cause, le modus operandi, ni les auteurs de ces «attaques», décrites comme «acoustiques» par certains, mais que les autorités américaines se bornent à qualifier de «ciblées» et de «nature inconnue». Elles se sont déroulées, selon les États-Unis, dans des résidences diplomatiques ainsi que dans des hôtels fréquentés par des Américains.

Washington avait déjà discrètement expulsé deux diplomates cubains en mai, alors que cette affaire digne d'un film d'espionnage n'avait pas encore été révélée - elle ne l'a été qu'en août. Les Américains n'accusent pas les Cubains d'être directement derrière ces «attaques», mais les tiennent responsables de la sécurité de leurs diplomates à La Havane.

Vendredi, la riposte était passée à la vitesse supérieure: le département d'État américain a rappelé «plus de la moitié» du personnel de son ambassade à La Havane, a suspendu sine die l'octroi de visas de routine américains à Cuba et a appelé tous les ressortissants américains à éviter de se rendre sur cette île très touristique des Caraïbes.

Mais le sénateur républicain de Floride Marco Rubio, fils d'immigrés cubains anticastristes et partisan d'une ligne dure face à La Havane, avait critiqué la faiblesse de la riposte. «Tant que les responsables de ces attaques ne seront pas traduits en justice, les États-Unis devraient immédiatement expulser un nombre équivalent d'employés cubains» et «envisager de remettre Cuba dans la liste noire des États qui soutiennent le terrorisme», avait-il estimé.

Interrogé sur la raison de cette riposte en deux temps, le haut responsable du département d'État a expliqué que les États-Unis avaient voulu «avant tout» se «concentrer sur la sécurité et le bien-être» de leur personnel, avant de réfléchir à une réponse diplomatique.

Le climat était déjà tendu entre Washington et La Havane, dont les relations, rétablies en 2015 après un demi-siècle de rupture, sont encore fragiles. La situation s'était dégradée avec l'élection du républicain Donald Trump à la Maison-Blanche, qui a durci le ton face à La Havane, portant un coup au rapprochement initié par son prédécesseur démocrate Barack Obama.

«L'ère de l'engagement constructif a été remplacée par une autre phase, dans laquelle le gouvernement cubain est dépeint comme hostile», a expliqué à l'AFP Paul Webster Hare, professeur de relations internationales à l'Université de Boston, aux États-Unis, et ex-ambassadeur britannique à Cuba, rappelant que Donald Trump avait qualifié devant l'ONU le régime cubain de «corrompu et déstabilisateur».




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