Ilham Tohti, le «Mandela ouïghour»

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Ilham Tohti

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Lors des manifestations des derniers jours, les protestataires de Hong Kong ont tenté à maintes reprises de dérouler une bannière montrant le visage d'Ilham Tohti, un professeur d'université d'origine ouïghoure. Condamné à la prison à perpétuité le 23 septembre, il est devenu le symbole des relations tendues entre les autorités et les minorités du pays. Portrait en cinq temps.-

Réparation d'autos

Ilham Tohti est né en 1969 à Artush, dans la province du Xinjang, la région du nord-ouest de la Chine qui abrite la minorité ouïghoure du pays, un groupe turcophone majoritairement musulman de quelque 10 millions d'âmes. Son père est mort pendant la Révolution culturelle et le jeune Ilham et ses trois frères ont été élevés par leur mère. Pour subvenir à leurs besoins, cette dernière travaillait comme mécanicienne dans un garage. Les fils Tohti sont tous devenus membres du Parti communiste tôt dans leur vie.

Toile ouïghoure

Marchant dans les traces de son père, le premier de sa famille à aller à l'Université, le jeune Ilham a étudié à Pékin. Après des études en économie à l'Université Minzu de la capitale, il est devenu professeur de commerce international dans le même établissement. En 1994, l'universitaire a tourné son attention vers la minorité ouïghoure et est devenu le principal expert du groupe auquel il appartient. En 2005, il a mis sur pied un site web, Uighurbiz, publié en mandarin et en ouïghour, disant vouloir promouvoir le dialogue entre la majorité han et la minorité turcophone. Il y publiait aussi de l'information sur la culture ouïghoure et la liberté religieuse. À maintes reprises, les autorités ont fermé le site web, prétextant qu'il faisait la promotion de la haine.

Homme d'affaires

Parallèlement à sa vie universitaire, Ilham Tohti menait une vie d'homme d'affaires aguerri. Investissant à la Bourse et dans des entreprises, il aurait été pendant un temps le plus riche des Ouïghours de Chine. Mais sa fortune a été de courte durée. À la suite de violentes émeutes à Ürümqi, en juin 2009, le professeur a critiqué la dure réponse des autorités chinoises. Dans les semaines qui ont suivi, il a été arrêté pour la première fois et ses avoirs ont été confisqués. Il a été libéré grâce à des pressions du gouvernement américain, mais son argent ne lui a pas été rendu. Il recevait une allocation de 382$ par mois pour nourrir sa famille. «Nous avons dû décider d'arrêter de manger de la viande. J'achète des oeufs pour les enfants parce qu'ils ont besoin de protéines», a-t-il dit lors d'une entrevue en 2009.

Perpétuité

La semaine dernière, la Cour intermédiaire populaire d'Ürümqi a condamné le professeur à la prison à perpétuité, le jugeant coupable de «séparatisme». Le procès a indigné Human Rights Watch et Amnistie internationale, ainsi que plusieurs gouvernements étrangers qui n'ont pu assister aux audiences. Après la sentence, l'écrivain dissident Wang Lixiong a tweeté en mandarin: «Les autorités ont créé un Mandela ouïghour». Cette comparaison n'est peut-être pas la préférée du principal intéressé. Si Mandela a été reconnu comme le père de la réconciliation sud-africaine après la chute de l'apartheid, il a d'abord fait partie d'un groupe armé. Ilham Tohti prêche la non-violence et doit se défendre contre les autorités chinoises qui l'accusent d'être derrière plusieurs actes de violence récents, notamment un attentat suicide à Pékin. «Je n'aime pas la violence et je ne la prônerai pas, même s'il y avait un génocide contre mon peuple», a-t-il écrit. Plusieurs médias internationaux l'ont surnommé «la conscience des Ouïghours».

Prêt à tout

Depuis plusieurs années, l'universitaire s'attendait à payer le gros prix pour son travail. «Dans un pays où vous pouvez aller en prison pour ce que vous dites, pour être l'initiateur d'un site web qui tente de répandre la vérité, ce serait pour moi un honneur de troquer mon humble vie contre la liberté. Je suis préparé à passer plusieurs années en prison. Je suis même prêt à la possibilité d'une condamnation à mort. C'est peut-être le prix à payer. Si je suis parti, peut-être que plus d'attention sera portée à mon peuple. Plus de gens vont savoir que je n'étais pas violent, que je voulais juste que notre voix soit entendue», a-t-il dit lors d'une longue entrevue avec un journaliste tibétain. Avant son arrestation, il s'inquiétait déjà du sort de sa femme, aujourd'hui assignée à résidence, et de ses enfants. Selon sa fille, qui étudie en Indiana, son frère de 8 ans n'a actuellement pas le droit d'aller à l'école.

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