Le «Donald Trump chinois» ne pourra plus bloguer

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Les autorités chinoises ont fermé le microblogue du millionnaire Ren Zhiqiang, suivi par 36 millions de personnes, après qu'il eut osé défier le président Xi Jinping.

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Sale temps pour la liberté d'expression en Chine. La semaine dernière, les autorités ont fermé le microblogue de l'homme d'affaires Ren Zhiqiang, qui était suivi par des millions de personnes. Un geste de censure «peu surprenant», selon les experts.

C'est un des plus célèbres blogueurs de Chine. Surnommé «le canon», parce qu'il tire sur tout ce qui bouge dans son pays, Ren Zhiqiang surprend ou dérange, c'est selon.

Jusqu'ici, on laissait courir ce millionnaire impertinent. Mais ses plus récentes critiques à l'endroit du régime se sont retournées contre lui : la semaine dernière, les autorités chinoises ont fermé son compte Weibo - équivalent chinois de notre Twitter -, qui était suivi par plus de 36 millions de personnes !

Raison de cette censure ? Le magnat de l'immobilier, que certains comparent à Donald Trump en raison de sa fortune et de son franc-parler, a osé défier le président Xi Jinping sur la place publique, après que celui-ci eut exigé une loyauté absolue de la part des médias d'État chinois.

Membre en règle du Parti communiste chinois, «Ren le canon» n'a pas tardé à réagir, en rappelant que ces organes de presse n'appartenaient pas au parti, mais au peuple. «Cessez d'utiliser l'argent des contribuables pour des choses qui ne leur fournissent aucun service», a-t-il écrit sur son fil Weibo.

Il n'en fallait pas plus pour alerter le CAC (Administration chinoise du cyberespace), qui a d'abord purgé la phrase de Weibo, puis carrément fermé le compte du millionnaire le 29 février, sous prétexte que celui-ci disséminait des «informations illégales» causant un «mauvais impact».

MÊME LES INTOUCHABLES

Selon Liz Carter, auteure du livre # Let 100 Voices Speak - How the Internet is Changing China and Changing Everything, l'affaire n'a «rien de surprenant». Ces dernières années, plusieurs blogueurs influents ont été réduits au silence par les autorités, qu'il s'agisse de l'artiste Ai Weiwei ou de l'homme d'affaires Charles Xue, qui avait dû faire ses excuses à la télévision nationale, après avoir été détenu.

«Ren Zhiqiang n'est que le dernier d'une longue liste», dit-elle.

Le geste est quand même lourd de symbole. Car «Ren le canon» était l'une des dernières célébrités à être encore actives sur le Twitter chinois. Sa mise au pas démontre à quel point le gouvernement de Xi Jinping, au pouvoir depuis 2013, n'a plus la moindre tolérance pour les détracteurs du régime, aussi intouchables soient-ils.

«Il est clair que l'espace est de plus en plus réduit pour les gens qui veulent remettre en question les politiques du parti, souligne Ann Henochowicz, journaliste au China Digital Times. Il y a eu une période d'ouverture sous le président Hu Jintao [président de 2003 à 2013]. Mais certains pensent que les gens étaient peut-être un peu trop libres. Maintenant, on est revenus à une plus grande restriction de la parole. Xi Jinping veut montrer qu'il est plus solide que son prédécesseur.»

«Cessez d'utiliser l'argent des contribuables pour des choses qui ne leur fournissent aucun service.»

L'homme d'affaires Ren Zhiqiang
sur son fil Weibo

LA FENÊTRE S'EST REFERMÉE

Détail non négligeable : le cas de «Ren le canon» est loin d'être isolé. Dans les dernières semaines, quelque 580 blogues et microblogues auraient aussi été fermés par les autorités chinoises pour cause de contenu impropre, selon ce que rapporte le China Digital Times.

Pas plus tard qu'hier, le magazine Caixin a annoncé pour sa part avoir été victime de censure sur son site web en anglais, en publiant sous son texte la photo d'une bouche bâillonnée. Ironique : l'article litigieux portait sur... la liberté d'expression.

Tout cela n'augure rien de bon pour le droit de parole en Chine, où l'internet était déjà bien surveillé par des armées de censeurs et de chiens de garde, gracieuseté de la fameuse «grande muraille électronique» implantée au début des années 2000. Après le relatif laisser-faire du début des années 2010, «la fenêtre s'est manifestement refermée», confirme Anne Henochowicz.

Solution de rechange à Weibo, l'application WeChat serait devenue le nouveau lieu de discussion pour les internautes du pays, qui sont toujours privés de médias sociaux occidentaux comme Facebook, Twitter, YouTube ou Wikipedia.

Moins surveillée parce que «moins propice au débat», selon Liz Carter, cette version chinoise de WhatsApp n'est toutefois pas sans danger.

L'an dernier à pareille date, des militantes féministes s'en sont servi pour coordonner leur prochaine intervention. Elles ont été arrêtées de façon préventive. Cinq d'entre elles ont été détenues pendant plus d'un mois...

«Ren le canon» a dit :

«Depuis quand le gouvernement du peuple est-il devenu le gouvernement du parti ?» (2016)

«Plus vous critiquez, plus vous aimez votre pays.» (2015)

«Ceux qui ont investi sur une propriété dans le passé sont riches aujourd'hui. Ceux qui ne l'ont pas fait ou qui ne voulaient pas le faire méritent d'être pauvres.» (2014)

«Ceux qui n'ont pas les moyens de s'acheter une maison en ville n'ont qu'à déménager à la campagne.» (2009)

«Je n'ai pas la responsabilité de construire des maisons pour les pauvres. Les promoteurs immobiliers ne devraient construire que pour les riches.» (2006)

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