La Presse à Antigua-et-Barbuda: des réfugiés en colère

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Percell Shinze (t-shirt noir) et Colin Biazer (à droite), devant le refuge gouvernemental de Saint John's, sur l'île d'Antigua

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(Saint John's, Antigua-et-Barbuda) Bien que la situation sur l'île de Barbuda demeure catastrophique, nombre de résidants évacués après le passage de l'ouragan Irma sont impatients de retourner vivre là-bas et s'irritent que le gouvernement leur interdit de le faire jusqu'à nouvel ordre.

« J'ai l'impression de vivre en captivité ici », confie George Jeffrey, un homme de 64 ans rencontré hier dans un refuge aménagé temporairement dans les locaux d'un institut technique à Saint John's, sur l'île d'Antigua.

Ce Barbudien au visage buriné, qui figure sur la première page d'un guide touristique qu'il conserve dans un sac de plastique, s'est caché pendant plusieurs jours sur l'île pour échapper à l'attention des soldats et des policiers chargés de l'évacuation.

Ce n'est finalement qu'hier, près d'une semaine après le passage d'Irma, qu'il a été trouvé. « Ils m'ont placé dans un refuge temporaire là-bas en me disant qu'ils ne me lâcheraient pas des yeux tant que je ne serais pas rendu ici », relate M. Jeffrey.

« Après l'ouragan Luis en 1995, le pire que j'ai vu avant Irma, on s'était organisés pour évacuer les débris et les déchets et reconstruire. Tout était revenu rapidement à la normale », soupire-t-il en relevant, avec émotion, que « Barbuda est le plus bel endroit du monde ».

George Jeffrey n'est pas le seul à avoir joué au chat et à la souris avec les forces de l'ordre dans l'espoir de pouvoir demeurer sur place.

Lors du passage de La Presse sur l'île, samedi, un militaire a indiqué qu'une femme avait été trouvée cachée dans sa maison la veille, près de deux semaines après le début de l'évacuation. Un officier de plus haut grade l'a ensuite sommé de ne rien dire à ce sujet.

«Elle a eu une bonne idée de se cacher»

Colin Biazer, un résidant de l'île rencontré par hasard hier au refuge de Saint John's en compagnie de M. Jeffrey, a indiqué que la femme en question est son ex-conjointe.

Propriétaire d'une épicerie, elle disposait de réserves substantielles pour subvenir à ses propres besoins, dit-il.

« Je pense qu'elle a eu une bonne idée de se cacher. Moi, je me suis fait amener ici à la pointe du fusil », s'agace-t-il en pestant contre la « loi martiale » qui a cours actuellement.

Un autre occupant du refuge, Percell Shinze, qui travaille sur des bateaux commerciaux, a aussi hâte de retourner à Barbuda.

« Je veux y aller demain, maintenant si possible. Il faut que nous commencions à reconstruire », lance-t-il en suscitant une réaction enthousiaste de ses compagnons de fortune.

« En fait, j'entends qu'on pourra retourner là-bas dans deux mois. Peut-être que ce sera plus, peut-être même un an. »

Samantha Burnette, qui gère le refuge d'une main de fer, note que certains réfugiés ne veulent pas retourner vivre à Barbuda. Les autres, dit-elle, doivent prendre leur mal en patience puisqu'on ne sait pas à quel moment le retour sur l'île sera possible.

La plupart doivent être transférés prochainement vers de nouveaux locaux qui leur permettront d'avoir plus d'espace privé, note-t-elle.

Hâte de reconstruire

Plusieurs familles évacuées se sont temporairement installées chez des proches vivant à Antigua.

D'autres, plus chanceux encore, sont établis depuis deux semaines dans quelques-uns des hôtels touristiques d'Antigua.

C'est le cas de la famille d'Asha Frank, qui est liée au conseil régional de Barbuda.

Elle aussi veut pouvoir retourner rapidement sur l'île et ne comprend pas que le gouvernement ne permette pas aux gens d'aller et venir pour entamer la reconstruction.

« Si c'était l'île d'Antigua qui était frappée, il ne serait pas possible d'évacuer les 86 000 personnes qui y habitent. Alors pourquoi est-ce qu'on le fait avec Barbuda ? »

La jeune femme est impatiente de réparer la maison familiale. « Les murs ont tenu bon, mais le toit a été arraché. Chaque fois qu'il pleut, tout est mouillé de plus belle et ça se détériore encore plus. Le refaire nous prendrait seulement quelques jours », souligne Mme Frank, qui n'avait jamais été confrontée à un ouragan aussi puissant.

« Il y a quelques années, je me souviens très bien de m'être dit que je ne voudrais jamais connaître d'ouragan plus fort après en avoir vécu un de catégorie 1. Là, c'était un 5++ », dit-elle.

Les Barbudiens, assure la jeune femme, sont des gens résilients et ils réussiront avec le temps à reconstruire leurs maisons et à relancer l'île.

« Nous sommes des survivants. Et nous avons l'habitude de faire avec ce que nous avons », conclut-elle.

NOUVELLE MENACE SUR LES CARAÏBES

La tempête tropicale Maria s'est transformée hier en ouragan. La tempête menace de frapper à son tour les îles des Caraïbes déjà éprouvées par Irma. Antigua-et-Barbuda figure parmi les pays qui pourraient de nouveau être touchés, mais la plupart des résidants prennent la menace avec flegme. « Il y a eu Irma, José, Lee et maintenant Maria. Ça ne s'arrête pas. Parfois, durant la saison des ouragans, il n'y a presque rien, mais là ça n'arrête pas », a indiqué une serveuse en relevant qu'un ouragan de catégorie 1 était sensiblement moins inquiétant qu'un monstre de catégorie 5 comme Irma. Pratiquement aucune fenêtre de maison n'était barricadée avec des planches hier à Saint John's. Les résidants de Barbuda se montrent pour leur part résignés à la possibilité d'un nouveau choc contre leur île. « Si elle est frappée encore, il n'y a plus rien à détruire », ironise Percell Shinze, qui vit pour l'heure dans un refuge gouvernemental sur l'île d'Antigua.




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