Colombie: le compte à rebours de la paix est lancé

L'accord signé jeudi sur les modalités de fin... (Photo Luis ROBAYO, archives AFP)

Agrandir

L'accord signé jeudi sur les modalités de fin de conflit prévoit le cessez-le-feu et le désarmement de la guérilla.

Photo Luis ROBAYO, archives AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Agence France-Presse

La Colombie célébrait vendredi la signature d'un accord de cessez-le-feu historique entre le gouvernement et la guérilla des Farc, mais plusieurs étapes cruciales restaient à franchir pour tourner enfin la page de plus d'un demi-siècle de conflit.

L'accord signé jeudi sur les modalités de fin de conflit, prévoyant le cessez-le-feu et le désarmement de la guérilla, a levé le dernier obstacle à un accord de paix avec les Farc, première guérilla du pays, au terme de trois ans et demi d'âpres négociations à Cuba.

L'accord a été salué par la Maison blanche et par le pape François, et le président français François Hollande a «félicité» vendredi le président colombien Juan Manuel Santos «pour cette réussite».

En Colombie, la presse a unanimement salué la poignée de mains de la veille à La Havane entre M. Santos et le chef des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) Timoleon Jimenez, symbole d'un accord de paix final désormais à portée de main.

«Sous les yeux du monde, le gouvernement et les Farc imposent le silence des armes», titrait notamment El Tiempo.

Mais les prochaines semaines seront décisives.

Selon une source proche de la présidence, la première échéance concerne une décision de la Cour constitutionnelle, saisie par le gouvernement d'une proposition de référendum sur un futur accord de paix.

Les parties se sont engagées jeudi à respecter l'arrêt de la Cour, mais il n'a toujours pas été établi quelle serait la conséquence, en cas de référendum, d'un rejet des accords de paix par les Colombiens.

La ministre colombienne des Affaires étrangères, Maria Angela Holguin, a confié vendredi à la radio Caracol que l'arrêt de la Cour était attendu «dans les premiers jours de juillet».

Où sera signée la paix?

Devrait ensuite venir la signature officielle de l'accord final avec la guérilla marxiste, issue en 1964 d'une insurrection paysanne.

Dès vendredi, la rébellion a affiché son désaccord avec le gouvernement au sujet du pays devant abriter cette signature. «Les Farc souhaitent que la paix soit signée à La Havane», a déclaré devant la presse le numéro deux de la guérilla Ivan Marquez.

La veille, le président Santos avait assuré que la signature aurait lieu en Colombie.

Pour cette cérémonie très attendue, le chef de l'Etat a évoqué la date du 20 juillet, symboliquement forte car c'est celle de la fête nationale en Colombie, mais elle n'a pas encore été confirmée.

«Il reste encore quelques points à négocier, mais il paraît évident qu'après la signature d'hier cela se produira rapidement», note Arlene Tickner, enseignante en relations internationales à l'Université des Andes à Bogota.

Cette signature est «très, très proche», confirme Mme Holguin.

Cinq jours après l'officialisation de la paix, le processus de désarmement et de démobilisation débutera sous la surveillance d'une mission de 400 à 450 observateurs internationaux de l'ONU.

Les 7.000 combattants des Farc seront progressivement placés dans 23 zones de démobilisation, situées dans des régions sous influence de ce groupe rebelle, notamment dans les provinces de Meta (centre), Santander (est) et du Cauca (ouest). Ils devront en sortir sans armes dans les 6 mois.

«Pour tout ce processus, 180 jours semble constituer un délai relativement court», note Mme Tickner, qualifiant un désarmement aussi rapide de véritable «défi».

Le défi de la réintégration

Ensuite, une série de ratifications devraient s'enchaîner d'ici septembre-octobre sur un projet de loi fixant les termes de l'accord de paix. En cas de «Oui» au référendum, cette loi devra passer par le Congrès puis par la Cour constitutionnelle avant d'être finalement promulguée par le président.

L'Etat colombien pourra alors se consacrer à des pourparlers avec la seconde guérilla du pays, l'Armée de libération nationale (ELN).

Mais si le désarmement sera bel et bien engagé, plusieurs dispositions de l'accord de paix (sécurité des ex-guérilleros, mise en route du tribunal de la paix, réforme agraire, lutte contre le narcotrafic) constitueront autant de défis épineux à relever.

Pour Mme Holguin, il est surtout essentiel de clarifier les termes «de la réintégration politique, sociale et économique» des Farc.

La guérilla s'inquiète elle de la menace représentée par les bandes criminelles issues d'anciennes milices d'extrême droite.

«Le «paramilitarisme» est la principale menace pesant sur les accords. Si on n'arrive pas à démanteler ou à dissoudre (ces groupes), ce processus de paix peut échouer», a prévenu vendredi devant la presse à Cuba le négociateur de la guérilla Pablo Catatumbo.

Le conflit armé déchirant la Colombie depuis 52 ans a impliqué au fil des décennies guérillas d'extrême gauche, paramilitaires d'extrême droite, forces armées et bandes criminelles, faisant officiellement 260.000 morts, 45.000 disparus et 6,9 millions de déplacés.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer