Trump-Kim, un tête-à-tête historique et des questions en suspens

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La rencontre, la première entre un président américain en exercice et un leader nord-coréen, a été marquée par plusieurs poignées de main appuyées, des images inimaginables il y a encore quelques mois lorsque les deux hommes échangeaient menaces et invectives.

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Jerome CARTILLIER, Francesco FONTEMAGGI
Agence France-Presse
Singapour

Le tête-à-tête historique mardi ente Donald Trump et Kim Jong-un, une «visite incroyable» selon le président américain, a abouti à la signature d'une déclaration commune sans percée majeure sur la question cruciale de l'arsenal nucléaire nord-coréen.

Cette journée en tout point extraordinaire a vu le président de la première puissance mondiale afficher une forme de complicité avec l'héritier de la dynastie des Kim, qui règne d'une main de fer sur la Corée du Nord depuis plus de 60 ans.

Le locataire de la Maison-Blanche, qui revendique haut et fort son approche iconoclaste de la diplomatie, a assuré que le processus de dénucléarisation pourrait commencer «très rapidement», après des décennies de tensions autour des ambitions atomiques de Pyongyang.

Mais la formulation de la déclaration commune reste très vague, en particulier en termes de calendrier, et s'en remet à des négociations ultérieures pour sa mise en oeuvre.

Le texte reprend de précédents engagements du régime nord-coréen, jamais mis en oeuvre, sans préciser que la dénucléarisation doit être «vérifiable et irréversible» comme le réclamaient avec force les États-Unis avant le sommet de Singapour.

«Kim Jong-un a réaffirmé son engagement ferme et inébranlable en faveur d'une dénucléarisation complète de la péninsule coréenne», est-il écrit. 

Poignées de main appuyées

Au cours d'une longue conférence de presse particulièrement décousue, Donald Trump, qui a expliqué ne pas avoir fermé l'oeil «pendant 25 heures», a en particulier évoqué le potentiel touristique et immobilier de la Corée du Nord qui dispose, a-t-il tenu à souligner, de «très belles plages».

Il a martelé que les sanctions contre la Corée du Nord resteraient en vigueur tant que la «menace» des armes atomiques ne serait pas levée et réaffirmé qu'un départ des troupes américaines basées en Corée du Sud n'était pas, pour l'heure, à l'ordre du jour.

Mais le président américain a aussi fait une concession de taille.

Il a en effet déclaré qu'il mettrait fin aux manoeuvres militaires communes avec la Corée du Sud, qu'il a lui-même qualifiées de «très provocatrices» à l'égard du Nord qui exigeait d'ailleurs de longue date le gel de ces manoeuvres, source de tensions récurrentes.

Des propos qui ont visiblement surpris le commandement des Forces américaines en Corée du Sud (USFK), qui a dit dans un communiqué n'avoir «reçu aucune instruction sur la mise en oeuvre ou l'arrêt des manoeuvres, y compris l'exercice Ulchi Freedom Guardian» prévu à la fin de l'été.

Selon Vipin Narang, un professeur au Massachusetts Institute of Technology, «la Corée du Nord n'a rien promis de plus qu'au cours des 25 dernières années». «À ce stade, il n'y a aucune raison de penser que ce sommet débouche sur quelque chose de plus concret que cela sur le front du désarmement».

Analystes et historiens rappellent à l'unisson que le régime de Pyongyang est passé maître dans l'art des promesses non tenues. En 1994 puis en 2005, des accords avaient été conclus mais aucun d'entre eux n'a jamais été réellement appliqué.

Long et difficile 

La rencontre, la première entre un président américain en exercice et un leader nord-coréen, a été marquée par plusieurs poignées de main appuyées, des images inimaginables il y a encore quelques mois lorsque les deux hommes échangeaient menaces et invectives.

Kim Jong-un a estimé avoir «tourné la page du passé» après avoir surmonté de «nombreux obstacles» pour arriver à cette rencontre, «bon prélude à la paix».

Donald Trump a quant à lui salué la «relation très spéciale» établie avec celui qui règne sans partage sur la Corée du Nord et est en particulier soupçonné d'avoir ordonné l'assassinat de son frère l'an dernier dans un aéroport en Malaisie.

Tout sourire, le président américain s'est montré particulièrement élogieux à l'égard de Kim Jong-un, «très talentueux» et «très bon négociateur», lui prodiguant des superlatifs d'ordinaire réservés à ses alliés.

«Nous nous rencontrerons de nouveau», a lancé Donald Trump qui s'est dit prêt à se rendre, «le moment venu», à Pyongyang, et à inviter l'héritier de la dynastie des Kim à la Maison-Blanche.

À bord d'Air Force One, le président américain a ensuite dit à la presse qu'il faisait confiance au dirigeant nord-coréen sur la dénucléarisation.

