Pérou: défis économiques et concertation au menu du nouveau président Kuczynski

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Pedro Pablo Kuczynski

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Roberto CORTIJO, Moises AVILA
Agence France-Presse
Lima

Pedro Pablo Kuczynski, un ancien banquier de Wall Street élu contre Keiko Fujimori, fille de l'ancien chef de l'Etat Alberto Fujimori (1990-2000), est devenu jeudi le nouveau président du Pérou, mais il devra composer avec l'opposition pour réussir à gouverner.

«PPK», comme on le surnomme, a prêté serment devant le Parlement unicaméral avant de s'adresser à la nation.  Il a promis une «croissance pas seulement économique, mais aussi humaine», de combattre la corruption et l'insécurité, pour faire du Pérou un «pays moderne».

Mais pour réformer, cet homme policé, passé par les universités d'Oxford, en Angleterre, et de Princeton, aux États-Unis, devra composer avec le parti de sa rivale Keiko Fujimori, qui a obtenu 73 des 130 sièges au Congrès alors que la formation présidentielle ne compte, elle, que 18 députés.

Se voulant plus pragmatique que politique, cet économiste libéral de 77 ans a demandé le soutien du Parlement, contrôlé par l'opposition. «Je ne peux pas le faire seul (...) j'ai besoin de l'aide de ce Congrès», a-t-il déclaré.

Mais les rapports s'annoncent d'ores et déjà tendus, comme en témoigne l'attitude des députés «fujimoristes», qui n'ont applaudi à aucun moment du discours.

En outre, la députée de Fuerza Popular, le parti de Mme Fujimori, Cecilia Chacon a annoncé jeudi que sa formation ne voterait pas le projet présidentiel de réduction de la TVA de 18 à 15% pour faire baisser les prix et stimuler la croissance.

Victoire dans un mouchoir de poche

Depuis sa victoire dans un mouchoir de poche, avec un peu plus de 40 000 voix d'écart, cet homme apprécié des marchés a déjà dévoilé un gouvernement au profil technocratique et a lancé des passerelles vers les différentes forces politiques.

Le Pérou est un des leaders en matière de croissance en Amérique latine grâce à sa richesse en ressources naturelles (minerais), mais la pauvreté et les inégalités restent tenaces.

Mais son économie a sensiblement marqué le pas ces dernières années, sous la présidence de gauche d'Ollanta Humala auquel il succède, passant d'un taux de croissance annuel de 6,5% en 2011 à 3,3% l'an dernier.

M. Kuczynski s'est donc donné pour mission de remettre l'économie du pays sur pied en relançant des projets miniers paralysés, de réduire la pauvreté qui frappe 22% des Péruviens et de combattre l'insécurité dans les villes.

«Le principal défi est le manque de services de base pour 30 à 40% de la population. Les plus pauvres n'ont pas accès aux collèges, à l'eau potable, aux hôpitaux, et à la sécurité. C'est ça, et le côté informel du monde du travail et de l'entreprise, qui retarde le développement», avait déclaré celui qui présidera le Pérou jusqu'en 2021, en promettant une «révolution sociale».

«L'élection a été polarisée et il y a un pourcentage de gens qui éprouve de la sympathie pour le Fujimorisme. Il va avoir besoin du soutien de la société pour mener à bien ses réformes, d'autant qu'il ne détient pas la majorité au Congrès», a déclaré à l'AFP le directeur du cabinet Vox Populi, Luis Benavente.

Réunifier le pays

Le «Gringo», comme il est aussi surnommé, aura besoin de toute son expérience pour tenter de réunifier un pays profondément divisé par l'héritage d'Alberto Fujimori.

Dés son arrivée, «PPK» héritera de ce dossier délicat, lui qui a été élu notamment grâce aux voix des opposants au Fujimorisme, alors que les partisans de l'ancien président ont récemment défilé en rappelant la lutte qu'il avait menée contre la guérilla maoïste du Sentier lumineux.

Le nouveau chef de l'État, qui avait annoncé qu'il n'accorderait aucune grâce à M. Fujimori, qui fête jeudi ses 78 ans, s'est déclaré lundi favorable au placement en résidence surveillée de l'ex-homme fort du Pérou, qui purge une peine de 25 ans.

Phrasé posé, cheveux gris et fines lunettes, cet habitué des costumes-cravates a beaucoup travaillé pendant la campagne pour se défaire de son image élitiste et se rapprocher des Péruviens les plus pauvres, qui le connaissent peu.

M. Kuczynski, qui est le cousin du réalisateur Jean-Luc Godard, est marié en secondes noces avec Nancy, une Américaine qui est la cousine de l'actrice de Hollywood Jessica Lange, détentrice de deux Oscars.

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