Raul Castro seul aux commandes de Cuba

Raul Castro et son frère Fidelen décembre 2004.... (Photo Dario Lopez-Mills, archives AP)

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Raul Castro et son frère Fidelen décembre 2004.

Photo Dario Lopez-Mills, archives AP

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Alexandre GROSBOIS
Agence France-Presse
LA HAVANE

Avec le décès de Fidel Castro, son frère et successeur à la présidence de Cuba depuis 2006, Raul, 85 ans, se retrouve seul aux commandes pour assurer la continuité d'un régime vieillissant et menacé par le naufrage économique.

« Fidel est irremplaçable, toutes les décisions importantes se prendront en concertation » avec lui, avait assuré en 2006 Raul, qui pendant un demi-siècle a veillé dans l'ombre à la défense du pays et à la sécurité de son grand frère.

Éviter la banqueroute d'un modèle économique obsolète, assurer une succession dans la continuité du régime à parti unique où toute opposition est interdite, et gérer la crise de confiance d'une population jeune et étrangère aux valeurs de la Révolution : les défis qu'affronte le dernier des Castro sont lourds.

La croissance est en berne, et n'atteindra probablement pas les 1 % prévus cette année, sous l'effet conjugué de la baisse des livraisons de pétrole vénézuélien et de la chute des prix des matières premières.

Mais en opérant un rapprochement avec les États-Unis, qui pourrait à terme être couronné par une levée du sévère embargo qui pénalise son île depuis 1962, le petit frère s'est révélé tacticien politique et diplomatique hors pair.

Car Raul ne part pas de zéro. Aussi méthodique et prudent que son frère était impulsif et audacieux, il a déjà passé huit années à préparer le terrain des réformes. Avec l'aide d'un noyau de fidèles, issus des forces armées qu'il a dirigées pendant près de 50 ans et qui gèrent des pans entiers de l'économie.

Très discret, Raul s'exprime rarement dans les médias mais il manoeuvre dans l'ombre et « défidélise Cuba avec méthode », analyse un diplomate occidental qui a passé plusieurs années dans l'île.

« Il a passé toute sa vie à assumer le rôle de dur du régime, mais en fait c'est lui qui s'est efforcé depuis longtemps d'introduire des évolutions pragmatiques face aux idéologues sur lesquels s'appuyait Fidel », ajoute-t-il.

Dès 2006, Raul avait promis des « réformes structurelles » : abandon du dogme de l'égalitarisme salarial, autorisation des ventes de téléphones portables et d'ordinateurs aux Cubains qui se voyaient aussi autorisés à fréquenter les hôtels jusqu'alors réservés aux touristes étrangers.

« Actualiser le modèle »

Raul injecte aussi des doses d'économie de marché pour « actualiser » un modèle économique obsolète datant de l'ère soviétique : ouverture de petits métiers aux travailleurs indépendants, dégraissage dans le secteur public, encouragement aux coopératives et autonomie accrue des entreprises d'État, autorisation de vente des véhicules et des logements.

Il lance aussi la privatisation des terres agricoles rendues en usufruit aux petits agriculteurs pour tenter de résoudre le point noir numéro un de l'économie cubaine : la faiblesse de la production alimentaire. Les Cubains importent environ 80 % des aliments qu'ils consomment.

Ces réformes sont conduites lentement, avec une discipline et un ordre très militaire à l'image des secteurs clés de l'économie cubaine gérés par les forces armées : communications, transports, industrie, mines...

Le secteur très sensible du tourisme - contacts avec des étrangers et forts revenus directs en devises - est un des domaines de prédilection de l'armée qui gère compagnies aériennes, hôtels, restaurants, marinas, agences de location de véhicules ou grands magasins.

Les deux conglomérats touristiques Gaviota et Cubanacan font partie du holding d'État Groupe d'administration d'entreprises (Gaesa) des forces armées, dont le président exécutif, le colonel Luis Alberto Rodriguez Lopez-Callejas, est le gendre de Raul Castro et a fait son entrée en avril 2011 au comité central du PCC.

En janvier 2013, il instaure une réforme migratoire qui lève les sévères restrictions imposées aux voyageurs depuis 50 ans. Depuis, des centaines de milliers de Cubains ont pu en profiter et la dissidence a perdu de son influence au gré des nombreux déplacements de ses principales figures.

Le couronnement de ses réformes a été l'annonce historique du dégel avec le voisin du nord, qui pourrait apporter un véritable bol d'air à l'économie cubaine.

Mais à 85 ans, Raul sait aussi qu'il n'a pas l'avenir devant lui. Il doit organiser la succession au pouvoir de la génération historique de la Révolution en vue de son départ annoncé pour 2018.

Il a désigné un nouveau numéro deux du régime, Miguel Diaz-Canel, 56 ans, qui pour la première fois n'est pas directement issu de la « génération historique » de la Révolution.

Désormais, le petit frère « orphelin » va devoir s'atteler à la délicate mission de donner un nouveau visage politique au régime fondé par Fidel et trouver une génération de successeurs qui, pour le moment, brillent surtout par leur discrétion.

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