AirAsia: du givre peut-être à l'origine de l'écrasement

Quatre grandes parties de l'appareil ont été retrouvées... (Photo JUNI KRISWANTO, AFP)

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Quatre grandes parties de l'appareil ont été retrouvées vendredi et samedi dans la zone de recherches en mer de Java, au large de l'île de Bornéo, où des équipes de recherches et de secours tentent de retrouver des victimes et d'autres parties de l'épave.

Photo JUNI KRISWANTO, AFP

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Adek BERRY
Agence France-Presse
PANGKALAN BUN

La météo a été le «facteur déclenchant» de la chute en Indonésie de l'avion d'AirAsia dont les moteurs ont peut-être été endommagés par du givre, a indiqué l'Agence météorologique nationale, alors que quatre nouveaux corps ont été repêchés dimanche en dépit de hautes vagues.

Les importantes recherches entreprises pour repêcher des corps et retrouver l'épave de l'Airbus A320-200 qui s'est abîmé en mer de Java le 28 décembre, avec 162 personnes à bord, sont entrées dans leur deuxième semaine et étaient à nouveau perturbées par des conditions météorologiques difficiles.

Des équipes de recherches parmi lesquelles deux enquêteurs français utilisant des hydrophones en vue de localiser les balises acoustiques des deux enregistreurs de vol s'efforcent de retrouver les boîtes noires, cruciales pour déterminer les causes de l'accident de l'avion qui s'est trouvé face à des nuages très menaçants peu après son décollage de la ville indonésienne de Surabaya pour Singapour.

«Sur la base des données disponibles sur la localisation du dernier contact avec l'avion, la météo a été le facteur déclenchant de l'accident», a indiqué l'Agence météorologique indonésienne dans un rapport sur son site, se basant sur des images satellites infra-rouges montrant des nuages où la température atteignait alors de -80 à -85 degrés.

«Le phénomène météo le plus probable était du givrage qui peut endommager les moteurs en raison d'un processus de refroidissement. Il s'agit simplement d'une des éventualités, basée sur l'analyse des données météorologiques existantes», souligne le rapport.

Il n'a pas été mentionné pourquoi d'autres avions empruntant des couloirs de vol similaires n'étaient pas affectés par la météo, tandis que des experts estiment que les informations sont insuffisantes pour le moment pour expliquer la catastrophe.

«Ce n'est pas pertinent d'avancer une hypothèse sur la cause de l'accident alors que nous n'avons pas encore retrouvé les boîtes noires», a déclaré à l'AFP Chappy Hakim, ancien commandant de l'armée de l'air.

Le pilote de l'avion d'AirAsia avait demandé à prendre de l'altitude pour éviter des nuages très menaçants, mais n'avait pas reçu le feu vert immédiat du contrôle aérien en raison d'un trafic trop important dans ce couloir aérien très fréquenté. L'avion avait disparu des écrans radars peu après.

Visibilité nulle

Cinq grandes parties de l'appareil ont été retrouvées au large de l'île de Bornéo, mais des conditions météo très difficiles au cours de la semaine écoulée ont freiné les recherches auxquelles participent également les Etats-Unis et la Russie.

Au cours d'un moment de répit dans un ciel très chargé dimanche, des plongeurs sont descendus dans la matinée au fond de la mer, à une trentaine de mètres, où se trouve la plus grande partie de l'épave, et ils ont repêché de nouveaux corps, portant à 34 le nombre de cadavres retrouvés jusqu'ici.

Les plongeurs ont «réussi à aller au fond, mais la visibilité (...) est nulle, il faisait noir et le fond était boueux, avec des courants de trois à cinq noeuds», a déclaré le directeur de l'Agence indonésienne de recherches et de secours, Bambang Soelistyo, ajoutant que de fortes pluies et de hautes vagues continuaient de freiner les opérations.

«Pour cette raison, les opérations de plongée doivent être temporairement suspendues. Nous allons essayer de déployer un ROV (véhicule sous-marine téléguidé)», a-t-il dit.