«Sur le chemin du retour après une visite vraiment incroyable à Singapour. Beaucoup de progrès ont été faits», a-t-il tweeté mardi.

«Je me suis très bien entendu avec Kim Jong-un qui veut que voir son pays réaliser de très grandes choses», a-t-il ajouté.

«C'est une énorme victoire pour Kim Jong-un, qui a fait un véritable coup avec son face-à-face avec le président», relève Michael Kovrig, de l'International Crisis Group (ICG) à Washington, soulignant que son père comme son grand-père «en avaient rêvé».

«Pour les États-Unis comme pour la communauté internationale, c'est un point de départ positif pour des négociations qui devraient être longues et difficiles», ajoute-t-il.

La Chine, le principal partenaire de la Corée du Nord, a salué le début d'une «nouvelle histoire».

De nombreux autres pays ont salué l'enclenchement d'un processus diplomatique, certes embryonnaire, mais qui éloigne la perspective d'un conflit.

L'arsenal nucléaire nord-coréen a valu à Pyongyang une impressionnante série de sanctions de l'ONU au fil des ans.

Pour convaincre la Corée du Nord d'y renoncer alors que le régime des Kim y a toujours vu une forme d'assurance-vie, Donald Trump s'est formellement et personnellement engagé dans le document commun à apporter des «garanties de sécurité». Elles seront «uniques» et «différentes» de celles proposées jusqu'ici, a promis Mike Pompeo.

Le président américain a quitté Singagour en fin d'après-midi, avant Kim Jong-un qui devait pour sa part partir dans la soirée.

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Analystes et historiens rappellent à l'unisson que le régime de Pyongyang est passé maître dans l'art des promesses non tenues. En 1994 puis en 2005, des accords avaient été conclus, mais aucun d'entre eux n'a jamais été réellement appliqué.

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Les réactions au sommet Trump-Kim

La poignée de main historique et l'accord sur une dénucléarisation de la péninsule coréenne conclu entre le président américain Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un à Singapour a suscité mardi dans le monde des réactions positives, mais souvent prudentes.

Séoul: «Un événement historique»

«L'accord de Sentosa du 12 juin restera dans l'Histoire mondiale comme un événement ayant mis fin à la Guerre froide», s'est enthousiasmé le président sud-coréen Moon Jae-in, faisant référence à l'île de Sentosa à Singapour où les deux dirigeants se sont rencontrés.

Il a rendu hommage à Kim Jong-un et à Donald Trump pour leur «courage et leur résolution».

Pékin: «Le début d'une nouvelle histoire»

«Le fait que les plus hauts dirigeants des deux pays soient assis côte à côte pour des pourparlers d'égal à égal a un sens important et constitue le début d'une nouvelle histoire», a déclaré le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi.

«La Chine s'en félicite et apporte son soutien», a ajouté le ministre. «Il s'agit d'un objectif que nous avons espéré et pour lequel nous avons travaillé».

Pour la principale alliée de la Corée du Nord, il faut une «dénucléarisation totale», ainsi que le réclament les États-Unis, mais «en même temps, il faut qu'il y ait un processus de paix pour la péninsule (coréenne) afin de résoudre les préoccupations raisonnables de la Corée du Nord en matière de sécurité», a souligné le ministre, rappelant le «rôle important et tout à fait unique» de la Chine.

Moscou: «Un pas important»

«Le seul fait que cette rencontre a eu lieu est, bien sûr, positif», a salué le chef de la diplomate russe Sergueï Lavrov.

«L'arrêt des actions provocatrices est une mesure essentielle en faveur de la baisse du niveau de tension dans la péninsule, en y créant une atmosphère de confiance», estime dans un communiqué le ministère russe des Affaires étrangères, qui appelle à «la création d'un mécanisme solide en faveur de la paix et de la sécurité».

Tokyo: «Un premier pas»

L'intention de Kim Jong-un «de voir une dénucléarisation complète de la péninsule coréenne a été confirmée par écrit. Je soutiens ce premier pas vers une résolution d'ensemble des questions concernant la Corée du Nord», a déclaré le premier ministre japonais Shinzo Abe.

Paris: «Un pas significatif», mais ne pas oublier l'Iran

Le document signé par Donald Trump et Kim Jong-un est un «pas significatif», a salué la ministre française des Affaires européennes Nathalie Loiseau, tout en doutant «que tout ait été atteint en quelques heures».

Elle a toutefois regretté le double standard appliqué par Washington, qui a récemment rejeté l'accord sur le nucléaire iranien. L'accord nucléaire conclu avec Téhéran «est respecté par l'Iran», alors que «signer un document avec Kim Jong-un qui est allé jusqu'à obtenir l'arme nucléaire, c'est pratiquement récompenser quelqu'un qui a été à l'encontre de tous les traités internationaux», a-t-elle estimé.

