Népal: attendre des secours qui n'arrivent pas

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La ville de Bhaktapur «est une scène de catastrophe. Même les bâtiments qui restent ne sont pas intacts, ils sont très, très dangereux», raconte Michael Messenger, PDG de Vision Mondiale Canada.

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Des villageois affamés qui se ruent sur des hélicoptères pour être évacués. Et des corps, encore. C'est ce que découvrent les secours qui commencent à atteindre - difficilement, pour l'instant - des zones isolées du Népal, durement touchées par le séisme de samedi.

Plus de 10 000 personnes ont probablement perdu la vie au Népal. C'est le premier ministre Sushil Koirala qui a évoqué cette estimation, hier.

«Je crois que c'est bien possible», lâche Michael Messenger, président et directeur général de Vision Mondiale Canada, qui est arrivé à Katmandou dans la nuit de lundi à hier.

«J'ai passé la journée dans la ville de Bhaktapur, une des zones les plus affectées», raconte-t-il au cours d'un entretien téléphonique avec La Presse. «C'est une scène de catastrophe. Même les bâtiments qui restent ne sont pas intacts, ils sont très, très dangereux.»

Le bureau de son organisme n'a pas été épargné: «Notre équipe travaille sous un petit abri dehors», précise-t-il. Quelque 200 employés sont néanmoins à pied d'oeuvre, un nombre appelé à augmenter.

«On veut aider 100 000 personnes, soit 20 000 foyers, dans les zones les plus touchées», affirme M. Messenger, expliquant vouloir «répondre aux besoins immédiats des familles et des enfants» en leur fournissant eau potable, nourriture, articles ménagers et abris temporaires.

Or, les secours n'arrivent pas encore à se rendre partout.

«C'est très, très difficile parce qu'il n'y a pas beaucoup de communications, les transports sont difficiles et il n'y a pas d'eau potable.»

M. Messenger prévoit néanmoins pouvoir commencer la distribution d'urgence aujourd'hui dans la région de Gorkha, près de l'épicentre, où des hélicoptères de l'armée indienne ont pu se rendre hier et ont été pris d'assaut par des villageois demandant de l'eau et des vivres.

Selon le plus récent bilan disponible au moment où l'on écrit ces lignes, le séisme de magnitude 7,8 de samedi a fait plus de 5000 morts et plus de 10 000 blessés.

Nouvelle avalanche

Pendant que les secours, débordés, livrent une course contre la montre pour évacuer les blessés et apporter de l'aide aux survivants, une nouvelle avalanche est survenue hier, en milieu de journée.

Quelque 250 personnes ont été portées disparues à la suite de cette nouvelle coulée de neige survenue dans la région de Ghodatabela, près du parc national du Langtang, réputé pour ses circuits de randonnée.

C'est d'ailleurs dans cette région coupée du monde que pourraient se trouver beaucoup de ressortissants étrangers qui manquent toujours à l'appel.

«Il y a des centaines d'étrangers et d'habitants de la région, peut-être même des milliers, qui sont coincés là et qui manquent de vivres», a écrit dans un courriel à La Presse Jennifer Ring, qui venait d'apprendre que son amoureux Cody Walter et son ami Sam Caldbrick, de Sudbury, en Ontario, étaient sains et saufs.

Les deux randonneurs sont également des amis d'enfance de l'attaquant Andrew Desjardins, des Blackhawks de Chicago, qui s'est d'ailleurs réjoui sur Twitter de les savoir en sûreté.

Deux Gaspésiennes de 27 et 28 ans sont aussi saines et sauves dans le parc du Langtang et attendent d'être évacuées, ont rapporté à La Presse leurs proches, qui ne souhaitent pas être identifiés.

«Un hélicoptère israélien est allé [sur les lieux lundi], mais il avait comme consigne de seulement ramener les Israéliens», ont-ils affirmé, ajoutant que rien n'était prévu par les autorités canadiennes pour aller les chercher.

«Elles sont en sécurité, ne manquent de rien, mais sont en train de chercher comment sortir de cet endroit.»

Pas d'hélicoptère canadien

«Pour l'instant, nous n'avons pas d'hélicoptère à notre disposition sur le terrain», a indiqué hier le directeur général du Bureau de la sécurité et de la gestion des urgences du ministère des Affaires étrangères du Canada, Robin Dubeau, lors d'une conférence de presse à Ottawa.

«Le Canada va évaluer les moyens qui sont disponibles pour évacuer ou prodiguer assistance aux Canadiens selon l'urgence et les actifs qui sont disponibles.»

Les autorités canadiennes venaient d'annoncer l'envoi au Népal d'un second appareil C-17 Globemaster transportant du matériel et du personnel. L'appareil a décollé hier avant-midi de la base militaire de Trenton, en Ontario, et est attendu demain matin à Katmandou.

Le Canada est vertement critiqué par certains de ses ressortissants coincés au Népal qui lui reprochent de les laisser à eux-mêmes.

Neuf employés consulaires canadiens sont maintenant à Katmandou pour venir en aide aux ressortissants canadiens sur place et cinq autres étaient attendus «dans les prochaines heures», ont indiqué hier les autorités canadiennes.

La Croix-Rouge canadienne a pour sa part annoncé l'envoi par un avion-cargo parti hier soir d'un hôpital de campagne spécialisé en soins aux nouveau-nés et aux femmes enceintes qui sera déployé dans la région de Katmandou.

-Avec Audrey Ruel-Manseau

Le temple de Maju Deval, à Katmandou, avant... (PHOTO LOLITA BÉLAND, COLLABORATION SPÉCIALE) - image 2.0

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Le temple de Maju Deval, à Katmandou, avant les séisme.

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Le même temple après.... (PHOTO LOLITA BÉLAND, COLLABORATION SPÉCIALE) - image 2.1

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Le même temple après.

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UNE QUÉBÉCOISE TÉMOIGNE

Elle serait arrivée quelques minutes plus tôt et ne serait peut-être plus là pour en parler. Samedi, quand le séisme a frappé le Népal, Lolita Béland visitait les temples de la place Durbar, à Katmandou.

«J'étais dans un temple - pas celui qui s'est effondré -, et je m'apprêtais à aller dans celui qui s'est effondré», a raconté la retraitée québécoise à La Presse. La terre s'est mise à trembler alors qu'elle descendait les marches. «Ça branle tellement que tu en perds l'équilibre», se rappelle-t-elle. Par la fenêtre, elle a vu le temple de Maju Deval s'effondrer sur lui-même.

«Disons qu'on essaie de descendre vite! Tu entends crier le monde, il y en a qui prient, c'est le chaos complet, quoi.» Immédiatement, des gens se sont précipités sur les ruines pour tenter d'en dégager ceux et celles qui en étaient prisonniers. «C'est moi qui aurais été là», s'est dit Mme Béland quand elle a vu une petite fille prise dans les gravats. «Elle avait le pied coincé et ils tiraient. Je me suis dit: «Ils vont lui arracher la jambe!» Après, ils ont continué à enlever des briques et ils l'ont dégagée.»

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