Australie: la «cruauté» comme stratégie pour stopper le flux de réfugiés?

L'île de Nauru, qui fait 20 kilomètres carrés... (PHOTO fournie par Amnistie internationale par l'entremise de Reuters)

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L'île de Nauru, qui fait 20 kilomètres carrés et qui est située à des milliers de kilomètres de l'Australie, est une prison à ciel ouvert pour 1160 demandeurs d'asile. Autant d'hommes, de femmes et d'enfants qui ne peuvent espérer être relogés en Australie.

PHOTO fournie par Amnistie internationale par l'entremise de Reuters

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Le gouvernement australien a traité sciemment avec une « intolérable cruauté » des centaines de demandeurs d'asile refoulés à Nauru afin de décourager l'immigration illégale vers ses côtes, bafouant au passage ses obligations internationales.

Les violations des droits de la personne subies par les personnes transférées à cet endroit sont assimilables à de la « torture », affirme Amnistie internationale, qui réclame dans un rapport diffusé hier la fermeture du camp de détention aménagé dans l'île du Pacifique.

« Le fait que le gouvernement tente de justifier les abus inhérents à son système offshore au nom d'une politique d'immigration juste et équilibrée, ou même qu'il prétende sauver des vies de cette façon, est insupportable. Aucun État ne peut justifier de faire souffrir des personnes pour limiter les pertes de vie, encore moins pour réduire l'immigration », note l'organisation.

«La fin ne justifie pas les moyens.»

Extrait du rapport d'Amnistie internationale diffusé lundi

Après avoir été aux prises avec l'arrivée de centaines de bateaux de migrants et plus de 1000 morts par noyade, l'Australie a adopté en 2013 une politique stricte prévoyant que toute personne arrivant au pays de cette façon serait renvoyée dans des centres de détention situés dans l'île de Manus, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, ou à Nauru.

La fermeture du premier centre a été annoncée récemment, peu de temps après qu'il eut été déclaré « illégal » par la Cour suprême. Celui de Nauru, une petite île de 20 kilomètres carrés située à des milliers de kilomètres des côtes australiennes, doit cependant demeurer ouvert.



LES « LIMBES »

Il est devenu de facto une prison à ciel ouvert pour 1160 hommes, femmes et enfants qui ne peuvent espérer être relogés en Australie même s'ils sont reconnus comme des réfugiés.

Ils y survivent dans des conditions extrêmement éprouvantes, au dire d'Amnistie internationale, qui a réussi à enquêter sur place sans alerter les autorités locales.

Une recherchiste a notamment pu interviewer une soixantaine de réfugiés et de demandeurs d'asile qui présentent, dans un nombre « effarant » de cas, des troubles de santé mentale.

Plusieurs ont rapporté avoir tenté de se suicider pour échapper aux « limbes » dans lesquelles ils se retrouvent. Un Pakistanais a notamment déclaré qu'il s'était aspergé d'essence pour en finir en imitant un réfugié iranien de 23 ans, Omid Masoumali, mort de cette façon en avril 2016.

Un autre réfugié, d'origine irakienne, a déclaré qu'il voulait mourir mais s'abstenait en raison de ses neveux.

«J'aimerais pouvoir me tuer, mais je ne peux pas à cause [de mes neveux]. [...] En Irak, il suffit d'une balle ou d'une bombe et c'est fini. Ici, je meurs lentement de la douleur.»

Un réfugié d'origine irakienne actuellement en détention dans l'île de Nauru

Les réfugiés, note Amnistie internationale, doivent par ailleurs composer avec des soins médicaux inappropriés, le personnel local se montrant réticent à évacuer les cas urgents vers l'Australie dans des délais appropriés.

Une partie du personnel chargé de gérer les centres ne s'adresse aux réfugiés et aux demandeurs d'asile qu'en utilisant le numéro qui leur a été assigné, contribuant à leur « déshumanisation ».

Les personnes placées à Nauru se heurtent par ailleurs à l'hostilité d'une partie des 10 000 résidants de l'île. Plusieurs réfugiés signalent avoir été attaqués physiquement et relèvent que les plaintes subséquentes à la police demeurent normalement sans suite. Nombre de cas d'agressions sexuelles ont été signalés sans que cela mène à des arrestations.

POUSSER VERS LA SORTIE

Le but ultime du gouvernement, relève Amnistie internationale, est de convaincre les demandeurs d'asile et les réfugiés de repartir chez eux ou de s'établir dans d'autres pays, tout en décourageant d'autres migrants de tenter la traversée vers l'Australie. Des douzaines d'entre eux, voire des centaines, se seraient résignés, par désespoir, à rentrer.

L'organisation de défense des droits de la personne estime que le gouvernement australien serait mieux avisé de soutenir financièrement les pays d'où partent les réfugiés qui espèrent se rendre en Australie et de rehausser le quota de réfugiés pouvant officiellement être réinstallés de l'étranger.

Le gouvernement australien maintient que sa politique de gestion des frontières est la « meilleure au monde » et qu'une approche « ferme » envers les immigrants illégaux est une condition incontournable pour justifier un programme d'accueil généreux.

« L'opinion publique n'acceptera pas un programme humanitaire généreux, un programme d'immigration substantiel si le gouvernement n'a pas le contrôle de ses frontières », a indiqué récemment le premier ministre du pays, Malcolm Turnbull, avant un sommet sur les réfugiés aux Nations unies.

UN TOTAL SANS PRÉCÉDENT

Amnistie internationale craint que les politiques restrictives de l'Australie inspirent d'autres pays, dans le contexte où le nombre de personnes déracinées atteint un sommet sans précédent à l'échelle de la planète. Selon le Haut-Commissariat aux réfugiés, on comptait 65 millions de demandeurs d'asile, de réfugiés ou de déplacés internes à la fin de 2015. Une personne sur 113 était déracinée. La Syrie, l'Afghanistan et la Somalie étaient les pays d'où provenaient le plus grand nombre de réfugiés.

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