Brésil: écartée du pouvoir, Dilma Rousseff dénonce un «coup d'État»

La présidente brésilienne Dilma Rousseff, 68 ans, a été... (Photo Ueslei Marcelino, archives Reuters)

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La présidente brésilienne Dilma Rousseff, 68 ans, a été écartée de la présidence.

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Javier TOVAR, Damian WROCLAVSKY
Agence France-Presse
Brasilia

Dilma Rousseff a été écartée jeudi du pouvoir au Brésil en vue d'un procès en destitution devant le Sénat, un séisme politique qui a plongé le géant sud-américain dans l'inconnu à l'approche des jeux Olympiques de Rio.

Son vice-président et rival Michel Temer lui a succédé à la tête de l'État à l'issue d'un vote historique des sénateurs qui ont mis fin à la période de 13 années consécutives pendant laquelle la gauche a dirigé le pays.

Ex-membre la guérilla, Dilma Rousseff,  68 ans, emprisonnée et torturée sous la dictature, a rapidement appelé les Brésiliens à «se mobiliser» contre le «coup d'État» dont elle se dit victime.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a à cet égard appelé «au calme et au dialogue au sein de toutes les composantes de la société».

Quant à Barack Obama, il a «confiance dans la solidité des institutions démocratiques du Brésil pour résister aux turbulences politiques», a affirmé Josh Earnest, porte-parole de la Maison-Blanche, qui a ajouté que le président américain n'avait eu aucun échange téléphonique avec le nouveau chef de l'État en exercice Michel Temer.

«Aux Brésiliens qui s'opposent au coup d'État, qu'ils soient de n'importe quel parti, je lance un appel : restez mobilisés, unis et dans la paix. La lutte pour la démocratie n'a pas de date finale», a clamé Dilma Rousseff avant de quitter le Palais présidentiel du Planalto.

«Dilma, guerrière, de la patrie brésilienne !», ont scandé ses ministres et les parlementaires qui lui sont proches rassemblés dans la salle de presse quand elle est apparue.

Ce même slogan a été repris par quelque 500 de ses partisans - dont l'ex-président Lula apparemment très ému - pendant un autre discours, devant le palais présidentiel, entrecoupé des cris «Dehors Temer !».

«Ce qui est en jeu, ce n'est pas seulement mon mandat, c'est le respect des urnes, de la souveraineté du peuple brésilien et de la Constitution», a insisté la présidente, suspendue pour 180 jours maximum dans l'attente de son jugement final par le Sénat.

Au bout de 20 heures de débats, les sénateurs ont voté tôt jeudi à une très large majorité (55 voix sur 81) en faveur de l'ouverture officielle d'un procès en destitution de l'impopulaire dirigeante de gauche, accusée de maquillage des comptes publics.

Michel Temer, 75 ans, a formé dès la mi-journée un nouveau gouvernement, axé sur le redressement économique, avec l'ex-président de la Banque centrale Henrique Mereilles aux Finances et l'ancien gouverneur de l'État de Sao Paulo, José Serra, aux Affaires étrangères.

En pleine tourmente, le Brésil tourne la page des gouvernements du Parti des travailleurs (PT), ouverte en 2003 par Luiz Inacio Lula da Silva, qui a présidé au boom socio-économique des années 2000 dans ce pays aujourd'hui en récession.

«Traître»

L'opposition de droite accuse la présidente d'avoir dissimulé l'ampleur des déficits publics en 2014 pour se faire réélire, ainsi qu'en 2015, via des tours de passe-passe budgétaires. Elle lui reproche aussi d'avoir pris l'initiative de dizaines de milliards de dollars de dépenses sans l'aval du Parlement.

Mme Rousseff allègue du fait que tous ses prédécesseurs ont eu recours à cette pratique sans avoir jamais été inquiétés.

Elle accuse «le traître» Michel Temer d'avoir précipité sa chute pour s'emparer du pouvoir en poussant fin mars sa formation, le grand parti centriste du PMDB, à lui retirer son appui.

«La destitution est un remède amer, mais nécessaire» au regard de la situation catastrophique du Brésil, a pour sa part jugé le sénateur José Serra (PSDB, centre droit).

Mme Rousseff pourrait revenir en septembre, après les jeux Olympiques (5-21 août), mais ses chances d'être réintégrée par le Sénat sont quasiment nulles.

