Birmanie, la démocratie «cosmétique»

Le président américain Barack Obama serre la main... (PHOTO KEVIN LAMARQUE, REUTERS)

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Le président américain Barack Obama serre la main de son homologue birman Thein Sein, à Naypyidaw, le 13 novembre.

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Barack Obama termine aujourd'hui une visite de trois jours en Birmanie. C'est la deuxième fois en deux ans que le président américain se rend là-bas, signe de l'importance qu'il accorde à la démocratisation d'un régime qui était considéré comme l'un des plus tyranniques de la planète il y a trois ans à peine. Hier, il a d'ailleurs appelé son homologue birman à ne pas abandonner les réformes. Cinq questions pour comprendre.

Q: A-t-on célébré trop vite la démocratisation de la Birmanie?

R: «Oui!», s'exclame d'emblée l'anthropologue Jean Michaud de l'Université Laval, spécialiste de l'Asie du Sud-Est. «Il n'y a pas de démocratie effective, il y a une apparence de démocratie.» Dans les faits, le gouvernement civil au pouvoir depuis trois ans est largement composé de militaires issus de la junte qui a dirigé le pays de 1962 à 2011.

Il y a malgré tout «des avancées réelles sur le terrain, dit-il. La presse est un peu plus libre, il y a des journaux qui paraissent et qui ne paraissaient pas avant, mais ça reste dans l'ordre du cosmétique».

Q: Barack Obama a déploré des «retours en arrière» en Birmanie. Qu'est-ce qui inquiète Washington?

R: «Ils n'ont jamais fait de pas en avant, c'est ça le problème!», précise Jean Michaud. Cette démocratisation, «c'est simplement que la Birmanie a compris qu'elle avait intérêt à aller chercher des appuis ailleurs pour contrer l'influence de la Chine», qui est très présente en Birmanie, pour ses ressources naturelles et l'accès à l'océan Indien.

Le régime birman a fait des «changements cosmétiques» pour satisfaire les pays occidentaux et opérer une «ouverture à l'Occident», analyse Jean Michaud, alors que Washington cherche des partenaires forts en Asie pour contenir «le pouvoir chinois qui s'étend». La visite de Barack Obama concorde d'ailleurs avec le sommet de l'Association des nations d'Asie du Sud-est, qui se tient cette semaine à Naypyidaw, la capitale birmane.

Aung San Suu Kyi... (PHOTO TOMAS MUNITA, THE NEW YORK TIMES) - image 2.0

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Aung San Suu Kyi

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Q: Quels sont les principaux problèmes auxquels la Birmanie fait face?

R: «À peu près tout ce que vous pouvez imaginer en matière de violations possibles des droits de l'homme, on le trouve en Birmanie, répond Jean Michaud. Détentions sans motifs, mauvais traitements en prison, torture systématique, répression militaire de toutes les oppositions, même les moines bouddhistes ont été réprimés dans le sang.»

C'est l'attribution du prix Nobel de la paix à l'opposante Aung San Suu Kyi qui a permis un début d'ouverture, dit-il. «Mais rappelez-vous, elle a fait 20 ans de résidence surveillée avant qu'on n'ait le droit de la voir en public. Elle-même dit que les ouvertures réelles sont petites.» De fait, elle a dû attendre jusqu'en 2012 pour recevoir le prix qui lui avait été attribué... en 1991!

La persécution des minorités ethniques est aussi au coeur du problème birman. Les Rohingyas, groupe musulman vivant près de la frontière avec le Bangladesh, font notamment la manchette, «mais il y a plein d'autres groupes, beaucoup plus nombreux [qu'eux], d'ailleurs, qui sont dans des situations similaires», précise le professeur Michaud.

Q: Aung San Suu Kyi ne peut pas devenir présidente. Pourquoi?

R: La Constitution birmane interdit à quiconque a épousé un étranger d'être élu à la présidence, une clause qui semble avoir été taillée sur mesure pour Aung San Suu Kyi, dont le défunt mari était britannique.

Sous la pression américaine, les autorités envisagent de modifier la Constitution, mais «elle ne sera pas arrangée à son avantage», prévient Jean Michaud, qui croit toutefois qu'il n'est pas impossible que la Dame de Rangoun devienne présidente s'il y a «un mouvement social de fond».

Q: Son parti est favori en vue des élections qui auront lieu dans un an. Que signifierait son arrivée au pouvoir?

R: «Là, ça donnerait de l'espoir», affirme Jean Michaud, citant à titre de comparaison l'arrivée au pouvoir de Nelson Mandela en Afrique du Sud, en 1994. «Il pourrait y avoir un changement important si elle était élue», dit-il, ajoutant qu'il sera difficile de défaire les habitudes acquises par un demi-siècle de régime militaire. «On ne peut pas mettre tous les espoirs du monde sur une seule personne.»

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