Le Comité anti-torture de l'ONU (CAT) a déploré vendredi l'opacité de la Chine sur les accusations de torture qui pèsent sur elle et l'a pressée de fournir d'ici lundi des réponses satisfaisantes aux questions posées.

Après avoir examiné, pour la première fois depuis sept ans, un rapport sur la torture en Chine, le CAT a regretté des «lacunes énormes» dans les informations données par Pékin.

Selon le CAT, ont été évoquées les arrestations survenues lors des émeutes dans les provinces tibétaines de la Chine en mars dernier, l'assignation à résidence de l'épouse et de la fille du dissident chinois emprisonné Hu Jia, qui a reçu récemment le Prix Sakharov de la liberté de penser du Parlement européen, ou les conditions générales de détention en Chine.

Rapporteure du CAT sur le dossier chinois, Mme Felice Gaer a aussi posé des questions sur le nombre de condamnés à mort, le sort des immigrants nord-coréens, les brutalités subies par des femmes enceintes pour les convaincre d'avorter, ou encore des passages à tabac d'avocats ou de plaignants par des «auxiliaires de justice» non-officiels.

Mme Gaer s'est déclarée «perplexe»: les autorités chinoises «semblent croire qu'il suffit de répondre (aux questions du CAT) en exposant la législation pertinente, alors que le Comité attend des informations sur les mesures concrètes (prises) pour s'assurer de sa mise en oeuvre», a-t-elle dit.

«Les autorités ont répondu à 25 des 36 questions posées par le simple exposé des lois pertinentes, sans aucune donnée statistique», a déploré Mme Gaer.

«Il n'y a pas de statistiques sur le nombre de membres de minorités ethniques en détention», a-t-elle aussi relevé, en soulignant que les émeutes dans les provinces tibétaines avaient été pourtant «l'un des événements majeurs de l'année».

«Le manque d'information rend difficile une évaluation sérieuse et indépendante des allégations des organisations de défense des droits de l'homme sur des cas de torture et de mauvais traitement», a souligné Mme Gaer.

Lors de la séance publique de vendredi, à laquelle assistaient de nombreux représentants d'organisations non-gouvernementales de défense des droits de l'Homme, la rapporteure a demandé à la délégation chinoise, forte d'une trentaine de membres, de «mettre à profit le week-end» pour tenter de trouver des réponses à ses questions pour la reprise des débats lundi matin.

Le représentant de Pékin, l'ambassadeur Li Baodong, a mis en avant les progrès accomplis par son pays. Selon lui, en 2006, 64 procès ont été conduits impliquant 119 personnes ayant extorqué des aveux par la torture. En 2007, le nombre de ces procès a été réduit à 40 pour 82 personnes impliquées.