Asie

Regain des tensions militaires en mer de Chine méridionale

Le récif de Scarborough fait partie d'un groupe de... (Photo Liu Rui, archives Associated Press)

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Le récif de Scarborough fait partie d'un groupe de récifs sous-marins et de rochers trop petits pour soutenir une construction humaine, situé à 200 km des côtes des Philippines. En 2013, la Chine a chassé manu militari les pêcheurs philippins qui fréquentaient l'îlot.

Photo Liu Rui, archives Associated Press

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Les spécialistes de la mer de Chine méridionale sont sur le qui-vive : plusieurs rumeurs veulent que la Chine commence les travaux pour transformer le récif de Scarborough en base militaire, comme elle l'a fait pour d'autres îlots, immédiatement après la conclusion du sommet du G20. Justement, les ministères de la Défense des Philippines et des États-Unis viennent de signaler la présence d'un nombre anormal de navires chinois, dont certains semblent être les grues qui ont servi à agrandir d'autres îlots abritant aujourd'hui des bases chinoises.

Le récif de Scarborough

Le récif de Scarborough fait partie d'un groupe de récifs sous-marins et de rochers trop petits pour soutenir une construction humaine, situé à 200 km des côtes des Philippines. En 2013, la Chine a chassé manu militari les pêcheurs philippins qui fréquentaient l'îlot. La rumeur voulant que la Chine commence à y construire une base militaire dès la fin du G20 a été lancée à la mi-août par le quotidien South China Morning Post de Hong Kong, puis reprise par divers médias américains. Le printemps dernier, le New York Times a rapporté qu'en marge d'une rencontre entre le président Barack Obama et des officiers supérieurs à propos de la mer de Chine méridionale, un journaliste a entendu le général Joseph Dunford, chef d'état-major, demander à l'amiral Harry Harris, qui commande la région du Pacifique : « Irais-tu en guerre à cause du récif de Scarborough ? » La réponse de l'amiral Harris n'était pas audible.

Le jugement de juillet

En juillet, la Cour permanente d'arbitrage (CPA) de La Haye a statué qu'indépendamment de la nationalité des îles, la Chine ne peut construire des structures sur des récifs submergés à marée haute et que les récifs trop petits à l'état naturel pour soutenir des structures ne donnent droit qu'à une zone territoriale de 12 milles nautiques, pas à une zone économique de 200 milles nautiques. Ce jugement était basé sur la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS), que la Chine a signée. L'intervention de la CPA avait été demandée en 2013 par les Philippines. La Chine avait refusé d'y participer, estimant qu'une déclaration commune de collaboration par les deux pays, datant de 2006, interdisait ce recours.

Les missiles chinois

Depuis six mois, divers médias de droite, dont le Telegraph britannique et le National Interest américain, posent publiquement la question : les États-Unis sont-ils prêts à entrer en guerre contre la Chine si l'empire du Milieu continue ses démonstrations de force en mer de Chine méridionale et y construit de nouvelles bases militaires ? La question est particulièrement aiguë pour les Philippines, qui ont récemment permis aux États-Unis, pour la première fois depuis 25 ans, d'installer ses soldats sur son territoire. Outre la catastrophe économique mondiale qu'entraînerait une telle interruption du commerce avec la Chine, des doutes subsistent sur la capacité américaine de gagner sans essuyer de lourdes pertes militaires. Le problème est que la Chine développe à pleins gaz des missiles sol-mer qui pourraient rendre inutiles les porte-avions américains. De tels missiles sont notamment installés dans la base de l'îlot Woody en mer de Chine méridionale. Signe que la menace est prise au sérieux, la Marine américaine va tester en septembre au Nouveau-Mexique une nouvelle batterie antimissile SM-6 capable de cibler deux missiles à la fois.

2300 ANS DE CONTROVERSE

IIIe siècle av. J.-C. 

Exploration chinoise des îles Spratley et Paracel.

1279 

Une flotte chinoise installe des stèles de souveraineté dans certaines îles de la mer de Chine méridionale.

1885 

Revendication chinoise sur les Paracel et les Spratley.

1887 

Occupation française des Paracel et des Spratley.

1933 

La Chine publie une carte où apparaît pour la première fois la « ligne à neuf traits », ou langue de chat, illustrant ses revendications territoriales en mer de Chine méridionale.

1939 

Occupation japonaise des Spratley.

1947 

Revendications philippines dans l'est des Spratley.

1974 

La Chine évince le Viêtnam du Sud des îles Paracel.

1988 et 1992 

Affrontements militaires sino-vietnamiens autour des Spratley, le Viêtnam perd le contrôle du récif de Fiery Cross.

1995 

Affrontement militaire sino-philippin autour des Spratley.

2005 

Accord pétrolier sur le développement commun des Spratley entre la Chine, le Viêtnam et les Philippines.

2011 

Arraisonnements par la Chine de navires vietnamiens et philippins près des Spratley ; manoeuvres maritimes vietnamiennes et philippines, parfois conjointement avec les États-Unis ; découvertes importantes de pétrole et de gaz.

2012 

La Chine lance un appel d'offres pour l'exploration pétrolière dans les Spratley et les Paracel.

2013 

Les Philippines demandent un arbitrage à La Haye dans leur dispute territoriale avec la Chine, qui refuse d'y participer.

2016 

Les Philippines remportent l'essentiel de l'arbitrage.

Sources : The Diplomat, The South China Morning Post, Asia Maritime Transparency Initiative

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