La condamnation de Neil Bantleman sera portée en appel

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Ferdinand Tjiong et Neil Bantleman

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Associated Press
Jakarta

L'avocat de deux enseignants incarcérés en Indonésie - le Canadien Neil Bantleman et son adjoint indonésien Ferdinand Tjiong - portera en appel la décision de la Cour suprême de renverser l'acquittement prononcé en leur faveur.

Les deux hommes sont accusés d'avoir agressé sexuellement trois jeunes élèves d'une prestigieuse école internationale de la capitale.

Bantleman et Tjiong avaient été condamnés à 10 ans de prison en première instance, en avril 2015, mais la Haute Cour les avait acquittés en appel, quatre mois plus tard. Le ministère public avait ensuite fait appel de ces acquittements en Cour suprême, qui leur a imposé des peines de 11 ans de prison.

Leur avocat, Patra M. Zein, a dit vendredi qu'il demanderait une révision judiciaire de la décision, quand il aura fini d'étudier le verdict et de colliger de nouvelles preuves.

«Nous croyons que le verdict a été rendu sans un examen attentif et complet, a déclaré l'avocat. Nous attendons une copie du verdict pour l'étudier.»

Il a indiqué qu'il tenterait d'obtenir les résultats d'un examen médical subi par l'une des présumées victimes dans une clinique en Belgique, qui n'a remarqué aucun signe d'agression sexuelle.

«Cela fera partie de nos éléments de preuve pour l'appel», a-t-il révélé en conférence de presse.

Le Canada et les États-Unis s'étaient tous les deux dits choqués par la décision de la Cour suprême.

Neil Bantleman ne se trouvait pas à Jakarta lorsque le nouveau verdict a été prononcé, mercredi, mais son frère a indiqué qu'il se rendrait aux autorités après avoir rencontré des représentants consulaires canadiens. Guy Bantleman s'est senti par ailleurs ragaillardi par les propos du ministre canadien des Affaires étrangères, Stéphane Dion - les plus sévères jamais entendus «depuis le début de ce cauchemar», a-t-il dit.

Dans un communiqué publié jeudi, le ministre Dion fait part de l'état de choc et de la consternation de son gouvernement face à ce revirement judiciaire.

«Cette décision est injuste, compte tenu des nombreuses irrégularités graves survenues tout au long des diverses procédures dans cette affaire et du fait que toutes les preuves présentées par la défense ont été systématiquement rejetées, écrit le ministre. M. Bantleman et M. Tjiong n'ont pas eu la possibilité de prouver leur innocence. Malgré les appels répétés du Canada en faveur d'une application régulière de la loi, cette affaire n'a pas été traitée de manière équitable et transparente.»

Le ministre Dion a par ailleurs estimé que cette affaire pourrait sérieusement entacher la réputation de l'Indonésie en tant que pays sûr pour les travailleurs canadiens, de même que la coopération historique avec l'Indonésie. «Le Canada poursuivra son intercession en faveur de M. Bantleman auprès des plus hautes instances», a-t-il promis.

L'ambassadeur des États-Unis à Jakarta, Robert O. Blake, s'est dit lui aussi déçu du verdict et du processus judiciaire indonésien, qui entachera l'idée que l'on se fait de «l'État de droit» dans ce pays, a-t-il estimé.

L'épouse de M. Bantleman, Tracy, a décrit le verdict comme étant «inhumain, ridicule et absurde».

«Neil et Fredy sont des hommes honorables, ils sont innocents. La décision de la Cour suprême est choquante», a-t-elle lancé en pleurant.

«Savez-vous ce que c'est que d'accompagner votre mari qui est innocent (...), de volontairement retourner en prison? C'est un double cauchemar. C'est la chose la plus cruelle qui soit», a-t-elle ajouté.

L'École internationale de Jakarta (qui s'appelle aujourd'hui l'École interculturelle de Jakarta) est fréquentée par des enfants de diplomates étrangers en poste dans la capitale, d'expatriés et de membres de l'élite indonésienne. Elle accueille 2400 élèves âgés de trois à 18 ans provenant d'une soixantaine de pays. La direction de l'école et d'autres enseignants avaient témoigné en faveur de M. Bantleman.

En décembre dernier, cinq préposés à l'entretien ménager de l'école arrêtés dans le cadre de cette même affaire avaient été condamnés à des peines allant jusqu'à huit ans de prison. Selon la police, un sixième suspect s'est suicidé.

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