Le président Moïse veut sortir Haïti de la pauvreté grâce à l'agriculture

«Je fais un appel à la jeunesse du... (photo HECTOR RETAMAL, AFP)

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«Je fais un appel à la jeunesse du pays, à tous les Haïtiens qui habitent à l'étranger, à tous les professionnels du pays, de s'engager à mes côtés pour mettre le pays debout, car Haïti est à genoux» a déclaré Jovenel Moïse depuis un hôtel de luxe de Port-au-Prince, la capitale haïtienne, quelques minutes après l'annonce des résultats.

photo HECTOR RETAMAL, AFP

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Amelie BARON
Agence France-Presse
PORT-AU-PRINCE

Jovenel Moïse, annoncé victorieux de la présidentielle en Haïti dès le premier tour, veut sortir la population de la pauvreté et de la fatalité de l'exil en relançant l'agriculture du pays, qui se remet difficilement du passage récent de l'ouragan Matthew.

Il y a deux ans, cet entrepreneur agricole de 48 ans était encore totalement inconnu du public. Cette élection signe le début de sa carrière politique et, depuis que l'ex-président Michel Martelly l'a choisi pour représenter son parti, Jovenel Moïse scande sans cesse son slogan de campagne devenu surnom: «l'homme à la banane».

Son programme repose sur l'idée de relancer, par l'agriculture, l'économie haïtienne gangrenée par une forte inflation et une dépréciation galopante de la monnaie nationale.

«Nous aurons besoin de mobiliser toutes les ressources du pays, comme je l'ai répété durant ma campagne: les hommes, la terre, le soleil et les rivières pour pouvoir mettre à manger dans l'assiette du peuple, pour mettre de l'argent dans sa poche», a rappelé Jovenel Moïse lundi soir, après l'annonce des résultats du premier tour de la présidentielle.

Crédité de plus de 55% des suffrages, Jovenel Moïse ne jouit cependant pas aujourd'hui d'une large popularité dans le pays: seuls 21% des électeurs ont voté au premier tour de la présidentielle.

Manifestation

Et les résultats annoncés lundi sont déjà contestés par les principaux opposants du candidat du parti PHTK (Parti haïtien Tet Kale): Jude Célestin, deuxième avec 19,52% des votes, Moïse Jean-Charles (11,04%) et Maryse Narcisse du parti Famni Lavalas (8,99%) ont mardi déclaré ne pas reconnaître la victoire de Jovenel Moïse.

Dans les quartiers les plus pauvres de la capitale, acquis au parti Lavalas, des incidents ont opposé mardi la police aux sympathisants de Maryse Narcisse qui ont dénoncé un «coup d'état électoral».

Aux nombreuses grenades lacrymogènes des forces de l'ordre pour disperser les centaines de personnes, les manifestants ont répondu par des jets de pierre.

«On n'a pas voté en cachette: ce sont tous les quartiers populaires du pays qui ont dit «donnez nous notre mère». On a voté Maryse mais ils ont donné les résultats d'un coup d'état électoral», dénonce Rose-Marie Rosilus, habitante du quartier Bel Air, bastion historique de l'ancien chef d'État Jean-Bertrand Aristide, président de Lavalas.

«On va rester mobilisés dans les rues jusqu'à ce que le conseil électoral nous donne vraiment notre résultat», ajoute la manifestante qui a apporté des citrons pour atténuer les effets du gaz lacrymogène. 

Pauvreté extrême 

Appelant ses partisans au calme mais à rester attentifs, Jude Célestin entame, lui, une bataille juridique. «Nous disons qu'il y a eu tricherie et on verra bien qui a triché», a affirmé à l'AFP M. Célestin.

La loi permet à tout candidat de contester les résultats, qui restent préliminaires. Après analyse et verdict des tribunaux électoraux, les résultats définitifs ne seront publiés que le 29 décembre.

Cette lenteur des procédures ralentit d'autant le retour à l'ordre constitutionnel.

Le premier tour de la présidentielle s'était initialement tenu en octobre 2015 et là aussi Jovenel Moïse était sorti en tête du scrutin. Mais en raison déjà de contestations et de fraudes massives, le vote avait été annulé.

Le Parlement avait élu en février Jocelerme Privert, alors président du Sénat, au poste de président provisoire, le mandat de Michel Martelly, élu en 2011, arrivant à terme.

Fatigués par un processus électoral entamé il y a plus d'un an, la majorité des Haïtiens ne pensent pas qu'une élection puisse les sortir de la pauvreté extrême: plus de 60% des habitants survivent avec moins de deux dollars par jour.

Imperméables aux promesses de campagne, les jeunes de la classe moyenne ne voient leur salut qu'en l'exil vers les États-Unis. Plus de 5000 Haïtiens sont actuellement dans des centres d'accueil en Californie et plusieurs milliers vont d'abord au Brésil ou au Chili, où les visas d'entrée sont plus faciles à obtenir.

Les espoirs d'un développement économique ont à nouveau été anéantis par le passage du dévastateur ouragan Matthew début octobre.

Dans les départements du sud, grenier du pays, la destruction des cultures a plongé le pays dans une nouvelle crise humanitaire: plus de 800 000 haïtiens ont besoin en urgence d'aide alimentaire, selon l'ONU.

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