Pour l'opposant Aecio Neves, son rival au second tour de la présidentielle en 2014, le vote à la majorité des deux tiers déjà atteint, requis pour la destitution définitive, représente «un signal positif pour le nouveau gouvernement, qui prend ses fonctions avec la perspective de ne pas seulement être un gouvernement transitoire, mais de devoir conclure le mandat de la présidente» qui prend fin en 2018.

Cocktail explosif

Le temps de son procès, Mme Rousseff va continuer d'habiter avec sa mère à sa résidence de l'Alvorada, à 5 km du Palais présidentiel.

Son remplaçant, homme d'appareil sans charisme, est tout aussi impopulaire qu'elle. Environ 61% des Brésiliens souhaitent son départ et des élections anticipées, non prévues par la Constitution, selon un récent sondage.

Il va hériter du cocktail explosif qui a conduit droit dans le mur Mme Rousseff : la pire récession depuis les années 1930 et l'énorme scandale de corruption Petrobras, aux suites judiciaires imprévisibles, qui éclabousse son propre parti au plus haut niveau.

M. Temer prépare un paquet de mesures libérales qui pourraient en outre jeter les syndicats dans la rue : ajustement budgétaire sévère, réforme du système déficitaire des retraites et de la législation du travail.

Les 10 dates clés de la crise politique brésilienne

4 mars

L'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), fondateur du Parti des travailleurs (PT, gauche) au pouvoir et mentor politique de la présidente Dilma Rousseff, est brièvement interpellé et interrogé par la police dans le cadre de l'enquête sur le scandale de corruption Petrobras.

13 mars

Trois millions de Brésiliens défilent dans tout le pays aux cris de «Dilma dehors!» lors de manifestations d'ampleur historique soutenues par l'opposition de droite.

16 mars

Lula est nommé chef de cabinet (quasi premier ministre) de Dilma Rousseff. Le soir même, le juge Sergio Moro divulgue l'enregistrement d'une conversation téléphonique entre la présidente et Lula suggérant que la nomination de ce dernier a bien pour objectif de le protéger d'une possible mise en détention. Sa nomination sera paralysée le jour même par la justice.

29 mars

Le PMDB (centre), poussé par son dirigeant, le vice-président de la République Michel Temer, claque la porte de la coalition de Dilma Rousseff.

17 avril

Les députés approuvent la procédure de destitution de Mme Rousseff à une écrasante majorité de 367 voix contre 137, et son renvoi au Sénat, lors d'une séance très houleuse.

3 mai

Le procureur demande au Tribunal suprême fédéral (STF) l'autorisation d'enquêter, dans le cadre du scandale Petrobras, sur Lula, trois ministres proches de Dilma Rousseff et 27 autres personnes, dont des personnalités du parti PMDB du vice-président Temer.

L'ouverture d'une enquête contre Dilma Rousseff pour obstruction à la justice est également demandée par le procureur.

5 mai

Le Tribunal suprême suspend le controversé président du Congrès des députés Eduardo Cunha (PMDB), stratège de la procédure de destitution de Dilma Rousseff, pour entrave aux enquêtes pour corruption le visant dans le scandale Petrobras. Une première dans l'histoire du Brésil.

M. Cunha est remplacé par le vice-président de la chambre Waldir Maranhao (PP, droite).

9 mai

Coup de théâtre: M. Maranhao, lui-même soupçonné de corruption, annule à la surprise générale le vote des députés ayant approuvé la procédure d'impeachment de la présidente.

Le président du Sénat Renan Calheiros (PMDB) ignore cette décision «intempestive» et décide d'aller de l'avant.

Tard dans la nuit, M. Maranhao, sous pression, annule sa propre annulation de la procédure d'impeachment, sans fournir d'explications.

10 mai

L'avocat de Mme Rousseff saisit le Tribunal suprême pour lui demander d'annuler la procédure de destitution à la veille du vote couperet des sénateurs.

«Le dernier jour de mon mandat est le 31 décembre 2018», déclare Mme Rousseff, qui promet de «lutter par tous les moyens légaux et de combat» contre ce qu'elle qualifie de «coup d'État» institutionnel.

12 mai

Dilma Rousseff est suspendue de ses fonctions par le Sénat, qui va la soumettre à un procès en destitution pour maquillages des comptes publics.

Un total de 55 sénateurs sur 81 ont voté la mise en accusation de l'impopulaire dirigeante de gauche, remplacée par son vice-président Michel Temer, en attendant le jugement final des sénateurs d'ici 6 mois.

Le même jour, le Tribunal suprême autorise l'enquête pour corruption contre le leader de l'opposition Aecio Neves.

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