Venezuela: défilé du 1er mai de l'opposition sous haute tension

Les forces de l'ordre ont utilisé des gaz... (Photo Ronaldo Schemidt, archives AFP)

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Les forces de l'ordre ont utilisé des gaz lacrymogènes pour barrer la route à des manifestants cagoulés à Caracas.

Photo Ronaldo Schemidt, archives AFP

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Maria Isabel Sanchez
Agence France-Presse
Caracas

Les forces de l'ordre ont fait usage lundi de gaz lacrymogènes à Caracas pour barrer la route aux manifestants qui défilaient pour commémorer le premier mois de mobilisation contre le président socialiste Nicolas Maduro.

Les incidents se sont produits à l'ouest de la capitale, où quelque 300 personnes tentaient de franchir un cordon de sécurité pour rejoindre le siège de l'autorité électorale, dans le centre-ville.

Des manifestants cagoulés répondaient par des pierres et la foule scandait «Liberté! Liberté!», tandis qu'un concert de casseroles émanait des bâtiments alentours.

Les antichavistes (du nom du défunt président Hugo Chavez, au pouvoir de 1999 à 2013), qui exigent de nouvelles élections et le départ de M. Maduro, cherchent à rejoindre dans tout le pays les bâtiments de la Cour suprême et de l'autorité électorale.

«Je serai en lutte jusqu'à ce que Maduro s'en aille. Ceci est une dictature déguisée. Le Venezuela est en thérapie intensive. Il n'y a pas de nourriture et on te tue pour une paire de chaussures», a déclaré à l'AFP Matilde Rodriguez, 67 ans, habitante du quartier populaire de Petare, ancien bastion chaviste.

En face, M. Maduro était attendu à un rassemblement de ses partisans sur la place Bolivar, au centre de Caracas, le coeur du pouvoir, où l'on pouvait voir une mer de t-shirts rouges, couleur du gouvernement, et de drapeaux du Venezuela

À la veille du 1er mai, M. Maduro a annoncé une nouvelle hausse du salaire minimum de 60%.

«Cela nous aide à faire face à cette situation que nous vivons à cause de la guerre économique de la droite. Nous marchons en soutien à Maduro et pour défendre les conquêtes de le révolution», a fait valoir Edmundo Marcano, 55 ans, dans ce rassemblement chaviste.

Depuis le 1er avril, date du début des protestations, presque toutes les marches ont dégénéré en heurts, pillages et échanges de gaz lacrymogènes et de cocktails Molotov entre manifestants et forces de l'ordre. À cela s'est ajoutée la violence exercée par les «colectivos», des groupes de civils armés par le gouvernement, assure l'opposition.

Crispation politique

Au total, 28 personnes sont mortes dans les violences entourant ces rassemblements, selon le Parquet, et des centaines ont été blessées. Plus d'un millier de personnes ont été interpellées, la plupart brièvement.

Tandis que les opposants dénoncent la répression du gouvernement, Nicolas Maduro les accuse de commettre «des actes de terrorisme» pour faciliter un coup d'État et une intervention étrangère sous l'égide des États-Unis.

La crispation politique de ces dernières semaines secoue un pays déjà frappé par la pénurie de médicaments et d'aliments et par l'inflation la plus élevée au monde, à 720% pour 2017, selon la dernière prévision du FMI.

Sept Vénézuéliens sur dix souhaitent le départ de Nicolas Maduro, dont le mandat court jusqu'en janvier 2019.

L'étincelle qui a déclenché ce mouvement est la décision fin mars de la Cour suprême, réputée proche de M. Maduro, de s'arroger les pouvoirs du Parlement, donnant ainsi les pleins pouvoirs au camp présidentiel.

Devant le tollé diplomatique international et les accusations de «coup d'État» de l'opposition, l'autorité judiciaire avait fait machine arrière 48 heures plus tard. Ce qui n'a pas calmé la colère des anti-Maduro, ni apaisé la pression internationale.

«Garanties» pour le dialogue

M. Maduro a accusé dimanche l'opposition de se soustraire à ses appels au dialogue, tout en se félicitant de la proposition du pape François, qui s'est dit disposé samedi à ce que le Vatican reprenne le rôle de médiation joué en 2016, mais à «des conditions très claires» qu'il n'a pas spécifiées.

«Si je dis "dialogue", ils (l'opposition) s'enfuient épouvantés, ils ne veulent pas de dialogue. Hier, ils s'en sont pris au pape François. Moi, je respecte les déclarations du pape François», a-t-il dit.

L'opposition a officialisé dimanche dans une lettre au pape son refus de reprendre un dialogue avec le président Maduro sans «garanties» sur les modalités de ce dialogue, écartant une objection du pape selon qui elle serait divisée.

L'un des dirigeants de la Table de l'unité démocratique (MUD, coalition de l'opposition), Henrique Capriles, avait déjà rejeté samedi l'offre du pape.

De leur côté, huit pays latino-américains, dont le Brésil et l'Argentine, ont apporté dimanche dans une déclaration commune leur soutien à la proposition du pape, sous plusieurs conditions dont l'arrêt des violences et l'établissement d'un calendrier électoral.

Caracas, qui a initié vendredi sa sortie de l'Organisation des États Américains (OEA), cherchera un appui du côté de la Celac (Communauté des États d'Amérique latine et des Caraïbes) lors d'une réunion extraordinaire mardi au Salvador.




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