Cyclone Pam: le Vanuatu craint la pénurie alimentaire

Des tas de feuilles et de branches encombraient... (Photo UNICEF Pacific, AP)

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Des tas de feuilles et de branches encombraient les rues de la capitale Port-Vila, balayée vendredi comme tout l'archipel de 270 000 habitants par le cyclone de catégorie 5 - la plus élevée - accompagné de rafales de vent supérieures à 320 km/h.

Photo UNICEF Pacific, AP

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Claudine WERY, Glenda KWEK
Agence France-Presse
PORT-VILA

Les habitants du Vanuatu pourraient rapidement manquer de nourriture après le passage dévastateur du cyclone Pam qui a fait au moins 11 morts, des dizaines de blessés et des dégâts considérables sur cet archipel du Pacifique Sud.

Le Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l'ONU (OCHA) a revu son précédent bilan à la baisse, faisant état de 11 morts dans les provinces de Tafea et Shefa.

Les communications avec les quelques 80 îles de l'archipel n'étaient toujours pas rétablies, et les organisations humanitaires ont dit connaître les pires difficultés qu'elles aient jamais connues, redoutant l'émergence d'épidémies.

Le premier ministre Joe Natuman a déclaré qu'il faudrait au moins «encore une semaine» avant que les autorités puissent évaluer l'étendue des destructions.

«Les dégâts causés aux infrastructures limitent l'accès aux populations affectées», a indiqué le bureau de coordination des Affaires humanitaires de l'ONU (OCHA), toutefois «les vols commerciaux ont repris à destination de Port-Vila».

Mardi matin, des tas de feuilles et de branches encombraient les rues de la capitale Port-Vila, balayée vendredi comme tout l'archipel de 270 000 habitants par le cyclone de catégorie 5 - la plus élevée - accompagné de rafales de vent supérieures à 320 km/h.

Samson Toara, un jeune Vanuatais de 25 ans, a eu le sentiment qu'«un gros avion volant à très basse altitude» lui passait au-dessus de la tête.

L'archipel prisé des touristes pour ses plages de sable blanc et ses eaux turquoise est habitué aux intempéries. Mais les anciens n'avaient jamais vu un tel désastre.

Des habitants retiraient des débris de toitures métalliques des routes autour des maisons, ou débitaient les arbres tombés à la machette. D'autres tentaient de faire sécher leurs affaires - sur le sol ou sur du fil à linge.

Dégâts importants dans le sud

Lundi, le président Baldwin Lonsdale a expliqué, la voix étranglée par l'émotion, que les besoins étaient immenses.

«Dans l'immédiat, il nous faut un soutien humanitaire, à plus long terme nous avons besoin d'une aide financière et d'assistance pour commencer à reconstruire nos infrastructures. Nous avons tout à reconstruire», a-t-il souligné.

Selon Benjamin Shing, du cabinet de M. Lonsdale, la pénurie alimentaire menace les survivants.

«La première semaine, nous comptons sur le fait que les cultures et les jardins sont toujours comestibles (...), mais après la première semaine, nous aurons besoin d'avoir des rations sur le terrain», a-t-il dit mardi à la télévision australienne ABC.

Les associations humanitaires ont dit éprouver les pires difficultés pour aider les sinistrés alors que les îles du sud de l'archipel, les moins accessibles, semblent avoir été frappées le plus durement.

Une première équipe de secouristes a pu se rendre sur l'île de Tanna, à environ 200 kilomètres de Port-Vila.

«D'après leurs premières observations, les dégâts sont bien plus graves qu'à Port-Vila», a déclaré à l'AFP Tom Perry, de l'ONG CARE, précisant que sur les 24 morts attribués à Pam, 5 avaient été recensés sur Tanna. L'hôpital local fonctionne, mais son toit a été emporté, a-t-il ajouté.

Selon la ministre australienne des Affaires étrangères Julia Bishop, «plus de 80% des maisons et des immeubles ont été partiellement ou complètement détruits» sur cette île.

Dans la capitale, ce sont 90% des habitations qui ont été endommagées.

L'eau et l'électricité avaient été partiellement rétablies mardi. L'état d'urgence a été décrété dimanche dans tout le pays et un couvre-feu instauré à partir de 18 heures pour éviter les pillages.

Conserves de poisson

La France a annoncé mardi un accroissement «dans les prochains jours» de son aide à l'issue d'un entretien téléphonique des présidents deux pays, François Hollande et Baldwin Lonsdale.

Malgré le ballet d'avions militaires français, australien et néo-zélandais débarquant dans l'archipel chargés de vivres, les ONG n'ont aucun moyen de distribuer de l'aide dans les îles les plus reculées.

Il faudra des jours, disent-elles, pour atteindre chaque village rasé par la tempête. Jacqueline de Gaillande, responsable de la Croix-Rouge à Port-Vila, a dit craindre une recrudescence de la malaria, de la dengue et de la leptospirose.

Au moins 3300 personnes se trouvent dans 37 centres d'hébergement, selon l'ONU. Parmi elles, Melissa Song, une jeune femme de 22 ans, réfugiée dans un hôtel touristique avec neuf membres de sa famille, dont trois jeunes enfants et un nourrisson.

«Nous n'avons pas dormi depuis jeudi et nous n'avons mangé que des conserves de poisson et de porc», dit-elle.

D'après l'Unicef, la catastrophe pourrait affecter jusqu'à 60 000 enfants, qui sont particulièrement vulnérables dans ce pays pauvre où le taux de malnutrition est élevé.

L'organisation s'emploie à mettre sur pied quelques espaces d'accueil pour permettre aux enfants de jouer, de lire et d'apprendre en attendant la réouverture des écoles. Mais la principale inquiétude porte sur l'accès à la nourriture.

«La sécurité alimentaire risque d'être un problème récurrent et nous devons trouver les moyens d'assurer aux enfants une bonne alimentation», a confié une responsable de l'Unicef, Mioh Nemoto.

Le président Lonsdale a estimé que le «changement climatique» avait «contribué au désastre»: «Nous assistons à la montée du niveau de la mer, à la modification des schémas météorologiques.»

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