Inde: des communautés prises au piège de la guérilla maoïste

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Des policiers ont fait de la sensibilisation auprès de villageois contre les maoïstes dans l'État du Jharkhand.

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Abhaya SRIVASTAVA
Agence France-Presse
GIRIDIH

Enfant, Rupa Hembrom était terrorisée par les sangliers sauvages qui rôdaient autour de son village tribal de l'est de l'Inde. Aujourd'hui elle craint surtout les rebelles maoïstes qui ont investi la jungle de sa région.

Cette guérilla combat depuis des décennies le pouvoir central indien, mais le conflit s'est intensifié depuis l'arrivée au poste de premier ministre de Narendra Modi, dirigeant nationaliste hindou, il y a 15 mois.

Au vu de la hausse récente des enlèvements et des exécutions, la guérilla est considérée comme la principale menace à la sécurité intérieure, suscitant la crainte des forces de sécurité et des habitants.

Bien qu'opérant essentiellement clandestinement, les maoïstes organisent fréquemment des raids sur des villages pour récolter des fonds, du bétail et inciter les jeunes à rejoindre leurs rangs.

«Rien que les regarder, cela m'effraie... Ils ont des fusils mitrailleurs et donnent l'impression d'être puissants», dit Hembrom, 24 ans, en décrivant ses rencontres inopinées avec des patrouilles maoïstes dans l'État du Jharkhand.

Le village d'Hembrom, situé dans un décor luxuriant entre rizières et cours d'eau, se trouve au milieu du «corridor rouge», vaste zone sous influence maoïste qui traverse le centre et l'est de l'Inde.

Hembrom appartient à l'une des nombreuses tribus regroupées sous le nom d'Adivasis et qui souffrent de la pauvreté, ce qui en fait des recrues de choix pour les maoïstes.

«Nous n'avons pas de vie»

«Nous n'avons pas d'eau courante, pas d'électricité, rien. Nous n'avons pas de vie ici», dit Hembrom qui cuisine sur un feu et utilise des lampes au kérosène pour s'éclairer dans sa pauvre hutte.

L'insurrection des maoïstes a débuté il y a 40 ans environ à Naxalbari, village de l'État du Bengale occidental, quand des fermiers se sont rebellés contre des propriétaires terriens. Le conflit a tué 10 000 personnes depuis.

Tandis que d'autres foyers d'insurrection, au Cachemire ou au Nagaland, se sont apaisés ces dernières années, les attaques maoïstes se sont multipliées. Depuis 2010, 2866 personnes ont été tuées, dont 786 membres des forces de sécurité, selon le ministère de l'Intérieur.

Parmi les quelque 2000 civils tués, 921 ont été exécutés après avoir été accusés d'être des informateurs de la police.

En mai, le premier ministre avait subi un affront lorsque quelque 250 habitants de villages avaient été brièvement pris en otage, à la veille de sa visite dans l'État du Chhattisgarh, touché par cette rébellion.

Terres bradées

Les communautés tribales se méfient de l'attitude des gouvernements, ayant peu profité de la vente de terres riches en minerais au bénéfice de grands groupes de raffinage ou de l'acier.

Or Modi a placé de tels projets au coeur de son programme de réforme de l'économie indienne, avec l'espoir que chaque communauté aura accès à l'électricité.

La forêt de Saranda, dans le Jharkhand, recèle 25% des réserves de minerai de fer de l'Inde et une dizaine de sociétés exploitent des mines dans la région.

Dans le Jharkhand, les maoïstes ont obtenu une certaine adhésion en 2000 en promettant de protéger les Adivasis qui avaient été dépossédés de leurs terres et souffraient de la pollution des rivières par les sociétés minières.

La guérilla compterait 20 000 membres. L'appartenance au mouvement est passible d'une peine de prison, cette rébellion étant classée organisation terroriste.

Dans une récente note dévoilée par la presse indienne, le secrétaire général du parti des maoïstes Comrade Ganapathy faisait état des nouveaux défis à relever face au gouvernement «néo-libéral» de Modi.

«La promotion agressive du programme de «développement» de Modi va aboutir à des déplacements à une échelle sans précédent», écrit-il. «Nous allons devoir affronter et défaire cette offensive en nous unissant avec toutes les sections de population qui vont être affectées».

Reconquérir les tribus

La dureté des autorités envers toute personne classée comme proche de l'extrême gauche a joué en faveur des maoïstes au fil des ans.

Jeetan Marandi, un militant et écrivain basé dans le Jarkhand, a passé cinq ans dans le couloir de la mort, accusé de meurtre, avant d'être blanchi par la justice. «J'étais critique envers le gouvernement et j'en ai payé le prix fort», dit-il à l'AFP.

«Les dirigeants maoïstes ont restitué des terres aux gens, aussi les communautés tribales ont elles commencé à les soutenir», estime-t-il.

Les autorités affirment être devenues plus sensibles aux difficultés de ces communautés, conscientes que leur soutien sera crucial pour défaire les maoïstes.

«Nous leur rendons souvent visite», dit Kunal, un responsable policier du district de Giridih, avant d'organiser une patrouille dans un bastion maoïste.

«Ce sont les tribus qui constituent la base de soutien des naxalites (maoïstes). Nous devons comprendre leurs problèmes», ajoute-t-il.

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