Union européenne: «une étape capitale»

Le sommet de Singapour est «une étape capitale et nécessaire» vers une dénucléarisation, pour la représentante de la diplomatie européenne Federica Mogherini. «L'objectif ultime (...) demeure la dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible de la péninsule coréenne», objectif qui «peut être atteint», selon elle.

L'AIEA «prête» à mener des «vérifications»

L'Agence internationale de l'énergie atomique se tient «prête à effectuer toute activité de vérification» sur les sites nucléaires nord-coréens si Washington et Pyongyang le demandent, a affirmé son secrétaire général Yukiya Amano, qui «salue» le résultat du sommet.

Varsovie : attention aux accords avec un «dictateur cruel»

«Il faut être conscient du fait que c'était une rencontre et des tractations avec un dictateur cruel», a observé Jacek Sasin, chef du comité permanent du Conseil des ministres polonais.

«Historiquement, de tels accords avec des dictateurs se sont souvent mal terminés. Il s'est avéré que le dictateur poursuivait d'autres objectifs que la partie démocratique recherchant la paix. Ce fut le cas avec Hitler, avec Staline, lors de tentatives de s'entendre avec d'autres dictateurs» (...) J'espère que cette fois ce sera différent», a-t-il ajouté.

Krzysztof Szczerski, le chef de cabinet du président polonais Andrzej Duda y voit lui un «triomphe de la diplomatie». «Ces dernières semaines, le président Donald Trump a introduit de facto un nouveau modèle de relations entre Etats, il a fait quelques gestes dans l'arène international qui le situent comme un joueur souverain», a-t-il rendu hommage.

Oslo: le «travail commence»

«Je trouve positif qu'il y ait eu des discussions qui, visiblement, se sont tenues avec une bonne tonalité. La déclaration qui en est ressortie comporte beaucoup de points communs avec des déclarations similaires qu'on a vues dans le passé. C'est maintenant qu'une très grande partie du travail commence», a estimé la ministre norvégienne des Affaires étrangères Ine Eriksen Søreide, selon qui «beaucoup reste à faire».

ONU: Guterres salue une «étape importante»

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a jugé que le sommet historique était «une étape importante» dans la dénucléarisation de la péninsule coréenne.

Dans un communiqué, M. Guterres a appelé toutes les parties «à saisir cette opportunité historique» et il a une nouvelle fois offert l'expertise de l'ONU pour arriver au but affiché par le président américain: démanteler l'arsenal nucléaire de Pyongyang.

Londres: «Encore beaucoup de travail»

Le ministre des Affaires étrangères britannique «salue» la tenue d'un «sommet constructif».

«Kim Jong-un a peut-être fini par entendre le message que seul un changement de direction peut amener un avenir prospère et plus sûr pour les Nord-Coréens. Il y encore beaucoup de travail à faire et nous espérons que Kim continuera à négocier de bonne foi vers une dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible», a-t-il déclaré.

Israël: Nétanyahou se félicite du sommet en pensant à l'Iran

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a félicité mardi Donald Trump après sa rencontre avec Kim Jong-un et estimé que la politique des États-Unis portait aussi ses fruits sur le nucléaire iranien.

«Je félicite le président Trump pour le sommet historique de Singapour qui constitue un pas important dans les efforts pour dénucléariser la péninsule coréenne», a affirmé M. Nétanyahou dans une brève intervention à la télévision.

«Le président Trump a également adopté une position offensive contre la tentative de l'Iran de se doter de l'arme nucléaire et son agressivité au Moyen-Orient, ce qui a affecté déjà l'économie iranienne», a-t-il ajouté.

Les États-Unis se sont retirés le 8 mai de l'accord international sur le nucléaire iranien conclu en 2015 à Vienne.

La réimposition de sanctions américaines contre l'Iran commence à faire fuir les investisseurs étrangers revenus dans le pays après 2015.

Téhéran est accusé par ses détracteurs, au premier rang desquels Israël et les États-Unis, de chercher à se doter de l'arme nucléaire. La République islamique dément de longue date, assurant que son programme est uniquement civil.

L'Agence internationale de l'énergie nucléaire (AIEA) a certifié à plusieurs reprises que Téhéran respectait l'accord.

Berlin: «Un premier pas»

Le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, a vu dans ce sommet «un premier pas dans la bonne direction». «Il est bon que la spirale d'escalade que nous avons vécue en 2017 soit interrompue» .

Ce processus «doit aboutir à la dénucléarisation entière, vérifiable et irréversible de la Corée du Nord», a-t-il aussi jugé. «Pyongyang doit répondre aux inquiétudes de la communauté internationale».




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