Colombie: la paix à portée de main après un accord historique avec les Farc

Le président colombien Juan Manuel Santos (à gauche)... (Photo Desmond Boylan, AP)

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Le président colombien Juan Manuel Santos (à gauche) et le chef suprême des Forces armées révolutionnaires de Colombie Timoleon Jimenez se serrent la main.

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Alexandre GROSBOIS
Agence France-Presse
La Havane

Le gouvernement colombien et la guérilla des Farc ont signé jeudi à La Havane un accord historique sur un cessez-le-feu définitif et le désarmement de la rébellion, levant le dernier obstacle à un accord de paix après un demi-siècle de conflit.

« Aujourd'hui est un jour historique pour notre pays (...) Nous avons mis un point final au conflit armé avec les Farc », s'est réjoui le président colombien Juan Manuel Santos après avoir serré la main du chef suprême des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) Timoleon Jimenez, sous le regard de plusieurs chefs d'État et du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon.

« Puisse ce jour être le dernier de la guerre », a espéré de son côté le dirigeant des Farc.

À Bogota, où plusieurs centaines de personnes munies de ballons, fleurs et calicots étaient rassemblées devant un écran géant pour suivre cette cérémonie, l'annonce a été accueillie avec émotion et incrédulité.

Camilo Gonzalez, retraité de la fonction publique, n'a pu contenir ses larmes. « Ça a été un chemin dramatique... Des millions et des millions de victimes, de déplacés, de luttes, de rêves brisés ».

De son côté, une vendeuse de café confie à l'AFP « ne pas croire que (les Farc) rendraient toutes leurs armes ». « Je n'y crois pas », répète-t-elle, soulignant que la paix « n'est pas quelque chose qui se signe et puis voilà ».

L'accord entrera en vigueur dès la signature prochaine d'un accord de paix, dont la date n'a pas été précisée, mais qui aura lieu en Colombie.

Le texte établit les modalités de l'abandon des armes, fixe des garanties de sécurité pour les ex-guérilleros et sur « la lutte contre les organisations criminelles ».

Les 7000 combattants de cette guérilla issue en 1964 d'une insurrection paysanne seront placés dans 23 zones de démobilisation et huit campements et devront remettre leurs armes aux membres d'une mission des Nations unies dépêchée en Colombie une fois la paix signée.

Le désarmement devra être mené à bien dans les 180 jours suivant la signature d'un accord de paix final.

Cet annonce sans précédent permet d'envisager pour bientôt la fin du plus vieux conflit d'Amérique latine, qui a fait depuis 52 ans au moins 260 000 morts, 45 000 disparus et 6,9 millions de déplacés.

L'accord est même allé au-delà de ce qui était attendu, avec l'annonce surprise d'une avancée décisive sur la question de la ratification du futur accord de paix, dernier volet à résoudre dans le cadre des pourparlers menés depuis trois ans et demi à Cuba sous l'égide de Cuba et de la Norvège.

Les parties se sont accordées pour respecter la décision de la Cour constitutionnelle colombienne, saisie fin mai d'une proposition de référendum par le gouvernement et qui doit se prononcer dans les prochains jours.

« Tout ne sera pas rose »

Le président Santos avait estimé plus tôt cette semaine que le dialogue de paix pourrait parvenir à sa conclusion le 20 juillet, fête nationale en Colombie.

« Tout ne sera pas rose et il faudra sûrement lutter pour l'application totale de ce qui a été conclu », a prédit le chef des Farc, reconnaissant que les portes étaient « ouvertes pour signer l'accord final dans un délai assez bref ».

Interrogé par l'AFP, l'ambassadeur français à l'ONU François Delattre, qui préside le Conseil de sécurité pour ce mois de juin, s'est déclaré « frappé par la qualité et la force de l'engagement » pris jeudi.

« Je suis heureux de cette bonne nouvelle, (...) après tant de sang versé », a réagi de son côté le pape François à bord de l'avion qui l'emmenait pour un voyage en Arménie, disant souhaiter que « les pays qui ont travaillé pour faire la paix et en sont les garants blindent cet accord » pour ne pas revenir « vers un état de guerre ».

« Nous avons vécu un moment historique, avec beaucoup d'émotion », a commenté la présidente chilienne Michelle Bachelet, dont le pays soutient le processus de paix.

La Maison-Blanche a elle aussi salué « un progrès important » vers la paix, rappelant que « des défis demeurent au moment où les deux parties continuent de négocier un accord de paix définitif ».

Si cette paix était prochainement conclue avec les Farc, cela ne signifierait pas pour autant la fin du conflit en Colombie, où la seconde guérilla du pays, l'Armée de libération nationale (ELN) et les bandes criminelles principalement issues d'anciens groupes paramilitaires continuent de défier le gouvernement.

L'espoir est toutefois permis avec ces avancées cruciales, conjuguées à l'annonce en mars du lancement prochain de pourparlers de paix entre Bogota et l'ELN après plus de deux ans de conversations préliminaires confidentielles.

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