Brésil: une commission du Sénat vote pour la destitution de Dilma Rousseff

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La présidente suspendue Dilma Rousseff.

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Damian WROCLAVSKY
Agence France-Presse
Brasilia

Une commission spéciale du Sénat brésilien a voté jeudi à Brasilia en faveur de la destitution de la présidente de gauche suspendue Dilma Rousseff, à la veille de l'ouverture de Jeux olympiques de Rio de Janeiro.

« Le résultat est de 14 voix à 5 » en faveur de la destitution, a déclaré le sénateur Raimundo Lira, un partisan du président par intérim Michel Temer dirigeant les travaux de cette commission.

Ce vote ouvre la voie au jugement final de Mme Rousseff par l'assemblée plénière du sénat, qui devrait intervenir fin août, quelques jours après la fin des JO.

Selon la plupart des analystes, la présidente a peu de chance d'inverser la tendance et de sauver son mandat.

La présidente de gauche a été suspendue de ses fonctions le 12 mai par le Sénat et c'est son ancien vice-président devenu rival, Michel Temer qui a assumé depuis la présidence du Brésil par intérim.

C'est à ce titre qu'il reviendra à M. Temer, 75 ans, de déclarer ouverts les Jeux olympiques de Rio vendredi soir en présence de 45 chefs d'État et de gouvernements dans l'enceinte du mythique stade Maracana.

Mme Rousseff a décidé de bouder la cérémonie, tout comme son mentor politique, l'ancien président Luiz Inácio Lula da Silva, qui avait largement contribué à l'attribution des JO à Rio de Janeiro, première ville d'Amérique du Sud à organiser les Jeux d'été.

La présidente Dilma Rousseff, réélue pour un second mandat de quatre ans fin 2014, est accusée de maquillages des comptes publics ainsi que d'avoir signé des décrets engageant des dépenses non prévues au budget sans demander l'accord préalable du Parlement.

Elle conteste formellement avoir commis un quelconque crime de responsabilité et dénonce un coup d'État institutionnel ourdi par M. Temer et la droite brésilienne.

Le rapport de cette commission n'est pas contraignant et sera soumis ensuite à l'assemblée plénière du Sénat le 9 août prochain.

Si ce jour-là, la majorité simple des 81 sénateurs vote pour la poursuite de la procédure d'impeachment, l'avenir de la dirigeante de gauche - écartée du pouvoir depuis le 12 mai -, ne sera plus qu'à une séance du vote crucial prévu fin août. Soit elle est destituée, et perd donc ses droits politiques pour huit ans, soit elle retrouve son mandat qui va jusqu'à fin 2018.

La plupart des sénateurs et analystes politiques estiment aujourd'hui que la présidente accusée de maquillage des comptes publics, une pratique pourtant largement employée par ses prédécesseurs, perdra son mandat. Pour cela, au moins 54 des 81 sénateurs devront se prononcer contre elle lors de ce vote crucial.

Si Mme Rousseff, successeure et dauphine politique de l'ex-président Luiz Inácio Lula da Silva, est destituée, ce sera la fin de plus de 13 ans de gouvernement du Parti des travailleurs (PT).

«Attentat contre la Constitution»

Le rapporteur de la commission spéciale, le sénateur Antonio Anastasia, du principal parti d'opposition à Mme Rousseff (PSDB, centre-droit) a recommandé mardi la poursuite de la procédure avec des mots très durs.

«La gravité des faits constatés ne laisse aucun doute sur l'existence, non pas de simples manoeuvres budgétaires, mais d'un «véritable attentat contre la Constitution»», a-t-il souligné lors de la lecture de son rapport de 441 pages.

Si le vice-président de Mme Rouseff, Michel Temer, qui a remplacé cette dernière par intérim en mai, reste au pouvoir jusqu'en 2018, Mme Rousseff sera la deuxième chef d'État du Brésil à être destituée par le Parlement en 24 ans, après le président Fernando Collor de Mello.

M. Temer, que Mme Rousseff accuse d'avoir ourdi un «coup d'État parlementaire» soutenu par la droite qui n'obtenait pas le pouvoir par les urnes, a déjà dit qu'il avait l'intention d'assister au sommet du G20, début septembre en Chine, sans le qualificatif de président «par intérim» et les législateurs de son parti, le PMDB, font pression pour accélérer le vote final à partir du 25 août.

Interrogé récemment par la presse étrangère qui lui demandait s'il estimait avoir le nombre de votes nécessaires pour rester au pouvoir jusqu'en 2018, il a murmuré: «C'est ce qu'on me dit».

Phase finale

C'est le président de la Cour suprême, Ricardo Lewandowski, qui présidera la séance du vote du 9 août sur l'impeachment. Un groupe de juristes qui a demandé la destitution de Mme Rousseff en 2015 fera l'accusation et la défense de la présidente sera assurée par son ancien ministre de la Justice, Eduardo Cardozo. Chaque partie aura 48 heures pour présenter une liste de cinq témoins maximum.

La date du jugement final sera ensuite fixée et le Sénat se transformera en tribunal.

Mme Rousseff semble «payer les erreurs du PT», a déclaré récemment à l'AFP la sénatrice de droite Ana Amelia (Parti progressiste, PP).

Membre de la commission spéciale de l'impeachment, cette sénatrice estime que le vent a tourné et que les temps de la gauche et du PT ont pris fin, car ce parti n'a pas réussi à maintenir ses alliances passées avec divers partis politiques.

Avec la pire récession économique de ces quatre-vingts dernières années, un gouvernement et un parti éclaboussés par le scandale géant de corruption Petrobras et un Parlement qui la boycottait, la présidente Rousseff est devenue impopulaire et ne semble plus avoir de marge de manoeuvre.

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