La minorité musulmane sous forte pression militaire en Birmanie

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Les militaires, même s'ils ont été battus dans les urnes lors d'une élection historique en novembre 2015, conservent la main haute sur plusieurs positions clés en Birmanie, incluant la sécurité intérieure.

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L'armée birmane mène depuis plusieurs semaines dans le nord du pays une offensive qui fait craindre des exactions à grande échelle contre la minorité rohingya.

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Human Rights Watch a établi que plus de 400 bâtiments ont été détruits dans trois villages de l'État de Rakhine, où la minorité rohingya est concentrée, et où un important contingent de soldats a été déployé dans le cadre de l'offensive en cours.

photo soe zeya tun, archives reuters

Human Rights Watch (HRW) a notamment sonné l'alarme à ce sujet la fin de semaine dernière en diffusant des images satellitaires qui montraient que des villages de l'État de Rakhine, où cette minorité musulmane est concentrée, ont été rasés récemment.

L'organisation a établi que plus de 400 bâtiments ont été détruits dans trois villages de la commune de Maungdaw, dans une zone située non loin de la frontière avec le Bangladesh, où un important contingent de soldats a été déployé dans le cadre de l'offensive en cours.

Brad Adams, qui dirige la section asiatique de HRW, a demandé dimanche aux autorités birmanes de lancer rapidement une enquête avec l'aide des Nations unies pour offrir justice aux victimes de ces exactions.

L'agence Reuters a recueilli de son côté les témoignages de plusieurs femmes d'un autre village rohingya qui affirment avoir été violées par des soldats birmans à la fin du mois d'octobre.

Une femme de 30 ans a notamment relaté qu'elle avait été frappée et violée à répétition par des militaires qui menaçaient de la tuer. « Ils m'ont dit qu'ils ne me permettraient pas de vivre dans ce pays », a-t-elle déclaré.

Le porte-parole du président birman, Zaw Htay, a nié à l'agence que les soldats présents dans la zone aient pu se livrer à de telles exactions.

Il affirme qu'il s'agit plutôt d'une campagne de propagande orchestrée par un groupe d'insurgés rohingyas pour faire mal paraître le régime.

Attaques contre des postes de police

Cette nouvelle flambée de violence a débuté au mois d'octobre lorsque des militants armés ont pris d'assaut trois postes de police et se sont emparés d'armes et d'une quantité importante de munitions.

Neuf policiers auraient été tués lors de l'assaut, que le gouvernement attribue plus spécifiquement à un groupe « djihadiste » inconnu formé de Rohingyas dont le chef aurait été supposément formé par les talibans pakistanais.

Selon les autorités birmanes, plus d'une trentaine de combattants ont été tués dans la première phase de la contre-offensive. Dans un autre communiqué diffusé dimanche, l'armée a indiqué avoir tué 28 rebelles de plus lors d'attaques survenues alors que les soldats « inspectaient » des villages où plusieurs maisons ont été brûlées.

François Audet, qui chapeaute l'Observatoire sur les crises et l'aide humanitaires, note qu'il est très difficile de voir clair dans ce qui se passe dans l'État de Rakhine, puisque l'armée restreint l'accès à la zone et empêche journalistes et activistes de circuler librement.

Les informations disponibles sont néanmoins extrêmement préoccupantes et suggèrent, dit-il, que l'armée n'hésite pas à s'en prendre à la population civile de façon agressive sous prétexte de lutter contre une insurrection.

De telles exactions n'auraient rien de surprenant, juge M. Audet, à la lumière du fait que la junte militaire qui a longtemps dirigé la Birmanie n'a jamais caché sa volonté de « sortir ce groupe-là du pays ».

Des indésirables

Les Rohingyas y sont considérés comme des immigrants illégaux et vivent formellement comme des apatrides. Ils sont fréquemment ciblés par des nationalistes bouddhistes qui avaient orchestré une série d'attaques meurtrières à leur encontre en 2012.

Les tensions actuelles représentent un sérieux casse-tête pour le gouvernement d'Aung San Suu Kyi, qui tentait d'apaiser les tensions ethniques dans le pays.

Certains médias suggèrent que l'armée rechigne à donner des détails sur l'opération en cours à l'ex-Prix Nobel, témoignant de la fragilité de sa position.

Les militaires, même s'ils ont été battus dans les urnes lors d'une élection historique en novembre 2015, conservent la main haute sur plusieurs positions clés, incluant la sécurité intérieure.

« Je pense qu'elle essaie de faire le maximum possible à l'intérieur des pouvoirs qui lui ont été donnés », analyse M. Audet.

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