Philippines: une ville d'un million d'habitants assiégée par des rebelles

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Ted ALJIBE
Agence France-Presse
ZAMBOANGA

Les forces gouvernementales des Philippines ont lancé jeudi une offensive contre les rebelles d'un mouvement indépendantiste qui assiègent depuis quatre jours une ville du sud de l'archipel, région pauvre et musulmane dans un pays largement catholique.

Quelque 200 soldats d'élite et policiers ont intensifié les tirs contre un quartier de la ville portuaire de Zamboanga, où sont réfugiés une partie des 200 insurgés qui ont débarqué lundi à l'aube sur le rivage proche, pour proclamer l'indépendance de cette région.

En réponse à cette offensive, les rebelles ont mis le feu à plusieurs maisons du quartier, selon un photographe de l'AFP. «Les rebelles ont mis le feu à au moins vingt maisons», a déclaré à l'AFP le capitaine Henry Bual, alors que des nuages de fumée noire s'élevaient du quartier de Santa Catalina.

Environ 180 membres du Front moro de libération nationale (MNLF), un groupe d'indépendantistes musulmans, ont débarqué sur la côte lundi pour protester contre les pourparlers de paix en cours depuis des mois entre Manille et plusieurs groupes indépendantistes.

Le MNLF, mené par Nur Misuari, un ancien professeur d'université, s'estime marginalisé par ces négociations, qui visent un accord d'autonomie - et non d'indépendance - pour le sud de l'archipel, majoritairement musulman dans le plus grand pays catholique d'Asie.

En réponse à l'offensive policière, les rebelles ont... (Photo AFP) - image 2.0

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En réponse à l'offensive policière, les rebelles ont mis le feu à plusieurs maisons du quartier.

Photo AFP

Au quatrième jour de cette attaque, un groupe de rebelles s'en est également pris aux positions militaires sur Basilan, une petite île recouverte par la jungle et séparée de Zamboanga par un étroit bras de mer, qui a souvent servi de base arrière pour les insurgés.

Ces insurgés, 150 selon les autorités, tentaient de capturer Lamitan City, enclave catholique de Basilan.

«Le gouvernement tente par tous les moyens de parvenir à une solution pacifique mais ils ne doivent pas se bercer d'illusions et comprendre que l'État n'hésitera pas à utiliser la force pour protéger la population»,  a déclaré Edwin Lacierda, porte-parole du président Benigno Aquino.

Aquino, élu en 2010, a fait de la signature d'un véritable accord de paix entre groupes séparatistes et le gouvernement l'un des principaux objectifs de son mandat, qui s'achève en 2016.

L'île méridionale de Mindanao, où se trouve Zamboanga, dispose d'importantes ressources naturelles mais est une des régions les plus pauvres de ce pays, en raison de décennies de violences à l'égard des forces de sécurité mais aussi des civils. On estime que plusieurs zones de l'île échappent de fait au contrôle de l'État.

Le conflit, qui a démarré dans les années 1970, a fait 150 000 morts et déplacé des centaines de milliers de personnes. La violence meurtrière a cependant baissé d'intensité depuis 2003, date d'un cessez-le-feu.

Les pourparlers de paix entamés il y a des mois entre Manille et notamment le MILF (Front moro de libération islamiste), le principal mouvement indépendantiste, en sont à la dernière ligne droite.

Les rebelles continuaient jeudi de retenir en otage entre 80 et 180 civils, qu'ils utilisent comme boucliers humains, ont indiqué les autorités.

Le dernier bilan de l'attaque menée depuis lundi faisait état de 15 morts, dont trois civils et huit rebelles.

La ville de Zamboanga, qui abrite près d'un million d'habitants, est quasi-déserte depuis le début de semaine: aucun passant dans les rues et des gardes lourdement armés devant les bâtiments officiels et administratifs. Quelque 13 000 habitants ont quitté leur maison.

Un hélicoptère de l'armée vrombissait au-dessus de l'agglomération tandis que des véhicules blindés circulaient dans les quartiers de Santa Barbara et Santa Catalina.

La maire de Zamboanga Maria Isabelle Climaco Salazar est parvenue à discuter mercredi soir au téléphone avec Nur Misuari, qui a lui a indiqué, selon elle, qu'il laissait à ses hommes le soin de décider de leur destin.

Il ne s'agit pas de la première attaque des hommes de Misuari contre Zamboanga. En 2001, les rebelles avaient pris des dizaines d'otages, qu'il avait libérés quelques jours plus tard en échange du départ des rebelles sains et saufs. L'attaque avait cependant fait des dizaines de morts à Zamboanga et à Jolo, une île voisine.

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