La bousculade de Shanghai révèle des vulnérabilités cachées

Selon Peter Hibbard, auteur du livre The Bund... (Photo Aly Song, Reuters)

Agrandir

Selon Peter Hibbard, auteur du livre The Bund Shanghai: China Faces West, le fameux boulevard bordé d'immeubles coloniaux «n'avait jamais eu auparavant la capacité d'accueillir autant de gens».

Photo Aly Song, Reuters

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

Bill SAVADOVE
Agence France-Presse
PÉKIN

Les dizaines de morts de la bousculade du Nouvel An à Shanghai ont mis en lumière les fragilités d'une Chine en plein essor, mais dont l'administration communiste peine à s'adapter au rythme effréné des mutations de la société, estimaient vendredi les commentateurs.

Mercredi soir, quelques instants avant le passage à 2015, ce qui devait être un rassemblement joyeux et sans danger dans la capitale économique chinoise s'est transformé en un chaos meurtrier, d'où ont été retirés 36 corps sans vie.

Le mouvement de foule sur le Bund, le célèbre boulevard historique de la métropole, a fait également 49 blessés, pire tragédie à Shanghai depuis les 58 morts dans l'incendie d'un gratte-ciel en 2010.

Li Juan n'était qu'à quelques mètres de sa jeune soeur Li Na, assistante maternelle, et l'a vue mourir. «Je n'arrive pas à croire qu'elle n'est plus là», confie-t-il, en larmes, à l'AFP.

«Le gouvernement est responsable de l'accident», accuse-t-il: «Il n'y avait que quelques policiers disséminés autour du Bund».

Une vidéo amateur en ligne sur le portail Sina.com, montre une foule immense, non canalisée, grossir de façon démesurée sur les escaliers menant à la promenade du Bund, longue esplanade bordant le fleuve Huangpu.

Dans la multitude, les rares policiers apparaissent complètement démunis, impuissants à faire reculer ceux qui poussent, tandis que des victimes ont déjà perdu connaissance.

Négligence?

Un haut responsable de la police de Shanghai, Cai Lixin, cité sur un site officiel, a reconnu que, faute «d'événement officiel» organisé sur place, les forces de l'ordre étaient en moins grand nombre que l'an dernier pour la fête nationale. Ce commentaire a ensuite été effacé.

La police s'est défendue en assurant que 700 fonctionnaires avaient été envoyés sur place, après la tragédie.

L'an dernier, 300 000 personnes s'étaient rassemblées sur le Bund pour fêter la nouvelle année, une affluence probablement nettement dépassée cette année.

«Le gouvernement municipal a été pris dans une tempête de critiques pour n'avoir pas pris les mesures préventives nécessaires», a reconnu vendredi en soirée l'agence Chine nouvelle.

Pour les Shanghaïens rencontrés sur place par l'AFP, aucun doute: les autorités sont coupables d'une gestion désastreuse de la foule, dans un pays où les seuls grands rassemblements tolérés sont le plus souvent organisés par le Parti communiste lui-même.

Densité humaine et panique ont ainsi entravé l'intervention des secours, et en particulier l'arrivée des ambulances, selon les témoins.

«Je crois que nous avons là une affaire majeure de négligence de la part des agences gouvernementales chargées de la sécurité», a jugé un internaute identifié sous le pseudonyme de Shenshan Laohan 96886.

«Ils ont mal évalué la situation, et ils ont failli à prendre les mesures qui s'imposaient sur place».

«Je n'aurais jamais cru qu'une chose pareille puisse arriver à Shanghai», a confié Cai Jinjin, après la mort de sa cousine Qi Xiaoyan, 21 ans, arrivée trois plus tôt de la province reculée de l'Anhui.

Dans un rare commentaire critique, Chine nouvelle a estimé que le drame était «un signal d'alarme rappelant à la deuxième économie mondiale qu'elle était toujours un pays en développement, avec une gestion fragile des affaires sociales».

Les victimes jeunes et féminines

«Des incidents similaires avec de si lourds bilans sont rares dans les pays développés», a-t-elle ajouté.

Vendredi, les autorités avaient identifié 32 des 36 personnes décédées. La plus jeune était un garçon de 12 ans. Au total, 28 personnes avaient 25 ans ou moins et 21 étaient des femmes.

«À l'hôpital, on a attendu de minuit à 21h00 le lendemain, sans aucune information, jusqu'à ce qu'ils me disent d'aller au salon mortuaire voir le corps de mon mari», a déclaré Fan Ping. Son époux, Du Shuanghua, mort à 37 ans, est la plus âgée des victimes. Elle n'a encore rien dit à leur fils unique de huit ans.

Au salon mortuaire, les familles manifestaient leur douleur, comme une femme s'écroulant de désespoir.

«Mon fils est là-dedans, je ne peux y croire», déclarait un père brisé.

«La plupart des jeunes victimes étaient sûrement des enfants uniques», observait un chauffeur de taxi, Xu Jianzhong.

Ces dernières années, Shanghai s'est surtout illustrée comme vitrine de la réussite de la Chine, avec son quartier ultramoderne de Pudong, son métro devenu le premier réseau du monde, ses trains à lévitation magnétique et sa bourse qui a atteint des records en 2014.

Revers de la médaille, «il y a des problèmes de gestion», constate l'économiste Andy Xie, natif de cette métropole de 24 millions d'habitants, sans compter les travailleurs migrants.

«Tous ces gens qui affluent en ville créent des problèmes sociaux», dit-il. «Gérer Shanghai n'est pas facile. Il n'y a pas d'équivalent dans le monde».

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer