Au moins 14 morts dans le naufrage d'un bateau de réfugiés rohingyas

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Selon les derniers chiffres de l'ONU, quelque 515 000 réfugiés ont fui la Birmanie vers le Bangladesh depuis le 25 août.

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Alexandre MARCHAND, Shafiqul ALAM
Agence France-Presse
SHAH POR DWIP ET DACCA

Au moins 14 Rohingyas sont morts et des dizaines portés disparus lundi après le naufrage de leur bateau fuyant la Birmanie, nouveau drame d'une crise ayant poussé plus d'un demi-million de réfugiés au Bangladesh en six semaines.

Les gardes-côtes du Bangladesh ont récupéré les corps de 11 enfants, deux femmes et un homme. Les dépouilles ont été charriées sur le rivage de Shah Porir Dwip, localité à la pointe sud de ce pays pauvre d'Asie du Sud.

Le nombre exact de disparus est inconnu. Selon les témoignages, entre 60 et 100 personnes se trouvaient à bord de l'embarcation qui a chaviré dans une mer houleuse. 13 ont été secourues côté bangladais et certaines auraient pu nager jusqu'à la rive birmane.

Sous un soleil de plomb de mi-journée, sept des noyés, enveloppés dans des draps, ont été mis en terre dans un cimetière envahi d'herbes sauvages.

Aux côtes des fossoyeurs, Alif Jukhar bêchait la terre à main nue pour recouvrir les corps. Ce Rohingya, réfugié de longue date au Bangladesh, avait treize membres de sa famille à bord de l'embarcation.

Au lieu d'être réuni avec eux pour la première fois depuis trois décennies, il n'aura retrouvé ses proches que pour les enterrer.

«Hier j'ai eu mes parents au téléphone, ils m'ont dit qu'ils allaient arriver à Shah Porir Dwip demain», a-t-il dit à l'AFP entre deux sanglots.

Peu après, ravagé par la douleur, l'homme s'effondrait au milieu du cimetière, hurlant.

C'est le visage également couvert de larmes que Sayed Hossain, survivant du naufrage, regardait son fils de deux ans être emmené vers le cimetière.

«Nous sommes partis vers 18h (dimanche soir). Nous n'avions pas d'autre choix que de quitter notre village» en Birmanie, a-t-il déclaré.

L'armée y «restreint nos déplacements. Beaucoup de gens sont affamés, car nous ne pouvons même pas aller dans des commerces ou au marché pour acheter de la nourriture», a-t-il décrit.

Au moins 150 Rohingyas ont trouvé la mort depuis fin août en tentant la traversée, périlleuse en cette saison de mousson, entre la Birmanie et le Bangladesh.

Fin de la trêve

L'ONU estime que l'armée birmane et les milices bouddhistes se livrent à une épuration ethnique contre la minorité musulmane.

Accusée d'incendier des villages pour inciter les Rohingyas au départ, l'armée birmane répond en mettant en cause les rebelles rohingyas eux-mêmes. Des accusations invérifiables, les autorités birmanes interdisant l'accès à la zone de conflit.

Si le flux s'est ralenti par rapport à début septembre, l'exode des Rohingyas vers le Bangladesh continue cependant, principalement en raison du manque de nourriture dans l'ouest de la Birmanie, où la souffrance est «inimaginable» selon l'ONU.

Environ 2000 réfugiés continuent à arriver chaque jour, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Et la crise ne donne pas de signes d'amélioration: les rebelles de l'Armée du salut des Rohingyas de l'Arakan (ARSA) ont rappelé samedi que le cessez-le-feu unilatéral d'un mois, déclaré le 10 septembre, s'achevait lundi soir à minuit.

Une nouvelle flambée de violences relancerait l'exode vers le Bangladesh et y aggraverait la crise humanitaire.

«Si le cessez-le-feu s'arrêtait, l'armée recommencerait les atrocités», redoutait Shah Alam, un réfugié rohingya rencontré par l'AFP près de Teknaf, arrivé dimanche soir par bateau au Bangladesh.

La «mère» menacée à Oxford

Alors que les réfugiés vivent dans des conditions sanitaires déplorables, abrités sous des bâches plastiques et sans sanitaires en nombre suffisant, l'ONU s'inquiète du projet d'extension du camp de Kutupalong, où vivent déjà plus de 300 000 réfugiés Rohingyas. Sa capacité pourrait être portée à 800 000 places, pour faire face à une crise partie pour durer.

Pendant ce temps, en Birmanie, le ressentiment envers la communauté internationale, accusée de parti pris prorohingya, reste fort.

Le journal officiel Global New Light of Myanmar titrait en une sur une opération de protestation contre le retrait du portrait de la prix Nobel de la paix des murs de l'université d'Oxford.

Des peintres birmans se sont réunis pour peindre celle qui reste une icône dans son pays, où il est commun de l'appeler «mère».

«Notre confiance totale en notre mère est irrévocable», dit U Nay Aung Shu, de l'Association des artistes traditionnels.

Aung San Suu Kyi est très critiquée à l'étranger pour son peu d'empathie envers les Rohingyas, considérés comme une des minorités les plus persécutées au monde, dans ce pays marqué par un fort nationalisme bouddhiste.

Elle doit composer avec une armée qui reste très puissante, malgré l'autodissolution de la junte en 2011, ainsi qu'une opinion publique largement xénophobe et anti-musulmane.




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