La Presse au Népal: des villages sans maisons

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Comme cette pancarte l'indique («Nous avons besoin d'aide, s'il vous plaît aidez-nous»), les habitants du village de Sangachok, dans la région de Sinthaupalchok, ont désespérément besoin d'aide.

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(Sindhulpalchok, Népal) Les habitants des villages népalais isolés, près de l'épicentre du tremblement de terre du 25 avril, ont finalement commencé à recevoir de l'aide. Mais les défis qui les attendent sont énormes: la vaste majorité des maisons sont inhabitables, et les habitants démunis ne pourront s'en sortir seuls.

À l'entrée de Pouwatho, une affiche en bois faite à la main lance un appel à l'aide bien naïf: «We need help, please help us.»

En parcourant la route qui traverse le village sur quelques centaines de mètres, on comprend à quel point les habitants sont désespérés: il n'y a presque aucune maison habitable. Elles sont réduites en tas de briques ou de pierres, ont perdu des pans de murs complets ou sont dangereusement fissurées.

«Nous dormons dehors, sur le sol, depuis samedi dernier. Nous n'avons même pas de toile pour nous abriter», dit Thuli Giri, une jeune femme de 33 ans.

Sa mère a perdu le bout d'un index et s'est retrouvée paralysée du côté gauche, après que leur maison se fut effondrée sur elle, lors du tremblement de terre du 25 avril.

Thuli Giri doit veiller sur elle et sur ses trois enfants, âgés de 9 à 15 ans. Mais elle n'a rien pu récupérer pour les nourrir dans les décombres de leur maison. «Pendant les trois premiers jours, on n'a rien mangé, dit-elle. On n'a reçu aucune aide, aucun secours.»

Son mari a commencé un nouvel emploi dans une briqueterie de Katmandou il y a trois semaines. Il n'a pas pu prendre une seule journée de congé pour venir aider sa famille après la catastrophe, et n'a pas non plus été en mesure d'envoyer d'argent. Des voisins, eux aussi victimes du séisme, ont partagé un peu de riz avec eux. C'est tout ce que la famille a mangé au cours des neuf derniers jours.

Hier, la mère de famille était tout de même un peu soulagée: pour la première fois, sa mère avait accès à des soins, alors qu'une organisation népalaise est débarquée avec des médecins, des équipements de premiers soins et des médicaments, pour improviser une clinique à l'ombre du gros arbre à l'entrée du village. Ils ont soigné ce qu'il restait du doigt de la dame de 70 ans, qui commençait à s'infecter. Mais ils ne semblaient pas être en mesure de faire quoi que ce soit au sujet de sa paralysie, qui nécessiterait des examens à l'hôpital. Mais la famille n'a pas de quoi lui payer ces soins ni son transport jusqu'en ville.

«Si la vie reprend peu à peu son cours normal dans la capitale, le quotidien des villages aussi durement touchés risque d'être perturbé pendant longtemps.»


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Coupés du monde

Pouwatho se trouve à 2400 mètres d'altitude et à trois heures de Katmandou, par une route étroite et sinueuse qui grimpe dans la montagne le long de falaises vertigineuses. Pendant plusieurs jours, de nombreux villages de la région de Sindhulpalchok et d'autres secteurs près de l'épicentre du séisme ont été coupés du reste du monde. Le téléphone ne fonctionnait plus, et des éboulements provoqués par le tremblement de terre ont bloqué la route à plusieurs endroits.

Des habitants ont pu communiquer avec leurs proches dans la capitale dans les heures suivant la catastrophe grâce à leurs téléphones mobiles, pour leur raconter l'ampleur de la dévastation, mais ensuite, silence radio: faute d'électricité, les appareils ne pouvaient plus être chargés.

Débordés par la demande à Katmandou, les secours ont mis du temps à tourner leur attention vers ces endroits isolés. Il a d'abord fallu rouvrir les routes, puis acheminer le matériel et les denrées permettant de répondre aux besoins des victimes. Mais sans un plan efficace pour les coordonner, les distributions se sont faites de façon erratique et certains villages ont l'impression d'avoir été laissés pour compte.

«Les camions passent mais n'arrêtent pas», déplore Thuli Giri.

Si la vie reprend peu à peu son cours normal dans la capitale, le quotidien des villages aussi durement touchés risque d'être perturbé pendant longtemps. Des gens ayant perdu leur toit, qui dormaient sous des bâches, commencent à s'installer des abris un peu plus permanents, en récupérant les matériaux encore utilisables de leurs maisons détruites.

Non seulement la majorité des gens n'ont pas assez d'argent pour acheter les matériaux nécessaires à la reconstruction de leur maison, la saison des pluies complique aussi les choses: la boue argileuse utilisée pour maintenir en place les briques et les pierres ne peux sécher. Cela pose un problème aussi pour les maisons plus solides en ciment.

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Le deuil d'un proche

À ces défis s'ajoute le traumatisme d'avoir perdu un proche. Par exemple, la jeune Resmi, 11 ans, et son père Resham Shresta sont sous le choc depuis la disparition de la mère, Sanu. La jeune femme de 33 ans se trouvait dans un petit magasin du village de Sangakot, au rez-de-chaussée d'un immeuble de trois étages, au moment du tremblement de terre. Le temps qu'elle se retourne pour prendre dans ses bras son fils de 18 mois, elle n'a pas réussi à sortir avant que l'édifice ne s'écroule. Il a fallu six jours avant que le corps de la mère et de l'enfant soient retirés des décombres, par une équipe de secouristes chinois.

«La petite ne parle presque pas depuis que c'est arrivé», se désole sa tante, Jagat Kumari Shresta, inquiète.

Les débris des maisons s'amoncellent le long de la route qui traverse Sangakot. Dans les ruines, les habitants tentent de récupérer ce qui peut encore servir.

L'école locale comptait quatre étages. L'édifice est resté debout, mais le rez-de-chaussée a disparu, écrasé sous le poids des étages supérieurs.

«Heureusement que le séisme s'est produit un samedi, alors que les enfants étaient en congé», note Lalit Shresta, qui habite Katmandou mais est venu prêter main-forte à sa famille, dont la maison n'est plus qu'un tas de gravats.

Onze personnes ont trouvé la mort dans ce hameau de 300 habitants. Seulement une dizaine de maisons sont toujours habitables. Les autres sont écroulées, ou devront être détruites parce que leur structure est endommagée. «Je ne sais pas comment le village va s'en remettre, s'interroge Lalit Shresta. Les gens vivent de l'agriculture ici, ils ne peuvent pas faire face à de tels défis sans aide.»

Le gouvernement népalais a évoqué la possibilité d'indemniser les propriétaires ayant perdu leur maison. Plusieurs souhaitent aussi l'aide d'organismes internationaux pour aider la population à reconstruire des maisons plus solides.

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