Argentine: vote historique sur la légalisation de l'avortement

Actuellement, l'avortement n'est possible légalement qu'en cas de... (Photo Eitan Abramovich, Agence France-Presse)

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Actuellement, l'avortement n'est possible légalement qu'en cas de viol ou de danger pour la santé de la femme enceinte.

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Alexandre Peyrille
Agence France-Presse
Buenos Aires

Les députés argentins adopteront-ils en première lecture le projet de loi légalisant l'avortement ? Le vote s'annonce serré mercredi au Parlement entre partisans du texte et opposants, soutenus par l'Église.

La session a débuté peu avant la mi-journée, dans une ambiance tendue tant le débat est passionné. Le vote des députés n'était pas attendu avant jeudi matin.

Si le texte légalisant l'IVG pendant les 14 premières semaines de grossesse est approuvé, il passera ensuite au sénat.

«C'est une question de santé publique. Nous avons eu [ces dernières années] trois ministres de la santé, avec des opinions différentes car ils appartenaient à des gouvernements différents, mais ils sont d'accord sur un point: la légalisation de l'avortement apporterait une amélioration de l'accès aux soins des femmes», a déclaré le député de la coalition gouvernementale, Daniel Lipovetzky.

Actuellement, l'avortement n'est possible légalement qu'en cas de viol ou de danger pour la santé de la femme enceinte.

Dans le sillage du mouvement féministe NiUnaMenos [pas une de moins], mobilisé contre les violences faites aux femmes, le droit à l'avortement s'est progressivement imposé en Argentine.

Mais cet élan se heurte à la résistance des autorités religieuses. L'avortement peut-il être légalisé en Argentine, alors même que le pape est argentin ?

«Cela complique les choses», estime la sociologue Sol Prieto, de l'Université de Buenos Aires. «Mais si l'avortement a été légalisé en Italie, où se situe le pouvoir de l'Église, je ne vois pas pourquoi cela représenterait une plus grande difficulté en Argentine».

Les enquêtes auprès de l'opinion publique donnent un avantage au «oui» mais dans l'hémicycle, le «non» semble légèrement devant (122 contre 117), alors qu'une quinzaine de députés encore indécis peuvent faire basculer le vote.

Un député UCR (Union civique radicale, centre, coalition gouvernementale Cambiemos), Hugo Goicoechea, est pour sa part opposé au texte. «Au-delà des bonnes intentions, [le projet de loi] va à l'encontre de l'ordre biologique, biomédical, juridique et historique de la nation», a-t-il dit devant ses pairs.

La mobilisation pour la légalisation de l'IVG s'est accentuée au fil des mois et la légalisation de l'avortement dans un autre pays à forte tradition catholique, l'Irlande, donne de l'espoir aux Argentines.

Les partisans de la loi arborent un foulard vert avec l'inscription: «éducation sexuelle pour décider, contraceptifs pour ne pas avorter, avortement légal pour ne pas mourir».

De leur côté, les opposantes au texte défilent au nom de «Sauvons les deux vies».

La vice-présidente argentine Gabriela Michetti s'est engagée contre la loi sur la ligne du «droit à la vie». «Être en faveur de la vie est beaucoup plus progressiste et respectueux», dit-elle.

Plutôt que d'avorter, plaide-t-elle, «si une femme ne veut pas être mère, quel que soit le motif, elle peut confier l'enfant en adoption».

Menaces d'excommunication

Le pape François dit ne pas vouloir se mêler des affaires de pays souverains, mais quand il s'agit d'avortement, il fait une entorse à ses principes. Il a adressé une carte aux catholiques argentins, les appelant à se mobiliser contre le projet de loi que le Parlement a commencé à examiner.

Pour la députée de centre-gauche Victoria Donda, l'Eglise mène une «campagne sale et de menaces» d'excommunication contre les promoteurs du projet de loi.

La première victoire pour les partisans du droit à l'avortement, c'est que le débat puisse avoir lieu au Parlement, un fait historique, à l'initiative du gouvernement du président de centre-droit Mauricio Macri, à titre personnel hostile à l'avortement.

«Ce n'est pas que nous sommes en faveur de l'avortement, souligne Marta Alanis, une militante historique de la cause, «mais si une femme décide d'interrompre sa grossesse, il faut qu'elle ait le droit de le faire dans des conditions dignes».

En Argentine, si une femme a les moyens, elle peut avorter en toute sécurité et discrétion dans une clinique privée. Les plus démunies se risquent à des IVG dans des conditions sanitaires insuffisantes. D'après diverses ONG, 500 000 avortements sont pratiqués chaque année en Argentine.

Si le texte est approuvé par la majorité des députés présents, il sera ensuite envoyé au Sénat, réputé plus conservateur.

Légalisé au Royaume-Uni en 1967, en France en 1975, l'avortement reste illégal dans la plupart des pays d'Amérique latine, sauf en Uruguay (2012), à Cuba (1965) et dans la ville de Mexico.




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