Argentine: vote historique en faveur de l'avortement

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À l'annonce des résultats du vote des députés, des larmes de bonheur, une clameur, des cris de joie ont retenti sur la place du Congrès de Buenos Aires.

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Alexandre Peyrille
Agence France-Presse
Buenos Aires

Le droit à l'avortement se profile à l'horizon en Argentine, pays du pape François: les députés ont adopté jeudi en première lecture un projet de loi légalisant l'IVG, malgré la résistance de l'Église, fortement mobilisée pour mettre en échec le projet de loi.

Le texte a été approuvé avec une courte majorité. Le «oui» au projet de loi a recueilli 129 voix, contre 125 au «non». Le projet de loi doit encore être approuvé par le Sénat, réputé plus conservateur, pour que l'avortement soit légalisé.

Le projet de loi prévoit un droit à l'IVG durant les 14 premières semaines de grossesse.

Le vote est historique en Argentine, où l'Église a mis toutes ses forces dans la bataille pour mettre en échec le projet de loi. Les évêques se sont mobilisés pour tenter de convaincre les parlementaires de ne pas voter la loi.

À l'annonce des résultats du vote des députés, des larmes de bonheur, une clameur, des cris de joie ont retenti sur la place du Congrès de Buenos Aires.

Micaela Gonzalez, étudiante de 19 ans, enveloppée dans une couverture, a passé la nuit devant le parlement. «Cela fait des années qu'on lutte pour ce droit, ce vote montre que ça vaut la peine de continuer la lutte. Aujourd'hui, nous les femmes, nous sommes un petit peu plus libres, nous serons moins nombreuses à mourir», a confié la jeune femme, les larmes aux yeux.

Aujourd'hui, les Argentines ne peuvent avorter légalement qu'en cas de viol ou de danger pour la santé de la femme enceinte.

«C'est une victoire», a réagi Irène Rivas, 62 ans, elle aussi présente devant le Congrès.

«L'Église doit chercher à influencer ceux qui partagent ses convictions, pas au-delà. En matière de politique publique, c'est l'intérêt commun qui prévaut», a-t-elle ajouté.

Le texte a été adopté jeudi matin, au terme de plus de 22 heures de discussions, où les divisions entre partis se sont effacées pour laisser la place à un débat passionné.

«C'est le temps du droit des femmes», a célébré la députée de Proposition républicaine (PRO, membre de la coalition gouvernementale Cambiemos) Silvia Lospennato.

Pour la députée du Front pour la victoire (FPV, opposition) Mayra Mendoza, l'avortement était «une dette de la démocratie».

«C'est absurde et injuste d'approuver une loi qui autorise à tuer des êtres humains qui doivent être respectés, dès leur conception», a dénoncé Luis Pastori, député de l'Union civique radicale (UCR, Cambiemos).

Un autre député de Cambiemos Sebastián Bragagnolo rejette la loi en affirmant que «la femme n'a pas droit à l'avortement, elle a droit à la santé. L'enfant à naître est biologiquement et scientifiquement un être humain».

Des milliers de personnes avaient bravé le froid et passé la nuit de mercredi à jeudi devant le parlement, les uns, avec un foulard vert, pleins d'espoir de vivre un jour historique. Les opposants au texte priaient pour que le «non» l'emporte.

La lutte pour le droit à l'avortement a pris un nouvel élan ces dernières années, portée par le mouvement féministe NiUnaMenos (pas une de moins), mobilisé contre les violences faites aux femmes.

Le mois dernier, la légalisation de l'avortement en Irlande - un autre pays à forte tradition catholique - avait donné encore plus d'espoir aux militantes argentines.

Paradoxalement, l'Argentine est le premier pays d'Amérique latine à avoir légalisé en 2010 le mariage gai et une loi avant-gardiste permet aux travestis de changer de sexe à l'état civil, sans opération de changement de sexe.

Dans bien des pays, le mariage gai est venu des décennies après la légalisation de l'avortement.

Légalisé en 1967 au Royaume-Uni, en 1975 en France, l'avortement est encore largement illégal en Amérique latine, sauf à Cuba (depuis 1965), en Uruguay (2012) et dans la ville de Mexico.




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