Brésil: le gouvernement sous le feu des accusations de corruption

Plusieurs manifestations contre la corruption ont animé les... (PHOTO AFP)

Agrandir

Plusieurs manifestations contre la corruption ont animé les métropoles brésiliennes ces derniers mois.

PHOTO AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Damian WROCLAVSKY, Eugenia LOGIURATTO
Agence France-Presse
Brasilia

Le scandale de corruption Petrobras déferle sur la politique brésilienne, avec au moins huit ministres et des dizaines de parlementaires visés par des enquêtes, affaiblissant le gouvernement de Michel Temer qui tente de faire bonne figure.

Les accusations touchent de plein fouet le cercle proche du chef de l'État, dont la cote de popularité est déjà au plus bas.

Mardi soir, la Cour Suprême (STF) a donné son feu vert à 76 enquêtes contre une centaine de personnalités. Plusieurs ministres-clés sont cités, dont deux très proches collaborateurs de M. Temer. Sont également visés des caciques de son parti, le PMDB (centre-droit), qui contrôle les deux chambres du Congrès et un grand nombre de parlementaires de tous bords : environ un tiers des sénateurs, une quarantaine de députés et les présidents des deux chambres.

Ces accusations sont issues des confessions d'ex-cadres du géant du BTP Odebrecht, au coeur du vaste système de trucage systématique des marchés publics qui a détourné plus de 2 milliards de dollars de la compagnie pétrolière d'État Petrobras depuis le début des années 2000.

La plupart des hommes politiques cités sont soupçonnés d'avoir reçu des pots-de-vin d'Odebrecht pour financer leurs campagnes, mais certains sont aussi dans la ligne de mire de la justice pour blanchiment d'argent et association de malfaiteurs.

L'opération «Lavage Express», simple enquête lancée en mars 2014, a dévoilé un vaste réseau de corruption au sein du géant public pétrolier, et est devenue trois ans plus tard la bête noire des politiques au Brésil.

La nouvelle de la divulgation de la liste de noms a vidé les couloirs du Congrès en quelques minutes, reportant même un vote à la chambre des députés faute de quorum.

Un autre problème de taille pour le président Temer, qui dépend de l'activité parlementaire pour approuver une série de mesures pour tenter de sortir le pays d'une récession historique.

«Indépendance des pouvoirs»

La présidence a tenté de minimiser, expliquant que de nombreuses fuites dans les médias avaient permis d'anticiper l'ampleur de ce déluge d'accusations.

«Il n'y a pas de faits nouveaux, tous les noms avaient déjà été cités. Le gouvernement continue de travailler et chaque ministre doit à présent se défendre de façon individuelle», a expliqué une source du Palais présidentiel à l'AFP.

«La justice aura le dernier mot (...) mais le gouvernement ne doit en aucun cas être paralysé», a affirmé le chef de l'État lors d'un discours où il a demandé à ce que soit «de plus en plus mise en valeur l'indépendance des trois pouvoirs».

M. Temer avait expliqué récemment qu'il n'écarterait que les ministres formellement mis en examen. Mais le journal Folha de Sao Paulo indique que ce critère pourrait être modifié en fonction de la gravité des accusations, citant un proche collaborateur du président.

Cinq ex-présidents visés 

Lui-même cité dans une de ces confessions, le président Temer n'a pas été officiellement mis en cause. Conformément à la Constitution brésilienne, il ne peut être jugé pour des délits commis avant le début de son mandat.

Selon David Fleischer, professeur de sciences politiques à l'Université de Brasilia, le chef d'État est pourtant loin de sortir indemne des accusations qui pèsent sur ses proches collaborateurs.

«Il risque d'être considérablement affaibli et même de perdre ses soutiens au Congrès, où beaucoup d'élus sont désespérés et ne pensent qu'à leur réélection en 2018», analyse-t-il.

«Cet épisode va retarder et compliquer l'approbation des réformes», prévient-il.

Environ un tiers des membres du gouvernement actuel figurent dans la liste de la Cour Suprême, dont certains ministres-clé, comme Eliseu Padilha, chef de la Maison civile, qui a rang de quasi-Premier ministre dans le système politique brésilien, et le secrétaire général de la présidence.

La déferlante est d'une telle ampleur qu'elle éclabousse à différents degrés tous les anciens présidents de la République encore vivants depuis la fin de la dictature en 1985.

Parmi eux, seul le cas de Fernando Collor (1990-1992), aujourd'hui sénateur, est du ressort de la Cour suprême.

Les cas de José Sarney (1985-1990), Fernando Henrique Cardoso (1995-2002),  Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010) et Dilma Rousseff (2011-2016) ont été renvoyés vers d'autres instances. Icône de la gauche, Lula a déjà été inculpé dans plusieurs volets de l'enquête.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer