Cuba: Raul Castro écarte toute «thérapie de choc» pour moderniser l'économie

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Le président cubain Raul Castro, au centre, assiste à l'ouverture du 7e congrès du Parti communiste à La Havane, samedi. (En arrière plan, les images des trois hommes considérés comme les fondateurs du parti: Carlos Balino, Julio Antonio Mella et Fidel Castro)

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Agence France-Presse
LA HAVANE

Le président cubain Raul Castro a écarté samedi tout recours à une « thérapie de choc » pour moderniser l'économie cubaine et prévenu que l'État garderait la main sur l'économie de l'île, à l'ouverture du Congrès du parti communiste de Cuba (PCC).

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Le président cubain Raul Castro a prononcé un discours unaugural de plus de deux heures, samedi, à La Havane.

Photo AFP

Au premier jour de la grand-messe du parti unique, qui doit définir la ligne politique à suivre pour les cinq prochaines années, Raul Castro a déçu les espoirs entretenus par quelques-uns sur une accélération de la mutation économique de l'île, moins d'un mois après la visite historique du président américain Barack Obama.

Dans un discours inaugural de plus de deux heures, le président de 84 ans a prévenu que les réformes économiques en cours se poursuivraient, mais sans s'écarter du chemin tracé lors du précédent Congrès en 2011.

« Cuba ne pourra jamais se permettre l'application de ce qu'on appelle les thérapies de choc, souvent appliquées au détriment les classes les plus défavorisées de la société », a prévenu M. Castro.

« Les formules néolibérales qui prônent la privatisation accélérée du patrimoine d'État et des services sociaux, comme l'éducation, la santé et la sécurité sociale, ne seront jamais appliquées sous le socialisme cubain », a encore asséné le président cubain, qui a succédé à son frère Fidel en 2008.

Dans la foulée du précédent Congrès, les 1000 délégués du parti doivent évaluer l'avancée des 313 mesures économiques approuvées en 2011 pour « actualiser » un modèle à bout de souffle, calqué sur celui de l'ex-URSS.

Mais le président cubain a prévenu que l'économie d'État, qui concentre 80 % de l'activité sur l'île, « continuerait de constituer la forme principale de l'économie nationale et du système socio-économique », et que le développement des structures privées demeurerait sous contrôle.

« L'entreprise privée évoluera dans des limites bien définies et constituera un élément complémentaire du cadre économique du pays », a-t-il martelé.

« Ne laisser personne désarmé »

Réunis à huis clos jusqu'à mardi, les caciques du PCC doivent aussi approuver un programme de développement économique et social qui sera appliqué bien après le départ de Raul Castro, prévu pour 2018, puisqu'il couvre la période 2016-2030.

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Castro se moque du bipartisme aux États-Unis

Le président cubain Raul Castro a une nouvelle fois défendu samedi le système de parti unique dans son pays, osant une comparaison avec le bipartisme en vigueur aux États-Unis, qu'il juge très similaire au modèle cubain.

«Si un jour ils parviennent à nous fragmenter, ce sera le début de la fin», a prédit le président cubain dans un long discours à l'ouverture du Congrès du Parti communiste de Cuba (PCC), avant de rapporter une récente conversation avec un responsable américain portant sur le parti unique cubain.

«Au sujet des droits politiques, ils me disaient : il n'y a qu'un parti à Cuba. Et moi j'ai répondu : "Et alors ? Comme vous !"», a raconté M. Castro, déclenchant les rires du millier de délégués du PCC.

Il poursuit en expliquant que son interlocuteur lui avait alors répondu : «Non, nous en avons deux (...) démocrate et républicain».

«C'est exact. C'est comme si à Cuba on avait deux partis et que Fidel dirige l'un et moi l'autre», a poursuivi le président cubain, provoquant de nouveaux éclats de rire.

«Je suis sûr que Fidel va dire : "Je veux diriger le parti communiste". Et moi je dirais, bon, je dirigerai l'autre, peu importe son nom», a conclu dans la même veine Raul Castro, qui a succédé à son frère Fidel à partir de 2006 et qui, aujourd'hui âgé de 84 ans, quittera le pouvoir en 2018.

Au sujet du rapprochement engagé fin 2014 avec les Etats-Unis, qui a débouché sur une visite historique du président Barack Obama le mois dernier, Raul Castro a salué des «résultats concrets» en dépit du maintien de l'embargo contre Cuba, dont la levée dépend du Congrès américain.

A ce titre, il a de nouveau jugé la séries de mesures d'assouplissement de ces restrictions «positives, mais pas suffisantes».

Le PCC sera réuni en congrès pendant quatre jours pour définir la ligne politique à suivre ces cinq prochaines années.

«Les décisions sur l'économie ne peuvent en aucun cas signifier une rupture avec les idéaux d'égalité et de justice de la révolution (...) Nous ne permettrons pas que ces mesures génèrent instabilité et incertitude au sein de la population cubaine.»

Raul Castro
Président de Cuba

Pour moderniser son économie, Cuba s'est dotée d'une loi favorisant les investissements étrangers dans un cadre strict, et a ouvert son économie aux petits entrepreneurs indépendants.

Selon les médias officiels, 21 % des 313 mesures économiques ont déjà été menées à bien et 77 % sont encore en phase de mise en place. Restent 2 % mises de côté pour l'instant, « pour diverses raisons ».

Rapprochement et dialogue

En parallèle, la diplomatie cubaine s'est activée, menant un spectaculaire rapprochement avec les États-Unis et établissant un cadre de dialogue avec l'Union européenne.

Mais l'ouverture annoncée par beaucoup devrait prendre du temps, vu la prudence affichée par les autorités et la lenteur de certaines réformes programmées, comme la suppression du système de double monnaie qui perdure depuis 2004.

Samedi, Raul Castro a justifié la timidité des réformes par le souci du gouvernement de ne laisser aucun des 11,1 millions de Cubains au bord du chemin.

« Ce principe, de ne laisser personne désarmé, conditionne en grande partie le rythme de l'actualisation du modèle économique cubain, qui subit de manière indéniable les effets de la crise économique internationale et (...) de l'embargo », a-t-il expliqué en référence aux restrictions économiques et financières imposées à l'île depuis 1962 par les États-Unis.

« Les décisions sur l'économie ne peuvent en aucun cas signifier une rupture avec les idéaux d'égalité et de justice de la révolution (...) Nous ne permettrons pas que ces mesures génèrent instabilité et incertitude au sein de la population cubaine », a insisté le président cubain.

Ce Congrès devrait aussi se pencher sur une réforme électorale prévue à l'horizon 2018, qui prévoit de limiter les plus hautes fonctions de l'État à deux mandats de cinq ans.

Enfin, le PCC devra élire son nouveau Comité central (116 membres actuellement) et son organe directeur, le Bureau politique (14 membres), saint des saints du pouvoir cubain.

Les observateurs vont scruter sa nouvelle composition, qui devrait fournir des enseignements sur l'orientation idéologique et générationnelle du parti en vue de la transition à venir.

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