Au Cambodge, la police tire sur des manifestants: 3 ouvriers tués

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Un manifestant est détenu par la police durant les affrontements entre les ouvriers du textile et la police, dans les rues de Phnom Penh, vendredi.

Photo Samrang Pring, Reuters

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Sothy TANG CHHIN
Agence France-Presse
PHNOM PENH, Cambodge

La police cambodgienne a ouvert le feu vendredi à Phnom Penh sur une manifestation d'ouvriers du textile, faisant au moins trois morts, dernier épisode violent d'une mobilisation qui dure depuis des semaines pour réclamer des hausses de salaires.

Il s'agit des «plus graves violences commises contre des civils depuis 15 ans au Cambodge», a dénoncé la Ligue cambodgienne de défense des droits de l'Homme (Licadho).

Les tirs ont eu lieu alors que des milliers d'ouvriers bloquaient une route devant leurs usines et que certains manifestants armés de bâtons, de pierres et de cocktails Molotov s'opposaient aux forces de l'ordre. La police militaire a d'abord procédé à des tirs de semonce, avant d'ouvrir le feu directement sur les manifestants, selon un photographe de l'AFP.

«Trois personnes sont mortes et deux ont été blessées», a déclaré à l'AFP Chuon Narin, commissaire adjoint de la police de Phnom Penh, la Licadho évoquant pour sa part quatre morts et 21 blessés.

La mobilisation des ouvriers du textile, qui coïncide avec des manifestations de l'opposition réclamant le départ du Premier ministre Hun Sen, avait déjà conduit en novembre dernier à la mort d'une femme par balle.

Des manifestants cambodgiens portent un ouvrier blessé par... (Photo Thomas Cristofoletti, AFP) - image 2.0

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Des manifestants cambodgiens portent un ouvrier blessé par la police, devant une usine, vendredi, à Phnom Penh. 

Photo Thomas Cristofoletti, AFP

«Cette fois, ils ont utilisé des fusils», a dénoncé Chan Soveth, du groupe de défense des droits de l'homme Adhoc, qui était sur place, assurant qu'une dizaine de manifestants avaient été grièvement blessés.

Salaire minimum de 80 dollars par mois

Le porte-parole de la police militaire Kheng Tito a, quant à lui, indiqué que l'intervention avait été rendue nécessaire après que neuf policiers eurent été blessés dans des incidents avec les manifestants: «Nous étions inquiets pour la sécurité, alors nous devions réprimer» la manifestation.

«Si nous leur permettons de continuer à faire grève, cela va devenir l'anarchie», a-t-il assuré.

Les manifestations du secteur textile, crucial pour l'économie cambodgienne, se sont multipliées ces dernières années pour dénoncer les conditions de travail, qui se sont détériorées, selon des déclarations récentes de l'Organisation internationale du travail (OIT).

Au coeur des revendications de cette dernière mobilisation : le passage à un salaire minimum de 160 dollars par mois en 2014, contre 80 dollars actuellement. Le gouvernement a promis récemment de le porter à 95 dollars dès avril 2014, ce que les syndicats jugent insuffisant.

Le secteur textile emploie quelque 650 000 ouvriers, dont 400 000 au sein de sociétés qui travaillent pour des grandes marques internationales.

Les ouvriers du textile se sont récemment alliés aux manifestants de l'opposition qui réclament de nouvelles élections, estimant que celles de juillet - officiellement remportées par le Parti du peuple cambodgien, au pouvoir - ont été entachées de fraudes massives. Dénonçant un «coup d'État constitutionnel», l'opposition a du reste revendiqué sa victoire et ses députés boycottent l'Assemblée nationale depuis l'ouverture de sa session en septembre.

«Nous déplorons ces violences, que nous condamnons avec la plus grande vigueur», a déclaré vendredi à l'AFP le chef de l'opposition Sam Rainsy.

«C'est une tentative inacceptable de briser non pas seulement une grève ouvrière, mais aussi le mouvement ouvrier dans son ensemble. Et derrière le mouvement ouvrier, de briser le mouvement démocratique qui est en train de se développer au Cambodge», a-t-il ajouté.

Le département d'État américain a lui aussi condamné les violences et demandé aux syndicats et au gouvernement «de travailler ensemble pour trouver une solution pacifique aux désaccords». Le rapporteur spécial de l'ONU sur les droits de l'Homme au Cambodge, Surya P. Subedi a pour sa part exhorté le gouvernement à ouvrir une enquête «pour savoir s'il y avait eu un recours excessif à la force» et appelé les manifestants à «faire preuve de la plus grande retenue quel que soit le motif de leur contestation».




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