Haïti: le premier festival de films LGBTI reporté à cause de menaces

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L'extrême influence de la religion sur la société haïtienne empêche la majorité des homosexuels, lesbiennes et trans d'assumer ouvertement leur orientation sexuelle: les deux associations pro-LGBTI officiellement reconnues par l'État enregistrent quotidiennement des cas d'insultes, de menaces et de violences.

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Agence France-Presse
PORT-AU-PRINCE

Le premier festival de films LGBTI (lesbiennes, gais, bisexuelles, transgenres, intersexuées) afro-caribéens qui devait se tenir du 27 au 30 septembre à Port-au-Prince a été reporté par les organisateurs en raison de menaces violentes, allant jusqu'à des appels au meurtre.

«On ne considère pas ce report comme un échec», affirme cependant Charlot Jeudy, président de l'association Kouraj, à la tête de l'organisation du festival Massimadi en Haïti. «Nous avons dû gérer la situation et prendre cette décision par mesure de sécurité», a-t-il expliqué à l'AFP.

L'annonce de l'événement a suscité un torrent de commentaires homophobes d'une extrême violence sur les réseaux sociaux: certains internautes ont appelé aux meurtres des participants en incendiant les lieux prévoyant d'accueillir projections et débats.

Face à ces menaces, la Fondation connaissance et liberté FOKAL, le principal centre culturel du pays, avait annoncé, dans un court communiqué de presse lundi, avoir pris «la décision de ne plus accueillir des activités prévues dans le cadre du Festival Massimadi qui devaient se dérouler le jeudi 29 septembre dans ses locaux».

Connu pour ses prises de position homophobes, un sénateur haïtien a appelé à l'interdiction pure et simple de l'événement.

«Ce festival qui vise à promouvoir l'homosexualité dans le pays ne tendra qu'à véhiculer des valeurs contraires à la morale sociale et nos bonnes moeurs», a déclaré Jean Renel Sénatus.

Créé en 2009, le festival Massimadi se tient chaque année à Montréal et à Bruxelles.

Devant la polémique, le festival a tenu à préciser dans un message rédigé en créole, sur la page d'accueil de son site internet, que «Massimadi ne fait pas la promotion des activités sexuelles entre deux hommes ou deux femmes: c'est un festival artistique qui veut mettre la tolérance et la compréhension dans le coeur de tous les Haïtiens.»

Si le commissaire du gouvernement (l'équivalent du procureur en Haïti) avait verbalement interdit la tenue du festival, les organisateurs de Massimadi n'ont reçu de la part des autorités qu'un ordre de sursis «dans l'intérêt de maintenir un climat calme et serein».

«Avec nos avocats, on attend donc la suite, car il n'y a aucune raison d'empêcher le festival sinon qu'en portant atteinte à la liberté individuelle et à la liberté d'association», assure Charlot Jeudy.

L'extrême influence de la religion sur la société haïtienne empêche la majorité des homosexuels, lesbiennes et trans d'assumer ouvertement leur orientation sexuelle: les deux associations pro-LGBTI officiellement reconnues par l'État enregistrent quotidiennement des cas d'insultes, de menaces et de violences.

En juillet 2013, une manifestation contre l'homosexualité menée par des églises évangéliques avait réuni plusieurs milliers de personnes dans la capitale.

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