Les musulmans de Birmanie vivent dans la peur

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Le dernier recensement, effectué par la junte il y a trente ans, fait état d'environ 4% de musulmans en Birmanie. Un nouveau comptage devrait fournir des chiffres plus précis en 2015, avec l'aide de l'ONU.

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Didier LAURAS
Agence France-Presse
RANGOUN

Ils disent se sentir intégrés dans une nation plurielle, mais vivent désormais dans la peur: victimes de violences meurtrières, les musulmans de Birmanie s'estiment les boucs émissaires d'un pays en pleine transition politique et sociétale.

Les émeutes qui ont éclaté dans le centre, après celles de l'État Rakhine (ouest) l'an passé, terrorisent des musulmans installés pour beaucoup depuis des décennies.

«Tous les musulmans de Birmanie sont inquiets (...). Comment vivre au sein de cette société bouddhique ?», s'est interrogé dans un entretien avec l'AFP Nyunt Maung Shein, président du Conseil islamique des affaires religieuses.

«Pourquoi sommes-nous devenus si misérables que nos hommes, femmes, enfants, étudiants soient ainsi brutalement tués ? (...) Les musulmans sont les boucs-émissaires de cette période de transition après une junte brutale».

L'an passé, au moins 180 personnes sont mortes dans des affrontements entre bouddhistes de l'ethnie rakhine et Rohingyas, une minorité musulmane apatride violemment ostracisée. Mais ce sont des Birmans de confession islamique qui étaient visés en mars, lorsque 43 personnes ont été tuées en trois jours.

La ville de Meiktila a sombré dans le chaos après une querelle entre un vendeur musulman et des clients bouddhistes. Des mosquées étaient détruites dans plusieurs villes, pendant que des moines distillaient des discours nationalistes.

Latent depuis des décennies, ce fonds islamophobe désormais libéré constitue l'un des plus importants défis du nouveau régime, crédité de profondes réformes depuis la dissolution de la junte il y a deux ans.

«Nous sommes oppressés par la peur, le chagrin et le doute», explique Kyaw Nyein, membre de la direction d'une organisation d'écoles islamiques, la Jamiat-Uloma-El Islam. «Même si le gouvernement veut guérir cette maladie, cela prendra des décennies».

La transition, dit-il, pose des questions nouvelles. «Auparavant, il n'y avait qu'un commandement militaire» qui agissait à la moindre étincelle, se souvient-il. Aujourd'hui, «il y a de nombreuses étapes à franchir avant que des décisions soient prises».

Le dernier recensement, effectué par la junte il y a trente ans, fait état d'environ 4% de musulmans dans le pays. Un nouveau comptage devrait fournir des chiffres plus précis en 2015, avec l'aide de l'ONU.

Mais les organisations musulmanes évoquent des chiffres plus importants, 10% peut-être, sans doute plus à Rangoun, l'ex-capitale dont certains quartiers sont presque exclusivement musulmans.

À Meiktila, où ils représentent 30% de la population, ce sont des commerçants d'origine chinoise. D'autres sont venus du Bangladesh. La majorité est d'ascendance indienne, arrivée pendant la colonisation britannique. Une communauté un peu à part alors que l'identité nationale est intrinsèquement liée au bouddhisme.

«Historiquement, il y a eu très peu de conversions (à l'islam) en Birmanie, donc les musulmans sont des descendants d'Indiens ou d'autres pays», explique Alexandra de Marsan, de l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). «Il y a cette idée que l'islam est étranger».

Le gouvernement Thein Sein est soumis à un intense feu de critiques. Des observateurs accusent notamment les forces de l'ordre de passivité face aux émeutes.

Complicité, incompétence, inertie d'un régime en transition ? L'ex-général a en tout cas promis d'être ferme et rappelé que le pays était une mosaïque de peuples.

Mais à Rangoun, jusqu'à présent épargnée, l'inquiétude demeure. «Je crains qu'il y ait des problèmes comme dans les autres villes», admet Maung Maung Htwe, un homme d'affaires musulman de 30 ans. Le président «a dit qu'il prendrait des mesures efficaces. J'espère que c'est vrai».

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