Le Venezuela ouvre les bras aux dollars des touristes

La pénurie au Venezuela touche 80 % des aliments et... (PHOTO HENRY ROMERO, REUTERS)

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La pénurie au Venezuela touche 80 % des aliments et médicaments.

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Carola SOLÉ
Agence France-Presse
CARACAS

Son président Nicolas Maduro est l'un des plus féroces critiques des États-Unis, mais le Venezuela souffre trop de la crise économique et fait désormais tout pour attirer les paiements en dollars des touristes étrangers, afin de compenser son cruel manque de devises.

Jusqu'à présent, les rares visiteurs s'habituaient rapidement à avoir les poches pleines de bolivars - la monnaie locale constamment dévaluée - pour régler leurs dépenses au Venezuela.

Le dollar y était officiellement interdit comme monnaie de paiement, alors que le gouvernement socialiste accuse constamment Washington de mener la «guerre économique» contre lui et applique un strict contrôle des changes.

Mais dans ce pays qui importe presque tout ce qu'il consomme, il faut des dollars pour financer ces importations.

Le gouvernement «a besoin de devises et regarde tous les moyens d'optimiser ses réserves de dollars», explique Asdrubal Oliveros, directeur du cabinet de consultants Econanalitica.

Le luxueux hôtel Eurobuilding, de Caracas, sert de cobaye depuis juin, offrant à ses clients la possibilité de régler leur chambre par carte en dollars.

Et sur l'île de Margarita (nord), celle qui attire le plus de touristes, les grands hôtels se préparent en toute hâte à faire de même.

«Au Venezuela, il était fondamental d'avoir ce genre de transactions permettant aux touristes de payer avec leurs cartes de crédit et aux hôtels d'avoir les dollars pour régler ce qu'ils ont besoin d'importer», souligne Martin Espinosa, président de la chambre hôtelière de Margarita.

La mesure est théoriquement en vigueur depuis six mois déjà, mais les procédures bancaires complexes pour avoir le droit de facturer en dollars prennent du temps.

Le schéma mis en place n'est d'ailleurs pas très simple : les hôtels ne peuvent garder que 40 % des sommes perçues pour leur trésorerie. Ils doivent revendre le reste à la Banque centrale, elle aussi avide de dollars dans un pays où la pénurie touche 80 % des aliments et médicaments.

«Pas de solution»

Les analystes, eux, sont sceptiques.

Le Venezuela a accueilli environ un million de visiteurs étrangers en 2014, juste avant que la crise économique ne s'aggrave.

Si chacun passe une semaine dans le pays et y dépense 100 dollars par jour, comme l'estime le gouvernement, cela pourrait apporter 700 millions par an au pays... une goutte d'eau par rapport aux dettes commerciales qui atteignent 12,5 milliards.

Et malgré les plages paradisiaques et les beaux paysages montagneux, les touristes devraient être de moins en moins nombreux alors que le pays s'enfonce dans l'instabilité économique et politique, avec des risques de violences.

«Le tourisme n'est pas l'un des secteurs fournissant le plus de devises» à Caracas, observe Asdrubal Oliveros. Donc cette réforme «n'apportera pas de solution à long terme».

Les voyageurs étrangers avaient l'habitude de vivre comme des rois au Venezuela, changeant leurs précieux dollars contre des bolivars sur le marché noir, où le taux est très avantageux.

Mais l'inflation vertigineuse - 180 % en 2015 selon les autorités, 720 % cette année selon le FMI - a peu à peu effacé cet avantage, faisant exploser les prix dans les magasins et les restaurants.

Et les touristes réglant avec leur carte bancaire se verront imposer le taux de change officiel, beaucoup moins intéressant.

«Pour le touriste, cela va représenter un désavantage, car, d'une certaine manière, il profitait de cette différence entre le taux officiel et celui du marché noir», souligne Asdrubal Oliveros. Donc «beaucoup vont peut-être y réfléchir à deux fois avant de venir».

Les analystes voient finalement dans la mesure le diagnostic d'une politique économique dans l'impasse : «Le contrôle de changes a explosé», observe Angel Garcia Banchs, directeur du cabinet Econométrica.

«Ce n'est plus soutenable maintenant et ce que nous voyons là, c'est un laboratoire, une fenêtre» pour expérimenter. Mais, estime cet expert, «cela ne va rien changer substantiellement».

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