Venezuela: une grève générale contre le président Maduro

Des activistes manifestant pour réclamer la destitution du... (photo Alejandro Cegarra, archives AP)

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Des activistes manifestant pour réclamer la destitution du président Nicolas Maduro sont vus assis au haut d'un mur drapé du drapeau vénézuélien, à Caracas, le 26 octobre.

photo Alejandro Cegarra, archives AP

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Maria Isabel SANCHEZ
Agence France-Presse
CARACAS

La grève générale à laquelle l'opposition vénézuélienne a appelé pour mettre sous pression le président socialiste était partiellement suivie vendredi, à la satisfaction de Nicolas Maduro qui a menacé de mettre en prison ses opposants.

À Caracas, Maracaibo - la deuxième ville du Venezuela -, San Cristobal et d'autres grands centres urbains, on constatait moins de mouvement qu'à l'accoutumé, mais les transports, certains commerces, les banques et les écoles fonctionnaient normalement.

«La situation est trop difficile pour ne pas travailler», a déclaré à l'AFP Alicia de Garcés, 74 ans, dont le magasin de jouets n'embauchera pas cette année de vendeurs supplémentaires à Noël. «Les gens n'achètent pas de jouets, tout part dans la nourriture», a-t-elle ajouté.

La grève a commencé à 6h heure locale et s'est achevée à 18h.

L'opposition de centre droit, réunie au sein de la coalition de la Table pour l'unité démocratique (MUD), avait appelé les travailleurs à abandonner «les rues et les postes de travail».

En face, pour tenter de neutraliser la grogne, le chef de l'État a augmenté jeudi de 40 % le salaire minimum.

Hausse infime par rapport à l'inflation

Importante en apparence, cette hausse reste infime par rapport à l'inflation galopante régnant au Venezuela. Stimulée par les pénuries, elle est devenue incontrôlable : prévue à 475% cette année, par le FMI, elle devrait exploser à 1660% en 2017.

Ce pays vit l'une des pires crises économiques de son histoire, asphyxié par la chute des cours du pétrole, source de 96% de ses devises.

M. Maduro avait aussi menacé de faire occuper par les militaires les entreprises participant à la grève.

L'armée, très puissante, a récemment apporté son soutien au président Maduro. Quelque 700 entreprises devaient être inspectées, avait annoncé le chef de l'État.

Certains défiaient malgré tout la menace : «fermé faute de personnel», était-il écrit sur la devanture d'une quincaillerie à Caracas.

«On dirait un samedi»

«On dirait un samedi, ça ne fonctionne pas à plein régime mais ce n'est pas totalement paralysé non plus», a déclaré à l'AFP le vice-président du syndicat patronal Fedecamaras, Carlos Larrazabal.

«Une fois de plus, c'est un échec pour la droite vénézuélienne», s'est réjoui dans une boulangerie le ministre de l'Alimentation, Rodolfo Marco Torres.

Par ailleurs, Nicolas Maduro a menacé de faire arrêter les dirigeants de l'opposition si un processus de destitution était engagé contre lui au Parlement, comme c'est prévu pour la semaine prochaine.

Le mouvement social de vendredi fait partie de la stratégie de l'opposition pour riposter au gel par le Conseil national électoral (CNE) du processus destiné à organiser un référendum en vue de révoquer le président.

Ragaillardis par la large mobilisation de mercredi, les antichavistes (du nom de l'ex-président défunt Hugo Chavez, 1999-2013) veulent placer Nicolas Maduro au pied du mur.

Une «marche pacifique» doit s'élancer jeudi prochain vers le palais présidentiel de Miraflores, un lieu hautement symbolique: le 11 avril 2002, une manifestation s'y dirigeant avait viré au coup d'État et le président Hugo Chavez en avait été délogé pendant trois jours.

Les opposants tenteront de signifier au président le résultat du vote du Parlement, prévu juste avant, sur la procédure déclenchée à son encontre pour «manquements aux devoirs liés à sa charge», lorsque le chef de l'État ne remplit plus ses fonctions. La MUD étant majoritaire à l'Assemblée nationale, ce résultat fait peu de doute.

Le Parlement prévoyait aussi de débattre sur la double nationalité - vénézuélienne et colombienne - supposée du président, ce qui lui aurait interdit d'exercer ses fonctions, mais le Tribunal suprême de justice (TSJ) a validé vendredi sa nationalité vénézuélienne.

L'opposition exige le départ de Nicolas Maduro, élu en 2013 et dont le mandat expire en 2019, le jugeant notamment responsable de la crise économique.

Toutefois, la portée de la procédure au Parlement contre le président n'est pas claire, le TSJ ayant bloqué tous les projets de loi de l'Assemblée nationale depuis qu'elle a basculé dans l'opposition en janvier, mettant fin à 17 ans d'hégémonie chaviste.

En outre, M. Maduro ne reconnaît plus le Parlement. Le TSJ a quant à lui déclaré que l'Assemblée nationale était en infraction car elle compte dans ses rangs trois députés soupçonnés de fraude.

Si le procès en destitution n'existe pas en tant que tel dans la Constitution vénézuélienne, la procédure pour «manquements aux devoirs liés à sa charge» y figure bien, soulignent les juristes.

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