Haïti: après Matthew, le choléra

Une infirmière s'occupe de patients qui présentent les... (photo HECTOR RETAMAL, archives AFP)

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Une infirmière s'occupe de patients qui présentent les symptômes du choléra, dans un centre de santé des Anglais, dans la commune des Cayes, dans le sud-ouest de l'île, le 16 octobre.

photo HECTOR RETAMAL, archives AFP

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Amelie BARON
Agence France-Presse
CHARDONNIÈRE

Que les ruines de leurs maisons soient inondées par la pluie n'est plus la principale préoccupation des sinistrés de Randelle : le choléra se répand à une vitesse fulgurante dans ce village de montagne isolé.

« Le choléra nous dévore : mon voisin a été le premier à être malade et puis c'est venu chez moi en touchant mon mari et ma fille », témoigne Andrise Lubin devant sa maison éventrée.

La route qui mettait le village à une demi-heure de la côte a été emportée par la rivière, encore gonflée par les pluies torrentielles du puissant ouragan Matthew début octobre.

Désormais, pour arriver à Randelle, dans l'arrondissement de Chardonnière (sud-ouest), il faut marcher trois heures et réussir plusieurs difficiles traversées du cours d'eau.

Blessée au pied lors de l'ouragan, Andrise a trouvé un ami pour aider ses proches malades à faire ce périple. Sans rien à manger, la quadragénaire épuisée en vient à espérer tomber malade à son tour.

« Le choléra peut venir sur moi, je n'ai rien dans le ventre : en ville, je serais toujours mieux qu'ici », confie-t-elle, fataliste.

Sommairement abrités de tôles trouées et de bâches en plastique, les villageois contaminés par le choléra s'entassent sur la galerie du petit dispensaire de Randelle.

Les pages de son carnet d'enregistrement se remplissent rapidement : depuis l'ouragan, près de 300 personnes ont été contaminées par le choléra.

Avant même le passage destructeur de Matthew, Haïti affrontait la pire épidémie de cette maladie à l'échelle mondiale avec 500 cas par semaine dans l'ensemble du pays.

Des mules pour ravitailler

L'infirmière en chef Marguerite Bernardin, exténuée, examine avec deux collègues les malades affluant de Randelle et des montagnes environnantes. Elle a tout perdu dans l'ouragan, mais ce n'est pas sa priorité.

« On aurait besoin de lits pour les malades, pour améliorer leur situation », explique-t-elle, montrant un homme âgé allongé sur un maigre brancard posé à même le sol détrempé.

Après deux semaines de galère, l'ONG Samaritan's Purse a apporté un répit inespéré en terminant d'installer un centre d'urgence de traitement du choléra. Tous les lits sont déjà occupés.

« Deux tentes supplémentaires vont arriver aujourd'hui donc nous devrions pouvoir prendre en charge au moins 20 patients », se réjoui Steve Averly, médecin urgentiste. « Il est difficile d'arriver ici dans les montagnes et donc, pour les patients atteints du choléra, il est très compliqué de descendre pour trouver des soins », explique-t-il.

« Plus on peut être près de l'origine, plus on peut sauver et aider de gens », relève-t-il, tout en s'affairant autour d'une fillette.

Randelle étant encore un champ de ruines envahi par les troncs d'arbres, l'ONG s'est installée à l'écart, sur un site en hauteur.

Sac de perfusion tenu à bout de bras, les habitants sont donc contraints de porter les malades sur leur dos pour couvrir les 300 mètres de terrain accidenté qui les séparent du centre.

Mais, isolé dans la montagne, le fonctionnement du centre de traitement est entravé par des difficultés logistiques.

« Les mules sont le mode de transport le plus efficace pour faire parvenir des équipements : c'est la plus ancienne technologie, mais elle fonctionne », sourit le médecin.

Pourtant, avec des moyens financiers et une météo clémente, des hélicoptères pourraient atterrir au village.

Cette aide internationale est néanmoins salutaire pour Romélus Caldo, un élu de l'assemblée communautaire.

« Je me souviens du samedi 8 octobre : j'ai vu six personnes mourir du choléra dans le dispensaire », se désole-t-il, trempé par une pluie qui s'intensifie.

« L'État central n'a pas répondu à mes demandes, alors vous pensez bien que les simples habitants ici sont encore moins entendus », indique l'élu, dont la maison a été emportée par la rivière il y a deux semaines.

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