Quand le plan «Make in India» rend... «Mad in India»

Pour obtenir son imprimante 3D, Saurabh Ahuja a... (Money SHARMA, archives AFP)

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Pour obtenir son imprimante 3D, Saurabh Ahuja a vécu un véritable parcours du combattant, perdant un temps fou et y laissant près de 3000 $ en frais de douanes et pot-de-vin. Il a fondé son entreprise il y a 6 ans.

Money SHARMA, archives AFP

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Megha BAHREE
Agence France-Presse
New Delhi

Lorsque Saurabh Ahuja a essayé d'importer une imprimante 3D à 600 dollars pour fabriquer des drones dans son atelier de Delhi, il a dû dépenser 3000 dollars supplémentaires en frais de douanes et pot-de-vin pour récupérer son achat trois mois après.

« Nous n'avons pas la technologie et l'industrie pour faire les plus petits composants, donc nous devons importer », explique l'entrepreneur de 29 ans en épanchant sa frustration envers le programme « Make in India », plan emblématique du gouvernement de Narendra Modi pour inciter à produire en Inde.

« Si mon entreprise croît, le pays croît avec moi. Mais le gouvernement ne veut pas me laisser croître », lâche ce fondateur de « fablab » (laboratoire de fabrication).

Peu après son arrivée aux commandes de l'Inde en 2014, le premier ministre Narendra Modi lancé la campagne du « Make in India ».

Le nationaliste hindou souhaite dynamiser la croissance de son pays et créer de l'emploi grâce à une industrialisation de son économie. Il incite pour cela les investisseurs étrangers à venir produire en Inde et les entreprises indiennes à davantage sourcer localement.

Les autorités indiennes tentent de séduire les entreprises internationales en libéralisant les règles d'investissements directs étrangers et en simplifiant la fiscalité.

Sur le plan intérieur, les entrepreneurs indiens, qui devraient être à l'avant-garde du mouvement, font toutefois face à un casse-tête. Ils se retrouvent coincés entre des barrières douanières destinées à dissuader les importations et une offre locale insuffisante.

Pour obtenir son imprimante 3D, Saurabh Ahuja a dû fournir une épaisse liasse de documents aux douanes de l'aéroport de Delhi, dont des détails sur l'exportateur chinois et la liste complète des produits.

Il s'est ensuite vu répondre que chaque composant de son imprimante - qui en compte près de 300 - allait devoir être individuellement vérifié.

Après trois mois de consignation dans l'entrepôt des douanes, ce qui lui a coûté 150 000 roupies de frais (2330 dollars), ce n'est qu'après s'être acquitté des substantielles taxes et d'un pot-de-vin, dit-il, qu'il a pu récupérer son achat.

Contactés par courriel pour une réaction, des responsables de l'aéroport n'ont pas donné suite.

« Mad in India »

Si les grands groupes indiens comptent parmi les supporters les plus fervents de Narendra Modi, produire localement reste une source de frustration pour les petites entreprises, explique l'économiste Sunil Sinha.

Certains grands conglomérats « ont un accès privilégié aux coulisses du pouvoir, mais pour le petit gars, auquel personne ne répondra au téléphone, il doit régler directement son problème » avec l'administration sur le terrain, estime-t-il.

« Quiconque monte une usine ou une affaire a besoin d'acheminement d'eau et d'électricité ainsi que de nombreuses autorisations (...) de différents organes gouvernementaux », décrit-il.

Ces derniers constituent selon lui des « freins majeurs » à l'entrepreneuriat : « il n'y a pas eu de changements significatifs à ce niveau », constate l'économiste de Fitch India.

Pays de 1,25 milliard d'habitants, l'Inde occupe la 130e place sur 190 dans l'indice de facilité de faire des affaires de la Banque mondiale.

Saurabh Ahuja a pris conscience de la difficulté de s'approvisionner dans son pays lorsque le gouvernement a interdit l'importation de batteries au lithium polymère, essentielles pour faire voler des drones.

Ahuja, qui a lancé sa compagnie Nuts and Boltz il y a six ans à Delhi, doit désormais acheter ces batteries à Bombay à un contractant qui les fait entrer clandestinement et les vend 300 dollars pièce, soit le double du prix.

Un grand patron avait dénoncé l'année dernière dans un discours une situation ubuesque : « si l'innovation dans le pays dépend de l'approbation du gouvernement ou du processus judiciaire, ce ne sera pas un cas de "Made in India", mais de "Mad in India" (fou en Inde, NDLR) ».




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