Asie du Sud-Est: réfugiés abandonnés en mer

Des migrants rohingya à bord d'un bateau au... (PHOTO CHRISTOPHE ARCHAMBAULT, AFP)

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Des migrants rohingya à bord d'un bateau au large de la Thaïlande, le 14 mai.

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Leur espoir d'un monde meilleur est en train de devenir leur cimetière. Persécutés chez eux, des réfugiés birmans et bangladais fuient par la mer, mais leurs bateaux ont été repoussés au cours des derniers jours par l'Indonésie, la Malaisie et la Thaïlande, qui ne veulent pas les voir débarquer sur leur territoire. Au moins 10 réfugiés sont morts. Regard en quatre points sur ce drame méconnu.

Ping-pong

C'est un véritable jeu de «ping-pong humain» qui se déroule en mer d'Andaman, déplorent diverses organisations internationales. Encore hier, deux bateaux transportant chacun quelques centaines de personnes ont été repoussés en dehors de leurs eaux territoriales par la Malaisie, tandis qu'un autre l'a été par la Thaïlande. «Environ 10 personnes sont mortes au cours du voyage. Nous avons jeté leurs corps dans l'eau», a crié un réfugié à bord à des journalistes de l'Agence France-Presse qui se trouvaient dans un autre bateau, affirmant être en mer depuis deux mois. «Plusieurs milliers d'autres personnes» sont ainsi à la dérive, sans nulle part où aller, affirme le directeur général de l'organisation Fortify Rights, Matthew Smith, joint par La Presse en Thaïlande. Parmi ces réfugiés se trouvent des Bangladais, mais majoritairement des Rohingyas, une minorité musulmane de Birmanie qui figure parmi les peuples les plus persécutés du monde selon les Nations unies.

Torrent

La Malaisie, la Thaïlande et l'Indonésie justifient le remorquage des bateaux de migrants à l'extérieur de leurs eaux territoriales par leur incapacité à les accueillir sur leur sol. «Elles craignent un torrent énorme de réfugiés si elles commencent à les accepter, mais c'est une très mauvaise façon de gérer ce problème, car il y a des gens qui meurent littéralement en mer», déplore Matthew Smith. Les Nations unies estiment que 130 000 personnes ont fui par la mer d'Andaman depuis 2012, un nombre «très prudent» estime Matthew Smith. «Il y en a plus aujourd'hui qu'à pareille date l'an dernier», dit-il. Au cours des derniers jours, près de 2000 autres personnes ont réussi à atteindre les côtes indonésiennes et malaisiennes.

Fosses communes

Comme c'est le cas en mer Méditerranée, les réfugiés qui fuient à bord de bateaux en mer d'Andaman ont recours à des passeurs. Fortify Rights, comme d'autres organisations humanitaires, affirme que certains passeurs emmènent les réfugiés dans des «camps de torture» éloignés dans la jungle où leur réclament jusqu'à 2400$ en échange de leur liberté. Les autorités thaïlandaises ont d'ailleurs arrêté de présumés trafiquants et des membres des autorités locales soupçonnés de complicité après la découverte d'une fosse commune comptant plus de 30 corps, il y a quelques jours. «C'est seulement la pointe de l'iceberg, prévient Matthew Smith. On a des témoignages sur des fosses communes éparpillées dans la forêt le long de la frontière entre la Thaïlande et la Malaisie.» D'autres passeurs, constatant maintenant l'impossibilité d'atteindre les côtes thaïlandaises, indonésiennes ou malaisiennes, abandonnent tout simplement leurs embarcations en mer, laissant les personnes à bord seules à elles-mêmes.

Aide

«Ces gouvernements ont la responsabilité de fournir au moins une protection temporaire aux réfugiés qui arrivent sur leur territoire», affirme Matthew Smith. «Ça contrevient au droit international de renvoyer quelqu'un dans une situation de persécution», dit-il. Selon lui, il faut non seulement «une condamnation unanime de ce comportement inacceptable» à l'échelle internationale, mais il faut aussi «mettre plus de pression sur la Birmanie» pour que cesse la persécution des Rohingyas. Hier, les États-Unis se sont dits «inquiets de la situation» et ont exhorté les pays de la région à porter secours aux migrants en perdition en mer plutôt que de les repousser. Le ministère des Affaires étrangères du Canada n'a pas répondu aux questions de La Presse.

- Avec l'Agence France-Presse

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