Rousseff accuse son vice-président de conspirer pour la destituer

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La présidente brésilienne Dilma Rousseff.

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Damian WROCLAVSKY, Eugenia LOGIURATTO
Agence France-Presse
BRASILIA

La présidente brésilienne Dilma Rousseff a accusé mardi son vice-président Michel Temer d'être le «chef de la conspiration» visant à la destituer à quelques jours d'un vote très serré des députés sur son maintien au pouvoir.

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Michel Temer

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Mme Rousseff a rebondi sur l'incroyable maladresse de son vice-président qui a fait fuiter lundi «accidentellement» l'enregistrement d'un discours à la nation anticipant sa succession à l'impopulaire dirigeante de gauche.

«Nous vivons des moments étranges de coup d'État, de farce et de trahison», a contre-attaqué Mme Rousseff lors d'une cérémonie à Brasilia, qualifiant sans le nommer Michel Temer de «chef conspirateur».

«Le masque des conspirateurs est tombé. Le Brésil et la démocratie ne méritent pas un telle farce. Ce geste révèle une trahison envers moi et la démocratie, preuve que ce chef conspirateur n'a pas d'engagement envers le peuple», a lancé Mme Rousseff, 68 ans.

Accusée de maquillage des comptes publics par l'opposition de droite, Mme Rousseff assure n'avoir commis aucun «crime de responsabilité» susceptible de motiver sa destitution et se dit victime d'un «coup d'État» institutionnel.

M. Temer succèderait à Mme Rousseff si elle était destituée jusqu'aux prochaines élections générales prévues en 2018, conformément à la Constitution.

À 75 ans, cet homme d'appareil discret, avocat constitutionnaliste de formation, ne cache plus ses ambitions depuis plusieurs semaines.

Temer en «grande mission» 

Il a orchestré en mars le départ avec fracas de la coalition gouvernementale de son grand parti centriste PMDB, fragilisant un peu plus Mme Rousseff, embourbée dans une crise politique historique envenimée par le gigantesque scandale de corruption Petrobras, en pleine récession économique.

Dans son discours présidentiel «au peuple brésilien» ayant fuité selon lui par mégarde de sa messagerie, M. Temer avance que sa «grande mission» sera désormais «d'unifier le pays».

Il prône, sur un ton solennel, une politique de redressement économique douloureuse tout en promettant de ne pas toucher aux programmes sociaux mis en place par le gouvernement du Parti des travailleurs (PT) au pouvoir depuis 2003.

Ce discours a été rendu public alors qu'une commission parlementaire votait en faveur de la poursuite de la procédure d'impeachment contre la présidente devant le Sénat, lors de débats particulièrement houleux.

La balle est maintenant dans le camp des députés qui vont se réunir en assemblée plénière à partir de vendredi pour statuer sur le sort de la présidente.

Mardi soir, le Parti progressiste, une des formations alliées de Dilma Rousseff, a décidé de claquer la porte de la coalition gouvernementale et a annoncé que la majorité de ses 47 députés voteraient en faveur de la destitution, fragilisant un peu plus le camp présidentiel.

L'opposition de droite devra réussir à mobiliser deux tiers des votes des députés (342 sur 513) pour que la procédure se poursuive au Sénat, faute de quoi elle serait définitivement enterrée. Le vote est prévu dimanche en fin de soirée.

Chaque député sera appelé par son nom et devra se lever pour aller annoncer son vote au micro, accentuant la gravité du moment et la pression sur les épaules de chacun des votants.

Le vote, diffusé en direct à la télévision, devrait être retransmis sur un grand écran à l'extérieur du parlement où les partisans des deux camps seront rassemblés.

Les autorités, qui prévoient la présence de 300 000 personnes, ont installé de hautes barrières métalliques devant le Congrès pour séparer les deux camps farouchement hostiles. 

«L'impeachment sera bloqué»

Si la procédure franchit ce cap, le Sénat devra approuver ou non à la majorité simple la mise en accusation de la présidente, qui serait alors écartée du pouvoir pendant 180 jours au maximum, en attendant le vote définitif des sénateurs sur sa destitution.

«Il prétendent renverser sans preuve ni justifications une présidente élue par plus de 54 millions d'électeurs», a critiqué Mme Rousseff. «Mais la vérité prévaudra, le coup d'État ne passera pas, l'impeachment sera bloqué», a-t-elle affirmé.

Pour le moment aucun camp n'est assuré de l'emporter. Nombre de députés n'ont pas encore pris position.

Le suspense va donc durer jusqu'au bout. Les deux camps se livrent à une guerre de tranchées, député par député, vote par vote, pour rallier les soutiens nécessaires.

L'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), mentor politique de Mme Rousseff, lutte sur toute la ligne de front pour tenter de sauver Mme Rousseff.

L'icône de la gauche brésilienne, soupçonné de corruption dans le dossier Petrobras, a vu sa nomination mi-mars au gouvernement provisoirement paralysée par la justice. Le Tribunal suprême fédéral doit se prononcer sur ce dossier le 20 avril.

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