Thaïlande: la junte convoque 114 personnalités politiques

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Une femme qui faisait parti du camp où était réuni les manifestants anti-gouvernement rentre chez elle, après le coup d'État. Les soldats encerclent le palais du gouvernement, à Bangkok.

Photo Manan Vatyayana, AFP

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Thanaporn PROMYAMYAI
Agence France-Presse
Bangkok

La junte militaire ayant pris le pouvoir en Thaïlande a convoqué vendredi les membres du gouvernement déchu, au lendemain d'un coup d'État condamné par la communauté internationale.

Le premier ministre renversé, Niwattumrong Boonsongpaisan, et son gouvernement doivent «se présenter» au nouveau régime, à 10H00 locales (23h heure de Montréal), à un complexe militaire du nord de Bangkok.

Plusieurs membres de la famille de l'ancien chef de gouvernement Thaksin Shinawatra, renversé par le précédent putsch de 2006 et qui continue à diviser profondément la société, sont également convoqués, au siège de l'armée.

Celui-ci est situé dans le centre de Bangkok, à deux pas de la représentation régionale de l'ONU, qui a dénoncé le coup d'État.

Sont notamment visés sa soeur Yingluck, première ministre destituée fin mai, et Somchai Wongsawat, leur beau-frère, également chassé du pouvoir par la justice en 2008.

La junte convoque au total 114 personnalités des deux bords politiques, politiciens du parti Puea Thai (ex-gouvernement) et du parti Démocrate (opposition).

Après une nuit de couvre-feu, les rues du centre de Bangkok semblaient paisibles vendredi matin, toutes les écoles restant fermées.

Des Thaïlandais attendent des taxis, pressés de rentrer... (Photo Nicolas Asfourni, AFP) - image 2.0

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Des Thaïlandais attendent des taxis, pressés de rentrer chez eux à cause du couvre-feu, jeudi soir, à Bangkok.

Photo Nicolas Asfourni, AFP

Rassemblements interdits

Les militaires étaient nombreux aux alentours du siège du gouvernement, déserté depuis des mois, alors que les derniers manifestants d'opposition, contents de ce coup qu'ils appelaient de leurs voeux, remballaient leurs tentes, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Les militaires déblayaient les sacs de sable à coups de bulldozer, dans une ambiance calme.

Les rassemblements sont désormais interdits. La Constitution a également été suspendue, à l'exception de la section sur la monarchie. Et le Sénat reste en place.

Après moins de trois jours de loi martiale, destinée selon l'armée à forcer au dialogue les acteurs civils de la crise politique, le puissant chef de l'armée de terre, le général Prayut Chan-O-Cha, avait justifié jeudi après-midi un coup rendu nécessaire, «pour que le pays revienne à la normale».

Le général avait mis en avant la violence dans le pays, qui a fait 28 morts depuis le début de la crise à l'automne dernier, la plupart lors de tirs ou de jets de grenades en plein Bangkok par des auteurs inconnus.

Information contrôlée

«Le chef de l'armée Prayut a pris le pouvoir», titrait en Une vendredi le journal The Nation. «Coup d'État: la Constitution suspendue», ajoute le Bangkok Post.

Vendredi matin, toutes les télévisions, diffusaient de la musique sur une image fixe montrant le nom du nouveau régime: le Conseil national pour le maintien de la paix et de l'ordre.

Apparaissaient à intervalle régulier les bulletins du nouveau régime, lus par un porte-parole de l'armée, et de courts journaux télévisés, contrôlés par l'armée, montrant des véhicules militaires près de l'aéroport de Bangkok.

Internet, et notamment les réseaux sociaux, fonctionnait toujours, mais l'armée a menacé de recourir à des fermetures en cas de contenu critique.

Investiture royale?

Certains observateurs estiment que la crise est avant tout liée à une lutte de pouvoir pour s'assurer de qui sera à la tête du gouvernement au moment de la succession du roi Bhumibol Adulyadej, 86 ans.

Se posait vendredi la question de l'investiture royale du nouveau pouvoir dans ce royaume qui compte désormais 19 coups d'État ou tentatives en quelque 80 ans.

Le précédent coup, en 2006, avait entraîné une série de crises politiques faisant descendre tour à tour dans la rue les ennemis et les partisans de Thaksin Shinawatra, vu par les élites comme une menace à la royauté.

La crise actuelle, soutenue par les élites traditionnelles selon les analystes, n'en est que le dernier soubresaut.

Elle avait commencé à l'automne par des manifestations réclamant le départ de sa soeur Yingluck, au pouvoir depuis 2011. Elle a été destituée par la justice début mai, mais les manifestants demandaient toujours la fin du «système Thaksin», dont les partis ont remporté toutes les élections nationales depuis 2001.

Les meneurs des Chemises rouges, puissant mouvement de partisans du gouvernement civil déchu, ont été interpellés jeudi.

Les principaux leaders politiques des deux camps ont également été emmenés sous escorte militaire hors des négociations organisées dans un complexe militaire, peu avant l'annonce du coup d'État.

Si le premier ministre est «en lieu sûr», selon un de ses collaborateurs, un ministre, Chalerm Yubamrung, a lui été interpellé par les militaires, selon son fils.

La communauté internationale, de l'Union européenne aux États-Unis, a condamné le putsch, réclamant un retour rapide à un gouvernement démocratique.

Pour Washington, il n'y a «pas de justification à ce coup d'État militaire», prévenant de conséquences «négatives» entre les deux alliés, notamment en matière de coopération militaire. L'Australie a ajouté sa voix aux critiques vendredi.




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