Bangladesh: les djihadistes de Dacca, des jeunes instruits issus de familles aisées

Une proche d'une des victimes de la tuerie... (PHOTO Adnan Abidi, REUTERS)

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Une proche d'une des victimes de la tuerie de Dacca à la sortie des funérailles célébrées en l'honneur des 20 personnes ayant perdu la vie durant la prise d'otages, le 4 juillet.

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Agence France-Presse
DACCA

Les djihadistes bangladais qui ont tué 20 otages dans un restaurant de Dacca ont bénéficié d'une solide éducation et provenaient de familles aisées, loin d'un stéréotype dépassé du volontaire issu d'un milieu pauvre et radicalisé dans une madrasa.

Six jeunes hommes ont été tués dans l'assaut samedi matin à l'issue d'un siège d'une nuit d'un restaurant de Dacca revendiqué par l'organisation État islamique (EI).

L'un d'eux pourrait être un innocent pris dans la fusillade avec les forces de sécurité, mais parmi les cinq autres figurent un diplômé d'une université privée cotée du pays, un étudiant de 18 ans d'une école réputée et le fils d'un dirigeant de parti.

La volonté des groupes djihadistes tels que l'EI de recruter des jeunes issus de la classe moyenne va compliquer les efforts du gouvernement pour éradiquer l'extrémisme.

« Il s'agit de jeunes hommes très instruits qui viennent de familles aisées », a dit le ministre de l'Intérieur Asaduzzaman Khan à l'AFP. Prié de dire pourquoi ils étaient devenus des djihadistes, Khan a répondu : « C'est devenu une mode ».

Le Bangladesh nie la présence de l'EI dans le pays, en dépit de la revendication et de la diffusion de photos de cinq hommes armés par l'agence proche de l'organisation Amaq.

Taj Hashmi, un Bangladais spécialiste des questions de sécurité à l'Austin Peay State University américaine, rappelle que les Saoudiens auteurs des attaques du 11-Septembre venaient aussi de familles aisées.

La jeunesse de la classe moyenne est de longue date un terreau de recrutement djihadiste, selon lui : « des personnes marginalisées et en colère venant des plus hauts rangs de la société gonflent les rangs des terroristes islamistes depuis une trentaine d'années ».

Les autorités bangladaises n'ont pas donné les noms complets des assaillants du café, mais ont publié des photos de leurs corps ensanglantés.

Les amis de l'un d'eux ont confirmé l'identité de Nibras Islam, 22 ans, qui étudiait sur le campus en Malaisie de la Monash University australienne avant de disparaître en janvier.

« C'était un bon athlète que tout le monde admirait », se souvient auprès de l'AFP un ami qui le fréquentait au secondaire.

Après le secondaire, Nibras a étudié à la North South University (NSU), une université privée bangladaise dont un ancien étudiant avait tenté de faire exploser une bombe au siège de la Fed de New York en 2012.

« Lavage de cerveau »

Début 2013, sept étudiants de la NSU ont tué à coups de machette un blogueur athéiste Ahmed Rajib Haider, premier d'une longue série de meurtres similaires. Selon l'accusation, ces étudiants s'étaient radicalisés via internet.

L'un des autres assaillants du restaurant est identifié comme étant Mir Saameh Mubasheer, qui a disparu en février alors qu'il étudiait à la Scholastica de Dacca, une école réputée en anglais.

Son père Mir Hayat Kabir a dit au quotidien Prothom Alo qu'il craignait que son fils ait été victime d'un lavage de cerveau.

« Je sentais dans mon coeur qu'il était sous l'emprise de quelqu'un. Nous étions de bons parents, mais ils nous l'ont pris de chez nous ».

Un autre des preneurs d'otages a été identifié comme étant Rohan Imtiaz qui aurait également étudié à la Monash en Malaisie après avoir quitté la Scholastica où enseigne sa mère.

Son père, Imtiaz Khan Babul, est un ancien responsable du bureau de Dacca du parti au pouvoir, l'Awami League. Il avait signalé la disparition de son fils en janvier.

Seul l'un des cinq assaillants a étudié dans une madrasa (école coranique). Il s'agirait de Khairul Islam Payel, fils d'un ouvrier.

Certains analystes expliquent la montée de l'extrémisme en Asie du Sud par les discours de dignitaires formés en Arabie saoudite dans les madrasas, souvent la seule possibilité d'éducation des enfants de familles pauvres.

Mais pour Mubashar Hasan, expert de l'islam politique à la Liberal Arts University de Dacca, un tel raisonnement est erroné.

« De nombreux gouvernements et agences étrangères ont dépensé des millions pour moderniser l'enseignement des madrasas. Que vont-ils réformer maintenant ? Les universités libérales dont le programme est calqué sur le fonctionnement occidental ?».

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