Rana Plaza un an après: peu d'évolutions

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L'effondrement en avril 2013 du complexe Rana Plaza, abritant plusieurs ateliers de production, avait fait 1135 morts et fait découvrir les piètres conditions de travail et salariales des ouvriers du textile au Bangladesh.

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Delphine PAYSANT

Des déclarations d'intentions, quelques initiatives, mais des évolutions a minima dans les faits: un an après la tragédie du Rana Plaza, distributeurs et consommateurs ont certes témoigné d'une prise de conscience, mais ont pour l'instant assez peu changé leurs comportements.

«Rien n'a vraiment changé»: pour Yves Marin, expert consommation au cabinet Kurt Salmon, et pour Nayla Ajaltouni, coordinatrice du Collectif Éthique sur l'étiquette, le constat est sans appel.

«On ne peut pas dire que rien n'a été fait, mais les distributeurs se sont contentés de faire le minimum d'efforts», estime Mme Ajaltouni.

À leur crédit, la signature quasi-unanime des grandes enseignes du Fire and building safety agreement, pour améliorer la sécurité des usines au Bangladesh.

Certains distributeurs à l'image d'Inditex (Zara) ou Camaïeu ont également contribué au fonds d'indemnisation des victimes de la catastrophe.

Les enseignes américaines Gap ou Walmart ont lancé, en parallèle de ces initiatives collectives, leurs propres audits internes pour s'assurer que leurs sous-traitants au Bangladesh respectent désormais toutes les conditions de sécurité.

Gap assure que ces mesures ont permis des «progrès», avec notamment l'installation de portes coupe-feu, d'extincteurs ou de systèmes de détection de fumée dans les usines où ses marques sont fabriquées.

Le numéro un de la grande distribution Walmart atteste d'une amélioration de «48% de la sécurité électrique» et de 30% sur la sécurité moyenne de ses usines de fabrication.

Le français Auchan a initié un plan d'action contre la sous-traitance non déclarée, avec la mise en place d'un code éthique et «82 contrôles inopinés» fin mars chez ses sous-traitants qui ont notamment débouché sur le déréférencement de deux fournisseurs.

«Depuis la catastrophe, les distributeurs se montrent plus vigilants sur la maitrise de leurs chaînes d'approvisionnement, cela les a incités à renforcer leur éthique de business», relève Yves Marin.

Le suédois H&M a même annoncé le lancement d'une politique de «salaires équitables» pour les ouvriers du textile les plus mal payés, qui devrait s'appliquer... d'ici 2018.

Mais en attendant, les conditions de production dans ces pays n'ont guère évolué: les salaires, bien qu'ayant été un peu augmentés, restent misérables, et le différentiel social sur les conditions de travail demeure très important. «C'est sur cette spirale d'aller produire toujours moins cher toujours plus loin que s'est construite l'évolution du pouvoir d'achat dans les pays développés, et cela ne change pas, surtout en période de crise, où la question du prix est au centre de tout», note M. Marin.

Pour l'association «Éthique sur l'étiquette», ces initiatives relèvent donc surtout de «postures médiatiques». Les distributeurs «ont intérêt à communiquer autour de la sécurisation de leur chaîne d'approvisionnement, c'est bon pour leur image, mais lorsque nous, ONG, leur posons des questions sur ce qu'ils ont concrètement changé, ils refusent de coopérer».

Côté clients aussi, il y a une «vraie différence entre le déclaratif et les comportements réels», remarque Yves Marin.

Si un sondage pour le Forum Mondial des droits de l'Homme a montré en mai que 71% des Français étaient désireux de savoir dans quelles conditions étaient fabriqués les produits qu'ils consomment - dont seulement 13% pour les vêtements - seuls 58% sont prêts à payer davantage pour cela, alors que 31% s'y montrent totalement opposés.

«Le Rana Plaza a provoqué sur le moment une prise de conscience, mais dans le textile, la perception du prix est totalement faussée par des années de vêtements à prix cassés», note Nayla Ajaltouni.

«Revenir en arrière et être prêt à payer plus cher son T-shirt ou son blue-jean sera forcément difficile à faire accepter, surtout à l'heure où le pouvoir d'achat est contraint», renchérit Yves Marin.

Pour Éthique sur l'étiquette, au-delà des comportements individuels, c'est surtout la loi qui devrait être modifiée.

«Tant que les donneurs d'ordres ne seront pas rendus légalement responsables de leur chaîne de sous-traitance, avec des sanctions pénales et financières à la clé, les multinationales n'auront aucun intérêt à faire véritablement évoluer un modèle de production totalement irresponsable socialement, mais qui leur rapporte beaucoup d'argent», juge Mme Ajaltouni.




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