Le président brésilien promet de nouvelles prisons après le massacre de Manaus

Un policier antiémeute passe devant l'entrée principale de... (photo Ueslei Marcelino, archives REUTERS)

Agrandir

Un policier antiémeute passe devant l'entrée principale de la prison Anisio Jobim de Manaus, le 3 janvier, théâtre du massacre qui a coûté la vie à 56 personnes.

photo Ueslei Marcelino, archives REUTERS

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Agence France-Presse
BRASILIA

Critiqué pour son silence après le massacre qui a fait 56 morts lundi dans une prison de Manaus, le président du Brésil Michel Temer a tenté jeudi de désamorcer la polémique en annonçant la construction d'une trentaine de nouvelles prisons.

Les critiques l'ont vite rattrapé quand il a qualifié le carnage de la prison de Manaus (nord) d'« accident effroyable », alors que la responsabilité des autorités locales et de l'entreprise privée gérant la prison semblent engagées.

Comme souvent au Brésil, les grandes tragédies nationales sont suivies d'annonces de réformes, mais celles-ci restent souvent lettre morte.

M. Temer s'est exprimé avant une réunion ministérielle de trois heures pour tracer les grandes lignes du nouveau plan de sécurité nationale, doté d'un budget de 1,8 milliard de réais (environ 740 millions de dollars canadiens). « Il ne suffit pas de s'en tenir au diagnostic, il faut agir », a-t-il insisté.

« Moderniser et rationaliser »

Le gouvernement a annoncé vouloir construire rapidement au moins une prison supplémentaire dans chacun des 27 États que compte le pays, ainsi que cinq prisons fédérales de haute sécurité pour y transférer « les meneurs hautement dangereux ».

Les prisons locales disposeront de deux bâtiments séparés pour que les détenus incarcérés pour des délits mineurs ne se retrouvent pas avec des criminels endurcis.

Des systèmes électroniques de brouillage des téléphones portables seront aussi installés dans « 30 % des prisons dans tous les États », afin d'éviter que les chefs des gangs de trafiquants de drogue emprisonnés ne continuent de diriger leurs opérations derrière les barreaux.

Dans un entretien à l'AFP, la sociologue Camila Dias, professeure de l'Université Fédérale ABC de São Paulo, plaide pour des politiques de moyen et long terme misant sur la prévention avant la répression, « afin de réduire la population carcérale ».

« Toute autre proposition d'effet immédiat ne résout pas les vrais problèmes. Cela sert tout juste à satisfaire l'opinion publique en attendant la prochaine tragédie », critique cette spécialiste des factions criminelles.

Le ministre de la Justice Alexandre de Moraes a reconnu que « la seule construction de nouvelles prisons n'est pas suffisante » pour régler le problème pénitentiaire au Brésil.

La réforme du nouveau plan national de sécurité annoncé jeudi prévoit aussi de « moderniser et rationaliser » tout le système, qui de l'aveu de M. Moraes « emprisonne beaucoup et mal ».

Le ministre a pointé du doigt le fait qu'un grand nombre de prévenus dans l'attente d'un jugement se retrouvent dans les mêmes prisons que les détenus déjà condamnés. Ils représentent 42 % des détenus au Brésil, contre 20 % dans la moyenne mondiale et 8 % dans les pays développés, a-t-il souligné.

Dans la prison de Manaus où a eu lieu le massacre, ce chiffre atteint 56 %.

Le ministre de la Défense Raul Jungmann a annoncé pour sa part que les fonds alloués au contrôle des frontières seraient « doublés » en 2017 et que la police fédérale brésilienne intensifierait la collaboration avec les pays voisins.

Une mort violente par jour

Le massacre de Manaus est en effet attribué par la police à une « vengeance » sur fond de guerre entre gangs pour le contrôle de cette zone stratégique de l'entrée de la cocaïne au Brésil.

Une enquête du ministère public fédéral (MPF) évoquait la possibilité de « liens étroits » de la FDN (Familia do Norte), faction considérée comme responsable du carnage, avec les FARC colombiennes, bien que cela « n'ait pas été corroboré lors de l'instruction ».

Avec 622 000 détenus recensés par le ministère de la Justice fin 2014, le Brésil compte la quatrième population carcérale au monde, derrière les États-Unis, la Chine et la Russie.

Au niveau national, le taux d'occupation carcéral est de 167 %. Selon la presse, il y a eu plus d'une mort violente de détenu par jour en 2016 au Brésil.

À Manaus, la chasse aux fugitifs qui se sont échappés lors du massacre se poursuit. D'après les services de sécurité de l'État d'Amazonie, 65 des 184 détenus évadés ont été capturés et 46 des 56 corps ont été identifiés.




À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer