Peu de Vénézuéliens défient l'interdiction de manifester

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Depuis le début des manifestations antigouvernementales en avril, 113 personnes ont été tuées.

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Agence France-Presse

Peu de Vénézuéliens défiaient vendredi l'interdiction de manifester du gouvernement, malgré l'appel de l'opposition à bloquer les rues pour protester contre l'élection prévue dimanche d'une Assemblée constituante.

Dans la foulée d'une grève générale de 48 heures qui a fait huit morts, de petits groupes ont installé des barricades sur des artères de l'est de Caracas, fief des antichavistes (du nom de Hugo Chavez, président de 1999 à son décès en 2013, dont le président socialiste Nicolas Maduro est l'héritier), et d'autres villes, comme Maracaibo ou San Cristobal.

Les rues de ce secteur de la capitale étaient quasi désertes, en dépit des commerces ouverts. Dans le reste de la capitale, les transports fonctionnaient normalement.

«C'est normal qu'il y ait des craintes, mais les gens sont toujours dans la rue malgré tout. Ils (le gouvernement) ont choisi de continuer avec cette folie. À partir de lundi, si quelqu'un est en difficultés, c'est M. Nicolas Maduro», a déclaré le député d'opposition Freddy Guevara, présent sur l'un des barrages à Caracas. Les antichavistes réclament le départ du président, dont le mandat est censé s'achever en janvier 2019.

L'opposition appelle au blocage des rues principales de chaque ville jusqu'à dimanche, défiant ainsi ouvertement le chef de l'Etat, dont le gouvernement a interdit toute manifestation susceptible de «perturber» le déroulement de l'élection de la Constituante. Les contrevenants risquent de 5 à 10 ans de prison.

Le jeune Wuilly Arteaga, devenu une icône des manifestations en jouant du violon au milieu des gaz lacrymogènes, a été arrêté jeudi lors d'un rassemblement à Caracas, a dénoncé vendredi l'ONG Foro Penal.

En outre, depuis le début des manifestations antigouvernementales en avril, 113 personnes ont été tuées, selon le parquet.

«L'interdiction des manifestations au Venezuela ne va faire qu'empirer une situation déjà incroyablement volatile», a déclaré Erika Guevara-Rosas, directrice d'Amnesty International pour les Amériques, citée dans un communiqué. «Nous sommes très inquiets», a confié à Genève une porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU.

«Durcissement du conflit»

«On doit se préparer à un durcissement du conflit. Le régime ne donne pas de signe de vouloir interrompre ce processus», a prévenu le député antichaviste Freddy Guevara, vice-président du Parlement.

Le président vénézuélien a tenté de désamorcer la crise en proposant un dialogue à ses adversaires avant l'élection, mais il a confirmé sa volonté de mener à terme la modification de la Constitution.

«Il nous reste à jouer une carte, la carte maîtresse pour remporter ce jeu, et cette carte c'est l'Assemblée constituante», a assuré le président Maduro.

La Constituante «est l'atout majeur, le va-tout d'un gouvernement qui, pour se maintenir au pouvoir, doit suspendre la démocratie», juge l'analyste Colette Capriles.

L'opposition, qui détient la majorité au Parlement, voit dans cette Constituante un moyen pour le président Maduro de se cramponner au pouvoir, de contourner l'Assemblée nationale et d'éviter la présidentielle prévue fin 2018.

Le gouvernement assure de son côté que la future Constituante, dont la durée du mandat n'est pas définie, sera un «super pouvoir» qui aura la capacité de dissoudre le Parlement, qu'elle apportera la paix et permettra au pays de se redresser économiquement.

«Nous invitons le pays à se préparer à prendre les routes principales, les avenues, les rues et nous y maintenir jusqu'à stopper cette fraude constitutionnelle», a lancé le député d'opposition Jorge Millan lors d'une conférence de presse.

Le mode de désignation de l'Assemblée constituante combine un vote territorial et par catégories socio-professionnelles, ce qui permettra à 62% des 19,8 millions d'électeurs de voter au moins deux fois, rendant difficile l'évaluation de la participation, selon l'expert Eugenio Martinez.

Fuite vers la Colombie

Face à une «situation politique et sécuritaire imprévisible», les États-Unis ont ordonné jeudi aux familles de diplomates en poste au Venezuela de quitter le pays, et autorisé le départ volontaire de leurs fonctionnaires en poste à l'ambassade de Caracas.

Le Canada a recommandé à ses citoyens d'éviter de se rendre au Venezuela ou de le quitter s'ils s'y trouvent déjà.

La crainte d'un conflit ouvert a poussé parallèlement des centaines de Vénézuéliens à partir vers la Colombie voisine. La pénurie pousse également de plus en plus de femmes à traverser la frontière pour accoucher.

Washington a fait monter la pression sur Maduro, qualifié de «dictateur» par le président Donald Trump, en imposant des sanctions contre 13 anciens et actuels responsables gouvernementaux.

L'élection de l'Assemblée constituante est le dernier rebondissement de la violente crise politico-économique qui secoue le Venezuela depuis la victoire des antichavistes fin 2015 aux législatives. Quelque 70% des Vénézuéliens sont opposés à la Constituante et 80% rejettent la gestion de Nicolas Maduro, selon l'institut de sondage Datanalisis.




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