Brésil: le parti du vice-président lâche la présidente Rousseff

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Dilma Rousseff et le vice-président Michel Temer au palais présidentiel le 2 mars dernier.

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Damian WROCLAVSKY
Agence France-Presse
Brasilia

Le grand parti centriste du vice-président brésilien Michel Temer devrait claquer mardi la porte de la chancelante coalition gouvernementale de la présidente Dilma Rousseff, avec pour objectif affiché de précipiter sa chute pour s'emparer du pouvoir.

La direction nationale du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), incontournable allié du Parti des travailleurs (PT, gauche) au pouvoir, se réunit dans l'après-midi au Congrès des députés à Brasilia pour «une réunion de sortie, d'adieu au gouvernement. Nous calculons un vote à plus de 80% en faveur» d'un départ, selon le député Osmar Terra, membre de la direction nationale.

Homme d'appareil discret, Michel Temer, 75 ans, ne dissimule plus son ambition de succéder rapidement à Mme Rousseff, 68 ans, de plus en plus isolée à l'approche d'un vote des députés sur sa destitution attendu mi-avril.

Cet avocat constitutionnaliste de formation, qui assumerait le pouvoir jusqu'aux élections de 2018 en cas de destitution de la présidente, a orchestré ces derniers jours en coulisses le passage de sa formation à l'opposition. 

Un ministre démissionnaire 

Première force politique brésilienne avec 69 députés, le PMDB est l'arbitre de toutes les majorités de gouvernement au Brésil depuis le retour à la démocratie après une longue dictature militaire. Il comptait sept ministres, que Michel Temer a poussés lundi à démissionner pendant que Mme Rousseff cherchait à les convaincre de rester lors d'intenses tractations.

Le ministre du Tourisme, Henrique Alves, a pris les devants lundi soir en annonçant son départ, une «décision difficile», écrit-il à la présidente dans une lettre rendue publique.

«Les voies du dialogue se sont épuisées (...). Les circonstances nationales placent aujourd'hui le PMDB, mon parti depuis 46 ans, face au défi de poursuivre son chemin sous la présidence de mon compagnon de tant de luttes, Michel Temer», explique-t-il.

Face aux résistances de certains, le parti laissera «jusqu'au 12 avril à tous les membres du PMDB occupant un poste au gouvernement pour partir», a précisé un porte-parole du vice-président.

Le PMDB espère entraîner dans son sillage plusieurs partis indécis du «grand centre» mou de la coalition du Parti des travailleurs de Mme Rousseff.

Le parti centriste, rallié à l'opposition de droite, devra réunir au moins deux tiers des voix des députés (342 sur 513) s'il veut obtenir la mise en accusation de la présidente devant le Sénat, qui aura le dernier mot.

Le PP (centre-droit), troisième formation parlementaire avec 49 députés, va se réunir mercredi, selon l'un de ses élus, Jerônimo Goergen, qui estime que «30 parlementaires» veulent rompre avec la coalition.

Le PSD (centre-gauche, 32 députés) se réunira également dans la semaine pour prendre position.

La présidente est accusée d'avoir fait supporter temporairement à des banques publiques des dépenses incombant au gouvernement, afin, selon l'opposition, de dissimuler l'ampleur des déficits publics, en 2014, année de sa réélection, et en 2015.

Elle se serait ainsi rendue coupable d'un «crime de responsabilité» administrative, prévu par la Constitution.

La présidente répond que tous ses prédécesseurs ont eu recours à cette pratique et dénonce une procédure «sans base légale» solide, masquant une «tentative de coup d'État» institutionnel.

Hémorragie

Face au climat de débandade générale, le camp présidentiel cherche à stopper l'hémorragie en tentant de convaincre les parlementaires, député par député, de rester, moyennant des promesses de postes.

Mais l'embrasement de la crise politique brésilienne en mars a considérablement affaibli Mme Rousseff, avec des manifestations monstres de la classe moyenne blanche pour son départ, et les soupçons de corruption contre son mentor et prédécesseur Luiz Inacio Lula da Lula (2003-2010), dont l'entrée au gouvernement - suspendue par la justice - a attisé l'incendie.

La cote de popularité de la présidente stagne à un seuil historiquement bas de 10% et 68% des Brésiliens souhaitent son départ, alors que le géant émergent d'Amérique latine traverse sa deuxième année de sévère récession économique, à quatre mois du début des jeux Olympiques de Rio de Janeiro.

L'ex-président Lula s'efforce de combler les voies d'eau. L'homme du miracle socio-économique brésilien des années 2000 s'est rendu à Brasilia dans l'espoir de rencontrer M. Temer, qui a préféré ces derniers jours échafauder des plans d'avenir avec le chef de l'opposition Aecio Neves.

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