Corruption en Chine: le grand ménage de Xi Jinping

Le président Xi Jinping (au centre) mène une... (PHOTO LAN HONGGUANG, AP)

Agrandir

Le président Xi Jinping (au centre) mène une campagne anticorruption qui, selon des analystes, est la plus ambitieuse jamais entreprise en Chine depuis le règne de Mao Zendong.

PHOTO LAN HONGGUANG, AP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Un milliardaire accusé d'avoir dirigé un gang mafieux a été exécuté cette semaine en Chine. La mort de Liu Han, soupçonné d'avoir bénéficié de contacts privilégiés au sein du Parti communiste, n'est que le dernier exemple de la tentaculaire opération anticorruption qui déferle sur la Chine depuis l'arrivée au pouvoir du président Xi Jinping. Coup d'oeil sur une purge qui suscite autant d'admiration que de critiques... en plus de soulever quelques histoires d'argent, de sexe et de bonnes bouteilles. -

100 000

C'est le nombre de membres du Parti communiste qui ont été punis par des mesures disciplinaires depuis que Xi Jinping a commencé son ménage anticorruption, en décembre 2012. Ces mesures vont du simple avertissement à l'expulsion du Parti. Plusieurs suspects sont ensuite traduits en justice. Selon les experts, la campagne actuelle est la plus ambitieuse jamais entreprise en Chine depuis le règne de Mao Zedong. Xi Jinping a promis d'attraper «autant les tigres que les mouches» - en d'autres mots, de s'attaquer à la fois aux grands bonzes et aux petits exécutants du Parti. Et il a largement tenu ses promesses.

Des tigres...

Le plus gros tigre à avoir été attrapé est sans conteste Zhou Yongkang, qui était responsable des imposantes forces de sécurité de toute la Chine. Accusé de corruption, il a été expulsé du Parti et sa fortune familiale, évaluée à 14 milliards US, a été saisie. Plusieurs de ses proches collaborateurs sont tombés à sa suite.

Parmi les autres tigres épinglés se trouvent Ma Jian, chef des services d'espionnage, Ling Jihua, proche de l'ancien président Hu Jintao, et Xu Caihou, militaire de haut rang de l'armée membre du Politburo (le groupe d'une vingtaine de personnes qui dirige le Parti). Bo Xilai, autre membre très en vue du Politburo, a aussi été déclaré coupable de corruption et d'abus de pouvoir et jeté en prison. Il aurait trempé dans une affaire rocambolesque au cours de laquelle sa femme aurait tué un homme d'affaires britannique.

... Et des mouches

En plus de viser le sommet de la hiérarchie, la purge anticorruption est aussi impitoyable envers les petites pointures du Parti.

Serge Granger, spécialiste de la Chine à l'Université de Sherbrooke, explique que ces petits exécutants cèdent souvent à la tentation de la corruption par opportunisme.

«Ça peut être un petit potentat local qui exproprie un paysan pour faire entrer un promoteur, ou qui accepte un pot-de-vin pour attirer une usine. Quand on regarde son dossier, on se dit qu'il est productif, et ça lui donne du galon pour se hisser dans la hiérarchie du Parti communiste chinois», explique l'expert.

Le hic, c'est que ces petits fraudeurs sont directement en contact avec la population. Et celle-ci dénonce de plus en plus souvent les magouilles sur le web et tente de se faire justice elle-même.

Garder la confiance

Selon les spécialistes, l'un des principaux objectifs de la campagne anticorruption de Xi Jinping est justement de préserver la confiance de la population à l'égard du Parti communiste.

«Le monopole du Parti repose sur deux choses: la confiance qu'a le peuple envers lui et sa capacité à générer une croissance économique suffisante», rappelle Serge Granger, de l'Université de Sherbrooke.

«Si la population en vient à croire que le Parti est corrompu, elle n'hésitera pas à briser les règles elle aussi», dit aussi le spécialiste.

Une purge dirigée?

Les critiques n'ont pas manqué d'alléguer que Xi Jinping se sert de sa campagne anticorruption pour écarter des adversaires.

«L'un des principaux objectifs est d'asseoir son pouvoir», confirme Serge Granger. Plusieurs analystes croient que l'influent Bo Xilai, notamment, a été écarté parce qu'il montrait trop d'intérêt pour le pouvoir.

«Dans une campagne anticorruption, vous avez toujours tendance à mettre plus de policiers et de détectives aux trousses de ceux que vous aimez moins. Et quand tout le monde est corrompu, c'est évidemment facile de trouver des coupables», dit Serge Granger.

Dans une analyse publiée par la Brookings Institution, les spécialistes Cheng Li et Ryan McElveen tempèrent cependant cette thèse, indiquant que les quatre plus grosses pointures épinglées par Xi Jinping appartiennent à la même faction que lui au sein du Parti communiste.

Sexe, liasses et bonnes bouteilles

Sorte d'immense commission Charbonneau chinoise, la campagne anticorruption fait ressortir son lot d'histoires juteuses. Les médias d'État ont rapporté que lors de l'arrestation d'un haut placé du ministère de l'Énergie, les autorités ont saisi tellement d'argent qu'il a fallu 16 machines pour compter les billets, et que quatre ont flanché à cause de la surchauffe. Dans la province de Qingdao, c'est 1853 bouteilles de maotai, un alcool traditionnel, qui ont été trouvées chez un chef de police, pour une valeur de près d'un demi-million de dollars. Selon l'agence de presse Xinhua, 15% des cas de corruption sont révélés par des maîtresses des accusés, avec qui le Parti n'hésite pas à collaborer pour obtenir des informations. Les accusations, elles, sont très diverses. En janvier dernier, 28 personnes ont été visées par une enquête pour avoir participé à un banquet. Leur crime: avoir dégusté des salamandres en danger d'extinction dont la consommation est interdite.

Des réformes qui attendent

La campagne anticorruption est-elle efficace? Il est permis d'en douter. Selon l'organisme Transparency International, les pratiques de corruption s'aggravent actuellement en Chine, qui est passée du 80e au 100e rang dans le palmarès des pays les plus «propres» de la planète entre 2013 et 2014.

Dans une analyse publiée l'été dernier, les chercheurs Cheng Li et Ryan McElveen, du Brookings Institute, signalent que Xi Jinping vise des gens, mais tarde à implanter les réformes qui assainiraient le climat d'affaires et les moeurs politiques.

«Au cours des prochaines années, Xi devrait implanter des mesures importantes comme la divulgation des revenus des membres du Parti, l'enregistrement des titres de propriété, des lois contre les conflits d'intérêts et un système judiciaire indépendant, écrivent-ils. Sans quoi une nouvelle vague de corruption se produira inévitablement et minera complètement les efforts précédents.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer