Lev Tahor de nouveau talonnée par la police

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Ciblant la secte Lev Tahor, les policiers ont mené hier des perquisitions dans six immeubles de différents quartiers de la capitale Ciudad de Guatemala, selon les quotidiens La Hora et El Periodico.

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Plus de deux ans après avoir fui la Direction de la protection de la jeunesse du Québec (DPJ) et la justice ontarienne pour s'installer au Guatemala, des membres de la secte juive ultraorthodoxe Lev Tahor ont été ciblés par les autorités guatémaltèques à la demande d'Israël, hier, pour une affaire de maltraitance de mineurs. Le Canada a confirmé son implication dans le dossier.

Les policiers ont mené hier des perquisitions dans six immeubles de différents quartiers de la capitale Ciudad de Guatemala, selon les quotidiens La Hora et El Periodico. Un reportage diffusé à la télévision locale montrait des agents gouvernementaux menant des perquisitions sous le regard consterné des hommes de la secte, vêtus de leurs habits traditionnels.

Un représentant de la secte interrogé en direct à la télévision a dénoncé la façon dont sa communauté était traitée. «Ce scénario, on l'a vécu 200 fois au Canada et ils n'ont jamais rien trouvé. [...] Ici, ils sont des centaines pour nous sortir. Au Canada, ils étaient des milliers. Ils veulent détruire notre communauté.»

Rappelons qu'à l'automne 2013, les autorités québécoises n'étaient pas intervenues à temps pour retirer la centaine d'enfants de la communauté de Sainte-Agathe-des-Monts avant leur fuite vers l'Ontario, qui a été suivie par un exil au Guatemala quelques mois plus tard.

Selon des médias guatémaltèques, des enfants de la communauté de 200 personnes auraient été pris en charge par une agence gouvernementale et transportés dans un foyer d'accueil. Or, selon le bureau du Procureur général, aucun enfant n'aurait été trouvé sur les lieux par les autorités et aucune arrestation n'aurait été effectuée, a rapporté une journaliste de l'Associated Press en poste dans la capitale du Guatemala. La Presse n'a pas été en mesure de joindre le bureau du Procureur général hier soir.

C'est le gouvernement israélien qui a demandé l'intervention du Guatemala afin de retrouver une jeune fille sortie illégalement d'Israël pour rejoindre la secte, selon un communiqué du ministère de la Justice cité par l'agence espagnole EFE.

«Les autorités du Guatemala ont récemment décidé d'enquêter sur des membres de la communauté en raison de soupçons voulant que des crimes sérieux contre des mineurs puissent avoir été commis.» - Le ministère des Affaires étrangères d'Israël, selon le quotidien israélien Haaretz

Les autorités israéliennes ont déclaré être en contact direct avec leurs homologues guatémaltèques afin de «s'assurer du bien-être des citoyens israéliens, la plupart d'entre eux étant des mineurs».

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Le quotidien La Hora faisait était hier des perquisitions menées contre la secte Lev Tahor à Ciudad de Guatemala.

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Le Canada impliqué dans le dossier

Le ministère des Affaires étrangères du Canada a confirmé hier être en contact avec les autorités guatémaltèques, sans donner plus de détails sur son implication dans ce dossier. «Des agents consulaires canadiens collaborent avec les autorités concernées au Canada et au Guatemala pour fournir une assistance. Pour protéger la vie privée et les renseignements des personnes concernées, il nous est impossible de donner plus de détails», a indiqué par courriel Austin Jean, porte-parole d'Affaires mondiales Canada.

À Québec, le cabinet de la ministre déléguée à la Protection de la jeunesse, Lucie Charlebois, n'avait aucune information sur cette affaire. «C'est un événement très récent. Nous allons commencer par analyser la situation et prendre le temps de confirmer l'information», a déclaré à La Presse Bianca Boutin, attachée de presse de la ministre. La DPJ des Laurentides avait tenté en 2014 d'obtenir un mandat d'arrêt international pour forcer le retour des enfants disparus au Québec, une demande rejetée par la Cour supérieure ontarienne.

Le directeur associé aux affaires publiques du Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA-Québec), David Ouellette, ne doute pas que l'intervention des autorités guatémaltèques avait pour objectif «d'assurer le bien-être et la protection de ces enfants». 

«On a été surpris [hier] d'apprendre que les autorités étaient intervenues. On avait l'impression qu'ils avaient un peu sombré dans l'oubli.» - David Ouellette, du CIJA-Québec 

Il y a deux ans, David Ouellette avait visité le village où s'étaient réfugiés les fidèles de Lev Tahor qui avaient réussi à fuir la justice canadienne, les forces policières et les services à l'enfance de Chatham-Kent, en Ontario, et de la DPJ. «À l'époque, ils étaient encore dans le village de San Juan, à deux heures de la capitale. Ils vivaient dans un petit village modeste. Il y avait une personne qui souffrait d'hépatite. J'avais constaté qu'il y avait de vives tensions entre la secte et la communauté locale. Le conseil des anciens avait décidé de les expulser du village. C'est depuis ce temps-là qu'ils se sont installés dans la capitale du Guatemala», raconte-t-il.

Le sort incertain des enfants canadiens 

David Ouellette croit qu'il est peu probable que les enfants canadiens de la secte reviennent un jour au Québec, puisque leurs parents ne sont pas nécessairement citoyens canadiens. «Ces enfants sont nés au Québec et sont, je crois, de facto canadiens. Ça devient très compliqué. S'il devait y avoir des procédures d'extradition, il y a plusieurs pays qui sont mêlés. Il y en a qui sont américains ou qui ont d'autres nationalités. Mais c'est certain que si la DPJ devait avoir un rôle à jouer, elle pourra compter sur le soutien de notre communauté», explique-t-il.

En novembre 2013, la secte a fui Sainte-Agathe-des-Monts pour échapper à la DPJ. En pleine nuit, environ 200 personnes ont abandonné leurs maisons avant de monter à bord d'autobus pour se rendre en Ontario. Les membres de la secte se sont installés à Chatham-Kent, où les Services à l'enfance ont entrepris d'étudier leur cas. Se disant à nouveau persécutés, ils ont pris le chemin du Guatemala moins d'un an plus tard. Les autorités québécoises et ontariennes avaient décidé de leur enlever la garde de 14 enfants. La Sûreté du Québec soupçonne des leaders de Lev Tahor de se livrer à la traite de personnes et de falsifier des documents pour camoufler leurs gestes.

- Avec la collaboration de Mathieu Perreault

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