Les recherches, concentrées sur une zone de la mer au sud-ouest de la ville de Pangkalan Bun, ont été étendues vers l'est, car des parties de l'avion pourraient avoir été emportées par des courants, a observé M. Soelistyo.

La priorité des équipes en mer est de retrouver les corps des voyageurs à bord de l'avion, où se trouvaient 155 Indonésiens, le copilote français Rémi Plesel, un Britannique, trois Sud-Coréens, un Singapourien et un Malaisien.

Par ailleurs, les autorités indonésiennes vont enquêter sur des «infractions» commises par la compagnie AirAsia qu'elles soupçonnent d'avoir fait emprunter sans autorisation un couloir aérien à l'avion. Mais les autorités de l'aviation civile de Singapour ont indiqué qu'AirAsia Indonesia avait reçu la permission d'effectuer le vol. Une autorisation des deux côtés est nécessaire.

Des familles de victimes se préparaient à de nouvelles inhumations à Surabaya, où un centre de crise a été mis en place pour procéder à l'identification des corps.

Apprendre que son frère était sur le vol par un égoportrait

L'Indonésienne Yunita Syawal ignorait que son frère était à bord du vol AirAsia 8501, jusqu'à ce qu'un ami lui envoie un égoportrait que son frère et des amis avaient pris au moment d'embarquer le 28 décembre.

Alors qu'ils s'apprêtaient à partir pour passer le Nouvel an à Singapour, Hendra Gunawan Syawal, 23 ans, et trois de ses amis ont pris le temps de faire une petite photo avec leur portable et de l'envoyer à des amis.

L'avion a décollé de Surabaya, deuxième ville d'Indonésie, avec 162 personnes à son bord. Quelque 40 mn plus tard, il disparaissait des radars, pris dans une tempête au-dessus de la mer de Java.

Yunita, âgée de 25 ans et qui vit à Jakarta, a entendu la nouvelle de la disparition de l'avion sans savoir qu'elle était directement concernée. Jusqu'à ce que, un peu plus tard, un ami de son frère lui envoie l'égoportrait qu'il avait reçu.

Elle passe un coup de fil à ses parents, qui confirment ses craintes : son frère était bien à bord de l'avion. «J'ai immédiatement pris l'avion pour Surabaya», a-t-elle raconté à l'AFP.

Proche de son frère, elle était généralement au courant de ses déplacements. «Il m'appelait pour me dire qu'il partait quelque part, et me demander s'il pouvait me rapporter quelque chose. Mais là, bien que nous ayons parlé au téléphone la veille, il ne m'avait pas parlé de ce voyage».

Une fois arrivée à Surabaya, Yunita a passé une semaine à attendre. D'abord, avec les autres familles, des nouvelles de l'avion. Puis, une fois les premiers débris de l'avion retrouvés, à attendre que l'on retrouve le corps de son frère.

Nous savons que c'est fini

Samedi, six jours après la catastrophe, elle a identifié le corps d'Hendra, l'un des 31 qui ont été récupérés pour l'instant. Elle l'a reconnu avant tout grâce à sa coupe de cheveux, explique-t-elle. Son frère était allé chez le coiffeur la veille et lui avait envoyé une photo par téléphone.

«Même après toutes ces journées, nous espérions qu'il était peut-être vivant, mais maintenant ça y est, nous avons vu son corps, nous savons que c'est fini, qu'il est vraiment parti», explique-t-elle.

Le quatrième de cinq enfants, Hendra était le farceur de la famille, il aimait plaisanter avec ses frères et soeurs, et aimait le sport et les voitures, raconte-t-elle encore.

Maintenant son cercueil, orné de chrysanthème blancs et jaunes, est rangé dans la salle funéraire prête pour en accueillir 80.

Sa photo est posée sur un autel près du cercueil. Non loin de là, des tableaux rassemblent de nombreux messages de condoléances, dont un d'AirAsia : «Nous partageons votre douleur».

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