Colmatage d'un trou béant: leçon japonaise pour Montréal

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Un effondrement de terrain a formé mardi un trou géant qui a avalé une partie d'une artère du centre de la ville de Fukuoka, dans le sud-ouest du Japon. Le cratère de quelque 30 mètres de diamètre laissait apparaître les piliers de soutien d'immeubles, faisant craindre un risque de nouveaux écroulements, mais aucun blessé n'était à déplorer.

Associated Press

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Non, ceci n'est pas le scénario d'un film de science-fiction : une ville japonaise a réparé en une semaine à peine un nid-de-poule monstre qui avait avalé une section complète d'une rue de son centre-ville. Cet exploit ne tient pas du miracle, estime une spécialiste québécoise en gestion municipale, qui croit que la Ville de Montréal pourrait en faire autant. Si elle s'en donnait les moyens.

UNE SECTION DE RUE DISPARAÎT

Le 8 novembre, à 5 h du matin, une section complète d'une rue au coeur de la ville de Fukuoka, dans le sud du Japon, s'est effondrée. Un trou de 30 mètres de largeur sur 27 mètres de longueur et 15 mètres de profondeur est ainsi apparu au coeur de la quatrième agglomération en importance du pays. Non seulement les cinq voies de circulation ont disparu, mais leur affaissement a aussi provoqué une rupture tant des conduites d'eau et d'égout que des câbles d'électricité et de téléphone. Heureusement, l'incident, qui est survenu au coeur du quartier des affaires, tout près de la station de train Hakata, n'a fait aucun blessé. La presse locale indique que des travaux pour creuser une ligne de métro pourraient avoir fragilisé le sol.

TRAVAUX D'URGENCE

À peine le trou apparu, les autorités de Fukuoka, ville de 1,5 million d'habitants, ont entrepris les travaux de réparation. Les équipes ont travaillé jour et nuit pour colmater le trou, puis reconnecter les conduites et câbles sectionnés. La rue a été finalement rouverte à la circulation le 15 novembre, à 5 h du matin, soit très exactement une semaine après l'effondrement - et non 48 heures, comme l'ont annoncé erronément plusieurs médias hier.

CHRONOLOGIE D'UNE RÉPARATION ÉCLAIR

  • MARDI 8 NOVEMBRE : À 5 h du matin, l'immense trou apparaît, sectionnant une rue.
  • MERCREDI 9 NOVEMBRE : En fin de soirée, les employés de Fukuoka finissent de remplir le trou de sable et de ciment.
  • SAMEDI 12 NOVEMBRE : La réparation des conduites d'eau et d'égout est terminée.
  • DIMANCHE 13 NOVEMBRE : La chaussée est réasphaltée et le marquage, refait.
  • LUNDI 14 NOVEMBRE : La solidité de la réparation est testée.
  • MARDI 15 NOVEMBRE : La rue est rouverte à la circulation à 5 h du matin.
LE MAIRE S'EXCUSE À LA POPULATION

Loin de se vanter de leur vitesse d'exécution pour réparer cet immense trou, les autorités de Fukuoka ont au contraire pris la responsabilité de l'incident et présenté leurs excuses à la population. « Je m'excuse de tous les inconvénients causés », a déclaré le maire Soichiro Takashima, selon le Japan Times, avant de s'incliner devant les caméras de télévision. L'élu de 42 ans a ajouté que sa ville et le consortium responsable du prolongement du métro tenteraient de dédommager les commerçants touchés par l'affaissement. « Pour moi, c'est une autre conception du service public. Mais si on faisait de telles excuses ici, je ne sais pas si les gens y croiraient », dit Danielle Pilette, spécialiste en gestion municipale à l'Université du Québec à Montréal.

ET MONTRÉAL?

Alors que la Ville de Montréal peut prendre des mois à colmater des fuites d'eau beaucoup moins imposantes, une réparation aussi rapide serait-elle possible dans la métropole québécoise ? « Oui. Je ne pense pas que c'est de la science-fiction pour nous », dit Danielle Pilette. Celle-ci est convaincue qu'en travaillant 24 heures par jour, la Ville pourrait réparer un effondrement similaire. Si les chantiers prennent actuellement autant de temps, c'est qu'il « n'y a aucune commande politique pour accélérer les chantiers », estime-t-elle. La professeure n'a d'ailleurs pas vu de raison de se réjouir quand Montréal a annoncé la fin du chantier dans la rue Saint-Denis, un mois avant la fin prévue. Or, ce délai pour refaire ce tronçon de rue lui paraissait « tout à fait raisonnable et même pas si vite ».

2/3

Si Montréal met autant de temps à réparer les trous pullulant dans ses rues, c'est que son financement n'est pas intimement lié à la fluidité de sa circulation, évalue Danielle Pilette. Les deux tiers du budget de la Ville de Montréal dépendent de la taxe foncière. Or la valeur des immeubles ne varie pas brusquement parce qu'une rue est sectionnée par l'apparition d'un trou. Celle-ci croit que plusieurs villes, notamment aux États-Unis, ont plus intérêt à s'activer dans l'entretien de leurs infrastructures puisqu'elles touchent une partie des taxes de vente. Or la rupture d'une rue majeure risque d'avoir un impact immédiat sur l'économie. Rappelons qu'à une époque, Montréal recevait deux points de la TVQ, mais une réforme du financement des villes a mis fin à cette pratique en 1980.

UNE TECHNIQUE CONNUE

La Ville de Montréal assure qu'elle serait en mesure d'effectuer des travaux aussi rapides. « Si nous devions remblayer une aire de 7000 mètres cubes, nous pourrions certainement le faire dans les mêmes délais », dit Philippe Sabourin, porte-parole de la Ville. La métropole québécoise dit recourir parfois à la technique utilisée à Fukuoka, qui consiste à injecter dans le trou un mélange de terre et de ciment. Montréal souligne toutefois qu'il en coûte de quatre à cinq fois plus cher que d'utiliser uniquement de la pierre concassée. Reste qu'en 2013, Montréal avait mis trois semaines, du 5 au 26 août, pour colmater l'immense trou apparu en pleine rue Sainte-Catherine, quand la chaussée avait cédé sous le poids d'une excavatrice. La Ville dit qu'il est difficile de comparer un affaissement à un autre.

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