La Chine emprisonne ses féministes

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Il ne fait pas bon être féministe en Chine. Cinq militantes arrêtées il y a un mois pour avoir voulu manifester dans le cadre de la Journée internationale du droit des femmes devraient savoir lundi prochain quel sort les attend.

Les cinq membres de la Ligue pour l'action féministe chinoise - connues pour leurs mises en scène où elles revêtent des robes de mariée maculées de peinture rouge - voulaient dénoncer le harcèlement sexuel et la violence conjugale dans leur pays.

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Leur arrestation et leurs conditions de détention font l'objet de nombreuses critiques de la part de la communauté internationale, y compris par l'ancienne secrétaire d'État américaine Hillary Clinton. La Presse s'est entretenue par courriel avec Wiliam Nee, chercheur spécialisé sur la question chinoise pour Amnistie internationale, installé à Hong Kong.

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Q: Que sait-on de l'état des cinq femmes au moment où on se parle?

R: Leurs avocats ont déclaré hier que la police avait recommandé qu'on les accuse d'attroupement et de trouble de l'ordre dans un lieu public. Au départ, on les avait arrêtées sous des accusations plus sévères, soit d'avoir «cherché querelle et causé le trouble». Il est trop tôt pour dire s'il s'agit là d'une évolution positive du dossier, mais cette accusation implique tout de même une peine de cinq ans d'emprisonnement pour chacune des femmes.

Il semble que la police soit remontée jusqu'en 2012 pour formuler ces nouvelles accusations. Les cinq militantes étaient alors à Canton, dans le sud du pays. Elles occupaient des toilettes pour hommes dans le cadre d'une manifestation pour l'ouverture d'un nombre accru de toilettes publiques pour femmes. En Chine, une arrestation formelle mène invariablement à une condamnation.

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Q: La Chine a réagi très négativement à l'opinion publique internationale et au tweet d'Hillary Clinton et son mot-clic #FreeBeijing20Five, leur disant en quelque sorte de se mêler de leurs affaires. Dans ce cas-ci, la pression internationale peut-elle aider les inculpées, ou leur nuire?

R: La pression internationale est importante. Le fait que la police ait changé ses accusations à l'endroit des cinq militantes indique peut-être que les autorités ont pris bonne note de l'indignation exprimée par la communauté internationale. Rappelons qu'au cours des 20 dernières années, la Chine s'est engagée publiquement pour les droits des femmes. Elle est également l'un des hôtes de la conférence Beijing+20 sur les droits des femmes qui doit avoir lieu l'automne prochain à New York sous l'égide de l'ONU.

L'emprisonnement de cinq militantes féministes serait une source d'embarras pour le président chinois Xi Jinping, qui doit assister à la conférence. Peut-être que le changement d'accusation est une façon pour la Chine de ne pas perdre la face. Mais nous devons continuer d'exercer des pressions jusqu'à ce que les autorités chinoises libèrent ces femmes.

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Zheng Churan

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Q: Le militantisme féministe est-il encore possible en Chine?

R: Oui, mais la limite de ce que le gouvernement chinois tolère n'est plus aussi claire. C'est «tolérance zéro» de la part des autorités chinoises à l'endroit de quiconque, en dehors du Parti communiste, est perçu comme susceptible d'influencer et de mobiliser la population.

À court terme, l'arrestation et l'emprisonnement des cinq militantes féministes ont eu l'effet d'une douche froide sur les autres activistes chinois. Les gens gardent un profil bas par peur de représailles de la part des autorités. Mais à moyen et long terme, il est clair que de nombreuses femmes sont engagées dans ce mouvement féministe. En Chine, les inégalités et les gestes de discrimination à l'endroit des femmes sont encore nombreux. Les autorités gagneraient à travailler avec elles et à se pencher sur leurs demandes plutôt que de tenter de les museler. Sans compter que leur détention porte ombrage aux progrès accomplis par les Chinoises au cours des dernières années. Par exemple, une loi qui accorde certains recours aux victimes de violence conjugale doit entrer en vigueur en août prochain. Les cinq militantes emprisonnées étaient au nombre des femmes qui ont milité pour cette loi. C'est bien la preuve que leur action a un impact.

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